Renault officialise la cession d’Alpine Racing SAS au groupe belge Dumarey, actant ainsi son retrait définitif de la conception de moteurs de Formule 1. Cette opération, signée le 22 octobre 2026, transfère 150 emplois et le site historique de Viry-Châtillon, symbole de quatre décennies d’expertise française en propulsion haute performance.
Alpine Racing : 40 ans d’expertise française vendus à la Belgique

Renault franchit un nouveau pas dans son retrait du secteur des moteurs de haute performance en cédant Alpine Racing SAS au groupe belge Dumarey. Signée le 22 octobre 2026, l'opération marque l'aboutissement d'une stratégie de recentrage initiée il y a deux ans, mais elle soulève des questions sur la pérennité de l'expertise technologique française en Formule 1.
Une cession stratégique après l'abandon du programme F1
Le 30 septembre 2024, Renault annonçait l'arrêt de son programme moteur F1 à l'issue de la saison 2025. Objectif affiché : économiser 120 millions d'euros par an en devenant client de Mercedes plutôt que de développer ses propres propulseurs. Deux ans plus tard, le constructeur français officialise la cession de sa filiale Alpine Racing, qui regroupe les activités moteur du site historique de Viry-Châtillon en Essonne. François Provost, directeur général de Renault, avait alors justifié ce choix brutal : « Mon boulot en tant que directeur général, c'est de faire des choix. L'industrie automobile mondiale souffre beaucoup et pour moi, la priorité, c'est de garder la F1. »
Entre septembre 2024 et février 2026, Renault tenta de sauver les apparences avec Hypertech Alpine, un projet censé reconvertir Viry-Châtillon vers la supercar et les batteries haute densité. Promesses non tenues : Hyvia, la filiale hydrogène, fut liquidée en février 2026.
Dumarey, acquéreur belge : qui est ce groupe et quel est son modèle économique ?
Le groupe Dumarey, dirigé par son fondateur Guido Dumarey, se présente comme un spécialiste des technologies de propulsion et des services d'ingénierie avancée. Familial et belge, il affiche des ambitions dans le motorsport. Guido Dumarey déclare : « Notre ambition est de préserver et de développer davantage cette expertise exceptionnelle en ingénierie tout en créant de nouvelles opportunités de croissance. » Pourtant, son bilan récent en France interroge. En janvier 2026, Dumarey fermait son usine de Strasbourg, supprimant 320 emplois, et arrêtait celle d'Andrézieux-Bouthéon dans la Loire, où 260 postes disparurent. Ces antécédents jettent une ombre sur les promesses de développement.
Le montant de la transaction n'a pas été divulgué. Renault et Dumarey ont publié un communiqué conjoint évoquant « le cœur de métier des équipes d'Alpine Racing SAS en créant des opportunités leur permettant de tirer parti, à l'avenir, de leur expertise en matière de moteurs de Formule 1 au bénéfice d'écuries de course automobile. » Aucun contrat commercial avec une écurie F1 n'a toutefois été annoncé à ce stade.
L'usine de Viry-Châtillon : 40 ans d'expertise française transférée
Viry-Châtillon incarne quatre décennies d'excellence en propulsion haute performance. Les moteurs Renault ont accompagné 12 titres constructeurs et 11 titres pilotes, dont ceux de Fernando Alonso (2005-2006) et Sebastian Vettel chez Red Bull (2010-2013). Les 150 salariés actuels, ingénieurs et techniciens spécialisés, seront repris par Dumarey avec une garantie de 24 mois sur leurs avantages sociaux et salaires. Au-delà, aucune visibilité. La finalisation de l'opération reste soumise à la procédure d'information-consultation des représentants du personnel et aux autorisations réglementaires.
L'écurie Alpine F1, basée à Enstone au Royaume-Uni, n'est pas concernée par la cession. Elle continuera d'utiliser des moteurs Mercedes à partir de 2026, conformément à la stratégie de Renault. Le site de Viry perd donc son débouché naturel. Sa survie dépendra de la capacité de Dumarey à décrocher des contrats avec d'autres écuries ou à diversifier ses activités dans le motorsport.
Implications économiques : perte de souveraineté technologique française
La cession d'Alpine Racing symbolise un transfert de savoir-faire stratégique. La France perd un actif technologique rare : la maîtrise complète du cycle de développement d'un moteur de Formule 1, du concept à la piste. Aucun autre site français ne possède cette expertise. Boursorama souligne que Renault privilégie désormais une logique d'achat plutôt que de conception, alignant sa stratégie sur celle d'autres constructeurs comme McLaren ou Aston Martin. Cette rationalité économique sacrifie la souveraineté technologique sur l'autel de la rentabilité à court terme.
La transaction doit encore franchir plusieurs étapes : consultation des instances représentatives du personnel et obtention des autorisations réglementaires. Aucune date de finalisation n'a été communiquée. Les 150 salariés restent dans l'expectative. Les syndicats exigent des garanties concrètes sur l'avenir du site et la nature des futurs programmes. Dumarey devra rapidement démontrer sa capacité à sécuriser des contrats commerciaux pour éviter une nouvelle hémorragie d'emplois.
Renault, de son côté, boucle un chapitre douloureux. Le constructeur peut désormais concentrer ses ressources sur l'écurie Alpine F1 et son partenariat avec Mercedes. Mais le coût symbolique est lourd : F1actu rappelle que Viry-Châtillon représentait près de 50 ans d'histoire en Formule 1. Une page se tourne, laissant derrière elle des interrogations sur la capacité de la France à conserver ses pôles d'excellence industrielle face aux impératifs de rentabilité immédiate.