Pétrole : le baril s’envole à nouveau au-dessus des 110 dollars

Les cours du pétrole s’envolent mercredi 29 avril au-dessus de 110 dollars le baril pour le Brent, prolongeant une hausse spectaculaire amorcée vendredi dernier. Cette flambée résulte de l’impasse persistante dans les négociations américano-iraniennes et de la fermeture du détroit d’Ormuz, alimentant les craintes inflationnistes mondiales.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 29 avril 2026 5h50
Petrole Baril Au Dessus 100 Dollars Pourquoi
Pétrole : le baril s’envole à nouveau au-dessus des 110 dollars - © Economie Matin
111 DOLLARSLe pétrole affiche 111 dollars le baril ce 29 avril 2026

Les cours du pétrole ont franchi mercredi 29 avril un nouveau cap symbolique, le Brent dépassant les 110 dollars le baril pour atteindre 111,13 dollars, soit une progression de 2,68 % en une seule séance. Cette envolée spectaculaire s'inscrit dans la continuité d'une tendance haussière amorcée depuis vendredi dernier, alimentée par l'impasse persistante dans les négociations entre les États-Unis et l'Iran. Cette hausse vertigineuse propulse l'or noir vers ses plus hauts niveaux depuis plusieurs semaines, reflétant l'anxiété croissante des marchés face à la prolongation d'un conflit qui bouleverse l'architecture énergétique mondiale.

Le WTI américain épouse cette dynamique ascendante, culminant à 99,92 dollars le baril avec une progression de 3,68 %, frôlant ainsi la barre psychologique des 100 dollars franchie pour la dernière fois le 13 avril. Cette convergence haussière des deux références mondiales témoigne de la nervosité palpable des investisseurs face à un conflit dont l'issue demeure incertaine et qui perturbe durablement l'équilibre des approvisionnements énergétiques planétaires.

Une escalade des prix sans précédent depuis vendredi 24 avril

L'examen minutieux de l'évolution des cours depuis vendredi révèle l'ampleur saisissante de cette flambée. Le pétrole Brent, qui s'établissait paisiblement à 72,87 dollars le 27 février avant le déclenchement du conflit, a bondi de plus de 50 % en l'espace de deux mois seulement. Cette trajectoire ascendante s'est particulièrement intensifiée depuis le week-end dernier, les opérateurs prenant acte de l'échec cuisant des dernières tentatives de médiation diplomatique.

Selon les analyses de Reuters, cette dynamique haussière reflète également l'impact déstabilisant de la décision des Émirats arabes unis de quitter l'OPEC et l'OPEC+, effective depuis le 1er mai. Brian Jacobsen, stratège en chef d'Annex Wealth Management, souligne avec perspicacité que « les Émirats arabes unis qui quittent l'organisation montrent combien il peut être ardu de maintenir un cartel uni en période de turbulences ».

Le détroit d'Ormuz, verrou stratégique des approvisionnements mondiaux

La fermeture hermétique du détroit d'Ormuz par l'Iran constitue indéniablement le facteur déterminant de cette crise énergétique d'ampleur. Ce passage maritime névralgique, par lequel s'écoulent habituellement 20 % des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel en provenance du Moyen-Orient, demeure obstinément fermé depuis la riposte iranienne aux attaques américano-israéliennes du 28 février.

Rachel Ziemba, experte adjointe au Center for a New American Security, observe avec clairvoyance que « les négociations semblent enlisées dans une impasse et toute résolution à court terme paraît chimérique ». Cette situation de blocage maintient une pression constante sur les prix, les traders anticipant une prolongation indéfinie des perturbations d'approvisionnement. Comme le rapporte Al Jazeera, les experts redoutent désormais des disruptions à long terme.

L'impact se mesure également sur le commerce maritime global, puisque environ 11 % du trafic commercial international emprunte ordinairement cette voie stratégique. Les répercussions dépassent largement le secteur énergétique, affectant les approvisionnements en minéraux, fertilisants, produits chimiques et céréales, créant un effet domino sur l'ensemble de l'économie mondiale.

