Votre pouvoir d’achat est toujours plus bas qu’en 2021

Le pouvoir d’achat des Français reste durablement fragilisé. Malgré la fin du choc inflationniste, les salaires n’ont toujours pas rattrapé les pertes accumulées depuis 2021, laissant entrevoir une crise plus profonde et persistante qu’anticipé.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 20 mars 2026 7h42
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inflation, stretchflation, shrinkflation, courses, pouvoir d'achat, supermarché, prix, augmentation - © Economie Matin
8%En 2023, le pouvoir d'achat était 8% inférieur au niveau de 2021.

Alors que l’inflation ralentit nettement en France, le pouvoir d’achat demeure au cœur des inquiétudes. Derrière les indicateurs rassurants, une réalité plus sombre s’impose : les revenus des ménages n’ont pas suivi le rythme de la hausse des prix, laissant un déficit durable depuis la crise liée au Covid-19. Selon une étude publiée le 19 mars 2026 par Indeed, les salaires réels restent inférieurs à leur niveau d’avant-crise, révélant un décrochage structurel du pouvoir d’achat en France.

Un pouvoir d’achat toujours en recul

Le chiffre est sans appel. En janvier 2026, les salaires réels en France affichent encore un retard de –1,9 % par rapport à 2021, selon l’étude Indeed du 19 mars 2026. Malgré les hausses de rémunération, les Français n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de vie d’avant la crise.

L’indice des salaires réels atteint 98,1, base 100 en 2021, confirmant ce déficit persistant. Pourtant, la situation s’est améliorée depuis le point le plus bas atteint en 2023, lorsque cet indice était tombé autour de 92, traduisant une perte brutale de près de 8 % du pouvoir d’achat. Une partie du terrain a été regagnée, certes, mais insuffisamment.

Dans le même temps, l’inflation ralentit fortement. Elle s’établissait à 0,3 % en janvier 2026, avant de remonter légèrement à 1 % en février. En apparence, les conditions d’un retour à la normale semblent réunies. Pourtant, les ménages ne ressentent toujours pas d’amélioration tangible. Ce décalage s’explique par un phénomène bien identifié : les hausses de salaires arrivent trop tard et restent trop modestes. En 2026, les augmentations prévues tournent autour de 1,73 % en moyenne, selon Le Monde. Un rythme qui, bien qu’en théorie supérieur à l’inflation actuelle, ne permet pas de compenser les pertes accumulées depuis plusieurs années.

Les ménages souffrent toujours du choc inflationniste de 2022

La crise du pouvoir d’achat trouve son origine dans le choc inflationniste de 2022-2023. Durant cette période, les salaires ont progressé moins vite que les prix. Ainsi, entre 2022 et 2023, les rémunérations ont augmenté de 4,4 %, mais cela n’a pas suffi à éviter une baisse du pouvoir d’achat de 0,6 %.

Cette dynamique a laissé des traces profondes. D’autant plus que le modèle français, fondé sur des négociations collectives et des ajustements progressifs, ralentit les corrections. L’étude Indeed souligne que ce système « protège mais freine l’adaptation économique », retardant mécaniquement le rattrapage. « La question n’est plus seulement de rattraper le pouvoir d’achat perdu, mais de renforcer notre capacité à absorber des chocs », alerte Lisa Feist, économiste au Hiring Lab d’Indeed.

Le problème est donc double. D’un côté, les pertes passées ne sont pas compensées. De l’autre, le système actuel semble mal armé pour répondre aux crises à répétition. Les salariés restent ainsi enfermés dans une spirale où les revenus progressent, mais toujours avec retard.

La France à la traîne par rapport au reste de l’Europe

La situation française, un pouvoir d’achat 1,9 % inférieur à celui de 2021, accuse encore près de deux points de retard, et apparaît d’autant plus préoccupante lorsqu’on la compare à celle d’autres pays. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, les salaires ont globalement rattrapé l’inflation. En Europe, certains pays comme les Pays-Bas ou l’Allemagne se rapprochent également de leur niveau d’avant-crise. D’autres font toutefois moins bien que la France, notamment l’Irlande et l’Espagne.

La croissance reste faible, ce qui limite les marges de manœuvre des entreprises. Résultat : les hausses de salaires restent contenues, malgré les tensions sociales et les revendications liées au pouvoir d’achat. Le rattrapage pourrait encore prendre du temps. Plusieurs années, potentiellement.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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