Saint-Gobain annonce la cession de ses activités de distribution de chauffage et sanitaire en Scandinavie au finlandais Kesko pour 1,5 milliard d’euros. Cette transaction majeure s’inscrit dans la stratégie de repositionnement du géant français des matériaux de construction.
Saint-Gobain vend ses activités liées au chauffage pour 1,5 milliards d’euros

Le géant français des matériaux de construction Saint-Gobain a signé lundi un accord définitif avec le groupe finlandais Kesko pour céder ses activités de distribution de matériel de plomberie, d'équipements sanitaires et de chauffage en Scandinavie. Le montant de la transaction s'élève à 1,5 milliard d'euros, marquant une étape majeure dans la stratégie de repositionnement du groupe tricolore.
L'annonce a été saluée par les investisseurs, l'action Saint-Gobain bondissant de 5% en tête du CAC 40 après l'annonce officielle de l'opération.
Dahl, vingt ans d'expansion nordique à céder
Les activités cédées gravitent principalement autour de la marque Dahl, acquise par Saint-Gobain en 2004 lors de son expansion européenne. Implantée en Suède, Norvège et au Danemark, l'entreprise nordique s'est hissée au rang de leader de la distribution spécialisée dans ces trois pays, générant un chiffre d'affaires d'environ 2 milliards d'euros en 2025.
Forte de 2 700 collaborateurs et d'un maillage territorial dense de 190 points de vente, Dahl a su s'adapter aux exigences particulièrement élevées du marché scandinave en matière d'efficacité énergétique et de solutions durables. Depuis deux décennies, l'entreprise a consolidé sa position de référence dans un secteur en pleine mutation technologique.
Une valorisation qui reflète l'attractivité des actifs scandinaves
Les analystes d'AlphaValue jugent positivement l'opération, estimant que "Dahl n'a jamais vraiment trouvé sa place parmi les activités principales de Saint-Gobain dans les matériaux de construction, l'isolation et le verre".
L'expert Egor Sonin tempère néanmoins : "Nous souhaitons voir comment le produit de la vente sera réinvesti. L'utilisation la plus probable est celle de nouvelles opérations de fusion-acquisition, conformément à la stratégie récente de Saint-Gobain en matière d'allocation du capital".
Kesko mise gros sur l'expansion nordique
Pour l'acquéreur finlandais, spécialiste du négoce en Europe du Nord, il s'agit de "la plus grosse transaction de son histoire". L'opération doit propulser Kesko vers son objectif ambitieux de 20 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2030, contre 12,5 milliards d'euros actuellement.
L'acquisition permet au groupe finlandais de renforcer considérablement sa présence sur un marché nordique en pleine transformation, confronté aux défis de la transition énergétique et de la digitalisation des processus commerciaux. Dans un contexte où les multinationales européennes privilégient la redistribution aux actionnaires, Kesko fait le pari inverse en investissant massivement dans la croissance externe.
Un calendrier de 18 mois pour finaliser l'opération
La finalisation interviendra début 2027, sous réserve des autorisations des autorités de la concurrence dans les trois pays concernés et de l'achèvement des procédures d'information du personnel. Le délai de 18 mois reflète la complexité des processus d'approbation dans un secteur stratégique, particulièrement sensible aux questions de concurrence et d'emploi en Scandinavie.
Les autorités nordiques scruteront attentivement les conséquences de l'opération sur la concurrence locale, Dahl occupant une position dominante dans plusieurs segments de marché.
Saint-Gobain accélère sa mue industrielle
"La transaction s'inscrit pleinement dans notre stratégie visant à optimiser en permanence le profil d'activité de Saint-Gobain", a souligné Benoit Bazin, PDG du groupe. Fin 2025, l'entreprise avait déjà annoncé une rotation d'actifs représentant plus de 20% de son chiffre d'affaires d'ici 2030, dans l'objectif de "continuer à renforcer croissance, rentabilité et création de valeur".
Fondée en 1665 par Colbert sous le nom de Manufacture royale des glaces, l'entreprise française a déclaré 46,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires l'année passée. Présente dans 80 pays avec 162 000 salariés, elle traverse une période de repositionnement stratégique majeur face aux mutations du secteur de la construction. Les entreprises industrielles françaises multiplient les repositionnements stratégiques pour s'adapter aux nouveaux enjeux énergétiques et technologiques.