Répercussions inflationnistes et conséquences économiques majeures

Cette flambée spectaculaire des cours pétroliers alimente mécaniquement les pressions inflationnistes à l'échelle planétaire. Aux États-Unis, l'indice des prix à la consommation a atteint 3,3 % en mars sur base annuelle, son niveau le plus élevé depuis mai 2024, principalement sous l'impulsion inexorable de la hausse des prix énergétiques.

À la pompe, les automobilistes américains subissent de plein fouet cette escalade implacable, avec un prix moyen de l'essence atteignant 4,18 dollars le gallon mardi, contre 2,92 dollars fin février selon l'American Automobile Association. Cette progression de plus de 40 % en deux mois pèse considérablement sur le pouvoir d'achat des ménages, créant une pression économique comparable aux grandes crises énergétiques du passé.

Bernard Yaros, économiste principal chez Oxford Economics, anticipe avec pragmatisme que « les effets de contagion des prix énergétiques plus élevés s'ajouteront inexorablement à l'inflation sous-jacente au cours de l'année prochaine ». Il précise que cette transmission s'opère généralement avec un décalage de trois mois après le choc énergétique initial, laissant présager une dégradation prolongée du climat économique.

Perspectives économiques mondiales assombries

Les institutions financières internationales révisent substantiellement à la baisse leurs prévisions de croissance mondiale. Oxford Economics a retranché 0,4 point de pourcentage à ses anticipations de PIB mondial depuis début mars, ramenant la prévision à 2,4 % en raison d'une « perturbation plus prolongée de l'activité de transport maritime dans le détroit d'Ormuz ». Selon France 24, cette révision intervient alors que les pourparlers de paix demeurent au point mort.

Ben May, directeur de la recherche macro mondiale chez Oxford Economics, table sur un prix moyen du Brent d'environ 113 dollars par baril au trimestre en cours, avant un reflux progressif vers 80 dollars d'ici la fin de l'année. Cette trajectoire demeure toutefois conditionnée à une résolution diplomatique du conflit, hypothèse qui paraît de plus en plus hypothétique au regard des positions irréconciliables des protagonistes.

Cette révision drastique des perspectives économiques se décline en plusieurs volets préoccupants. La croissance américaine subit une révision à la baisse spectaculaire, passant de 2,8 % à 1,9 %, tandis que l'impact sur l'inflation mondiale via la hausse des prix énergétiques s'annonce durable. Les chaînes d'approvisionnement internationales subissent des perturbations profondes, créant des tensions accrues sur les systèmes de transport maritime alternatifs déjà saturés. Comme le souligne Axios, les prix du pétrole atteignent leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs semaines.

Un marché pétrolier sous haute tension

Dans ce contexte de tensions exacerbées, les analystes redoutent une escalade supplémentaire aux conséquences imprévisibles. David Coffey, consultant en approvisionnement chez Catalant, met en garde contre une aggravation dramatique de la situation : « Même si les approvisionnements en carburant reprennent, il faudra plusieurs semaines avant qu'ils puissent atteindre leur destination. Il y aura des perturbations à long terme... Et sans dénouement en vue, la situation ne fera qu'empirer. »

La défection des Émirats arabes unis de l'OPEC complique davantage cette équation déjà complexe. Troisième producteur du cartel, ce pays disposait d'un quota largement inférieur à ses capacités de production réelles. Cette sécession affaiblit considérablement la capacité de l'organisation à influencer les cours, particulièrement dans un moment où la coordination internationale s'avère cruciale pour stabiliser les marchés énergétiques mondiaux.

Les marchés financiers reflètent fidèlement cette nervosité croissante. Les contrats à terme sur le Brent pour livraison en juin progressaient de 45 centimes, soit 0,4 %, s'établissant à 108,68 dollars après avoir gagné 2,8 % lors de la séance précédente, témoignant de la volatilité exceptionnelle qui caractérise désormais ce marché.

Cette situation exceptionnelle place les banques centrales face à un dilemme d'une complexité inédite. Alors que la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre et la Banque centrale européenne s'apprêtent à annoncer leurs décisions de politique monétaire cette semaine, l'attention se cristallise sur leurs commentaires concernant les pressions inflationnistes induites par cette crise énergétique sans précédent depuis les chocs pétroliers des années 1970.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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