L’Institut des politiques publiques a comparé trois leviers pour mettre à contribution les retraités : désindexation (5,5 milliards d’euros), suppression de l’abattement fiscal (5,4 milliards) et alignement de la CSG (4,2 milliards). Les rendements budgétaires sont proches, mais les impacts redistributifs divergent radicalement. La désindexation pénalise davantage les retraités modestes, tandis que la suppression de l’abattement fiscal respecte la progressivité.
Retraités : que vont leur coûter les trois scénarios à 5 milliards d’euros prévus par le gouvernement

Entre 4,2 et 5,5 milliards d'euros d'économies sont envisagés à travers trois stratégies distinctes pour impliquer les retraités dans le redressement des finances publiques. Ces options, analysées par l'Institut des politiques publiques (IPP) dans une étude publiée le 28 septembre 2026, incluent la désindexation des pensions, la suppression de l'abattement fiscal de 10 %, et l'alignement de la CSG. Chaque mesure promet un rendement budgétaire similaire mais diffère dans ses effets redistributifs.
Les leviers budgétaires considérés
Désindexation des pensions : bénéfices financiers, coût social
La désindexation totale des pensions des retraités pourrait rapporter 5,5 milliards d'euros à l'État, selon l'IPP et son modèle de microsimulation TAXIPP. Cette mesure gèlerait les pensions pendant un an, sans ajustement à l'inflation, mais elle aurait un effet anti-redistributif. Les retraités les moins aisés subiraient une perte de niveau de vie entre 0,8 % et 1,5 %, contre 0,4 % pour les plus fortunés. Une variante à l'étude propose un gel des pensions au-delà de 2 034 euros mensuels, avec une sous-indexation entre 1 260 et 2 034 euros, visant 5,8 milliards d'euros d'économies tout en conservant une structure anti-redistributive.
Fin de l'abattement fiscal : un ajustement redistributif
En supprimant l'abattement de 10 % sur les pensions imposables, l'État pourrait générer 5,4 milliards d'euros. Cette option se distingue par sa progressivité : les retraités déclarant des revenus plus élevés paieraient davantage. Toutefois, la suppression influencerait le revenu fiscal de référence, impactant les aides au logement pour certains ménages, nécessitant des mesures compensatoires. Les retraités non imposables ne seraient pas affectés, et la contribution augmenterait avec le revenu.
Alignement de la CSG : toucher les classes moyennes
Aligner partiellement les taux de CSG des pensions sur ceux des revenus d'activité rapporterait 4,2 milliards d'euros. Les retraités bénéficient actuellement de taux réduits, mais un alignement concentrerait l'effort sur les classes moyennes. Cette mesure, bien que moins rentable, épargne les retraités aux revenus faibles tout en suivant une logique de capacité contributive.
Conséquences économiques selon les revenus
Désindexation totale : inégalités accrues
L'IPP souligne que la désindexation affecte uniformément toutes les pensions, aggravant les inégalités de pouvoir d'achat parmi les retraités. Ceux ayant des revenus modestes consacrent une plus grande part de leurs ressources aux dépenses essentielles, rendant les pertes de pouvoir d'achat proportionnellement plus lourdes pour eux que pour les plus aisés.
Variante de seuils de revenu : ajustements redistributifs
Pour atténuer l'effet anti-redistributif, l'IPP propose des variantes introduisant des seuils de revenu. Par exemple, appliquer la désindexation uniquement aux pensions au-dessus de 1639 euros mensuels protégerait les plus modestes. Toutefois, chaque seuil génère des effets de bord, impactant les retraités juste au-dessus du seuil, et réduisant le rendement budgétaire global.
Décisions budgétaires à venir
Rendement contre progressivité
Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit décider avant le 1er octobre, date de présentation du budget 2027. Le dilemme oppose la désindexation, qui maximise le rendement à 5,5 milliards avec une mise en œuvre simple, et la suppression de l'abattement fiscal, qui respecte mieux la progressivité fiscale tout en générant 5,4 milliards. L'alignement de la CSG, bien que moins rentable, présente un compromis. Le gouvernement pourrait combiner ces mesures pour équilibrer rigueur budgétaire et protection sociale. Les 5 milliards ciblés représentent environ 0,2 % du PIB, un montant conséquent mais insuffisant pour redresser durablement les finances publiques, engageant une répartition de l'effort collectif.