Pétrole russe : les États-Unis autorisent temporairement sa vente

Face à une flambée des prix de l’énergie et à des perturbations majeures du marché pétrolier mondial, l’administration américaine a pris une décision inattendue : autoriser temporairement la vente de pétrole russe pourtant visé par des sanctions. Cette mesure exceptionnelle, limitée dans le temps, vise à stabiliser l’offre mondiale de pétrole tout en maintenant la pression économique sur Moscou.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 13 mars 2026 6h47
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100 DOLLARSLe prix du baril de pétrole affiche 100 dollars ce 13 mars 2026

Le 12 mars 2026, l’administration américaine a annoncé une décision inhabituelle dans le cadre du régime de sanctions contre la Russie. Le département du Trésor des États-Unis a accordé une licence temporaire permettant aux pays d’acheter du pétrole russe et des produits pétroliers déjà chargés sur des navires et bloqués en mer.

Une dérogation américaine pour la vente de pétrole russe déjà en mer

Cette dérogation concerne uniquement les cargaisons chargées avant l’entrée en vigueur des dernières restrictions. L’objectif est d’éviter que des tankers remplis de pétrole restent immobilisés pendant des semaines sur les océans, une situation qui pourrait accentuer les tensions sur le marché énergétique mondial.

La mesure est strictement limitée dans le temps. Elle restera valable pendant 30 jours, soit jusqu’au 11 avril 2026, selon Reuters. Durant cette période, les transactions liées à ces cargaisons pourront être finalisées malgré les sanctions existantes. D’après les estimations, environ 124 millions de barils de pétrole russe seraient actuellement concernés par cette situation, soit l’équivalent d’environ cinq jours d’approvisionnement mondial.

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a insisté sur la portée limitée de la décision. Cette mesure constitue, selon lui, « une mesure ciblée et de court terme visant à stabiliser les marchés de l’énergie », a-t-il déclaré.

Pétrole : une décision liée à la crise énergétique mondiale

Si Washington a choisi d’assouplir temporairement les sanctions, c’est avant tout en raison de la crise énergétique actuelle. Le marché pétrolier est fortement perturbé par le conflit impliquant l’Iran et par les tensions sur la navigation maritime dans le détroit d’Ormuz. Or ce passage maritime est l’une des artères vitales du commerce mondial d’hydrocarbures. Les perturbations du trafic dans cette zone stratégique ont ralenti les exportations de pétrole du Moyen-Orient et réduit l’offre mondiale disponible.

Dans ce contexte, la perspective de centaines de millions de barils immobilisés sur des tankers risquait d’aggraver encore la situation. Washington a donc choisi une solution intermédiaire : autoriser la vente de ces cargaisons déjà en mer sans lever les sanctions de manière générale. Les marchés pétroliers restent cependant sous forte pression. Le prix du Brent a atteint environ 100,56 dollars par baril le 13 mars 2026.

Un analyste du marché pétrolier cité par Reuters rappelle en outre que la mesure américaine ne règle pas les causes profondes de la crise : « Le problème fondamental reste la perturbation de la navigation dans le détroit d’Ormuz. »

Washington tente de calmer le marché

La dérogation sur le pétrole russe ne constitue qu’un volet de la stratégie américaine pour contenir la hausse des prix de l’énergie. En parallèle, Washington a décidé d’utiliser massivement ses réserves stratégiques de pétrole. Les États-Unis ont ainsi annoncé la libération de 172 millions de barils de pétrole provenant de leur réserve stratégique, selon Reuters. L’objectif est simple : injecter rapidement du pétrole sur le marché afin d’augmenter l’offre et de faire baisser les prix.

Cette initiative s’inscrit dans un effort international plus large. L’Agence internationale de l’énergie prévoit en effet une libération coordonnée de 400 millions de barils provenant des réserves de plusieurs pays partenaires.

Pour l’administration américaine, ces décisions doivent permettre de limiter l’impact économique de la crise énergétique. Scott Bessent estime que la hausse actuelle des prix reste temporaire et qu’elle produira des bénéfices économiques à long terme pour les États-Unis.

Vente de pétrole russe : un compromis fragile face aux sanctions

La décision américaine illustre la complexité du marché pétrolier mondial. D’un côté, les sanctions contre Moscou visent à réduire les revenus énergétiques de la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine. De l’autre, les besoins immédiats du marché imposent parfois des ajustements.

La licence délivrée par Washington reste donc très encadrée. Elle ne concerne que les cargaisons déjà chargées et ne permet pas d’augmenter la production ou les exportations futures de pétrole russe.

En pratique, la mesure vise surtout à débloquer une situation logistique devenue critique. Sans cette dérogation, des dizaines de tankers auraient pu rester immobilisés en mer pendant plusieurs semaines, accentuant les tensions sur l’approvisionnement mondial.

Certains observateurs estiment toutefois que cette décision pourrait compliquer la stratégie occidentale visant à limiter les revenus énergétiques de la Russie. Autoriser même temporairement la vente de pétrole russe pourrait en effet offrir à Moscou une source de revenus inattendue.

Washington assume néanmoins ce choix. Pour les autorités américaines, l’urgence reste de stabiliser le marché pétrolier et d’éviter une flambée durable des prix de l’énergie, susceptible d’affecter l’économie mondiale.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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