Accéder à un médecin généraliste, un spécialiste ou un pédiatre ne relève pas des mêmes conditions selon le département où l’on vit. Une nouvelle étude met en évidence un écart croissant entre territoires sur le plan de l’accès aux soins médicaux.
Santé en danger : 73 départements oubliés par les médecins

Le 24 juin 2025, l’UFC-Que Choisir a publié une nouvelle analyse de l’évolution des inégalités d’accès aux soins en France. Malgré les alertes répétées, la situation sanitaire se détériore dans une majorité de départements, mettant à mal le principe d’équité territoriale. L'association, s’appuyant sur dix années de données, dénonce une désertification médicale croissante et réclame une réponse politique ferme. Car derrière les chiffres, ce sont des millions de Français qui peinent à consulter un médecin dans des délais raisonnables.
Le constat accablant d'une inégalité géographique structurelle
La dernière étude de l’UFC-Que Choisir révèle un tableau préoccupant : 73 départements sur 101 ont vu leur densité médicale diminuer entre 2014 et 2023. L'effondrement est encore plus marquant dans les zones déjà en difficulté : parmi les 50 départements les moins dotés en 2014, 44 se sont encore dégradés. Le département de Mayotte incarne ce déséquilibre sanitaire, avec seulement 8 médecins pour 10 000 habitants, contre 76,8 à Paris.
L’association souligne une répartition très inégale des professionnels de santé, notamment des généralistes. « Toutes les spécialités médicales libérales sont concernées », précise l’article publié sur le site de l’UFC-Que Choisir le 24 juin 2025.
Les politiques incitatives : un échec patent, selon les observateurs
Depuis des années, les pouvoirs publics misent sur des mesures incitatives (primes, exonérations fiscales) pour attirer les praticiens dans les zones sous-dotées. Pourtant, les effets restent faibles. Le rapport sénatorial n°137 (déposé le 13 novembre 2024) conclut à l’inefficacité du modèle incitatif, qualifiant la stratégie actuelle de « morcelée, partielle et incohérente ».
Ce même rapport évoque une « décennie noire » à venir, si rien n’est fait pour inverser la tendance. L’urgence, selon les sénateurs, est d’instaurer une régulation de l’installation des médecins, à l’image des contraintes déjà en vigueur pour les infirmiers, sages-femmes ou kinésithérapeutes. L’objectif : corriger les déséquilibres territoriaux par des mesures ciblées.
Une loi amorcée, mais encore timide
L’UFC-Que Choisir salue l’adoption d’une proposition de loi portée par Guillaume Garot, votée à l’Assemblée nationale. Ce texte ouvre la voie à une possible régulation, mais reste loin d’un changement de paradigme global.
Dans un contexte de pénurie croissante de praticiens, l’association revendique une réorganisation nationale, qui ne se limite pas aux zones rurales mais englobe aussi la formation initiale, les conditions d’installation et la répartition des structures de soins. Elle appelle également à un investissement massif dans les infrastructures de santé publique.
Des solutions connues, rarement appliquées
Parmi les pistes avancées par le Sénat et l’UFC, certaines reviennent de façon récurrente : développer les maisons de santé pluriprofessionnelles, renforcer les assistants médicaux pour libérer du temps de consultation, ou encore territorialiser les études médicales afin de recruter des étudiants issus des zones sous-dotées.
Mais ces propositions, bien que validées par les acteurs de terrain, peinent à se traduire en réformes opérationnelles. En cause : une lenteur réglementaire, des décrets d’application publiés au compte-gouttes, et une absence de coordination entre les ministères concernés.
Une fracture sanitaire qui mine l’égalité républicaine
Alors que l’accès aux soins devrait être un droit fondamental, la réalité sur le terrain est celle d’un désengagement progressif de l’État dans certains territoires. La téléconsultation, présentée comme solution complémentaire, bénéficie surtout aux zones déjà équipées, sans résoudre les problèmes d’accès pour les plus précaires.
Les visites à domicile, elles, restent marginales. Quant à la permanence des soins, censée désengorger les urgences, elle reste « insuffisamment structurée » selon le rapport sénatorial.
