Des mesures réalisées dans la rue aux études de santé à long terme, les chercheurs dressent un tableau plus clair de l’incidence de l’exposition quotidienne aux signaux 5G sur la santé humaine.
Même pas peur ! Des scientifiques financés par l’Union européenne testent les incidences de la 5G sur la santé

À mesure que les antennes 5G se multiplient partout en Europe, permettant des téléchargements toujours plus rapides, une meilleure connectivité et une diffusion en continu plus fiable, l’inquiétude du public face aux incidences potentielles sur la santé s’est également accrue.
Pour y répondre, des chercheurs financés par l’Union européenne (UE) étudient à quoi ressemble réellement l’exposition quotidienne aux champs électromagnétiques de radiofréquence (CEM RF) de la 5G, et ce que cela signifie pour notre santé.
Leurs conclusions jusqu’à présent sont rassurantes.
Mesure de l’exposition dans la vie réelle
L’un des scientifiques à la tête de ces travaux est le professeur Mònica Guxens, médecin et chercheuse en santé publique à l’Institut de Barcelone pour la santé mondiale (ISGlobal).
«Nous devons comprendre les niveaux d’exposition actuels de la population européenne», a déclaré le professeur Guxens, qui coordonne une initiative de recherche internationale sur cinq ans financée par l’UE, baptisée GOLIAT, qui se terminera en juin 2027.
GOLIAT fait partie de CLUE-H, un ensemble de projets financés par l’UE consacrés aux champs électromagnétiques et à la santé, qui partagent des méthodes et des données afin de renforcer les données globales sur les effets sur la santé.
L’équipe du professeur Guxens se compose de chercheurs venant de 25 institutions de 10 pays européens, ainsi que d’autres partenaires des États-Unis, du Japon et de Corée du Sud. Elle étudie les niveaux d’exposition dans différentes situations, les éventuelles incidences physiques et psychologiques sur la santé et la manière dont les informations concernant les risques peuvent être communiquées de manière claire et efficace.
«La réalisation de mesures à grande échelle dans différents pays nous aidera à comprendre comment et où les personnes sont les plus exposées aux CEM RF 5G maintenant que ces réseaux sont largement déployés», a ajouté le professeur Guxens.
Cartographie de l’exposition à la 5G en Europe
L’une des premières tâches a consisté à mesurer la quantité de CEM RF que les personnes rencontrent dans leur vie quotidienne.
Pour savoir à quoi ressemble l’exposition dans le monde réel, des chercheurs en Belgique et en Suisse ont effectué l’évaluation la plus détaillée de l’exposition à la 5G à ce jour, en utilisant un «exposimètre» portable pour mesurer les ondes radioélectriques dans l’environnement, parallèlement à de nouveaux capteurs fixés aux smartphones pour suivre les émissions.
Plus de 800 mesures ont été ainsi réalisées dans des zones urbaines et rurales dans huit pays de l’UE, ainsi qu’en Suisse et au Royaume-Uni. L’équipe a examiné des scénarios allant du mode avion des téléphones aux activités à forte intensité de données, telles que le partage de pièces jointes ou le visionnage de vidéos retransmises en direct.
Les résultats montrent que l’exposition aux CEM RF dans l’environnement quotidien reste nettement inférieure aux limites de sécurité internationales dans tous les contextes mesurés.
Ces limites, fixées par des organismes scientifiques indépendants, définissent les niveaux d’exposition maximaux jugés sûrs pour le grand public et sont assorties d’importantes marges de sécurité.
Les niveaux d’exposition variaient toutefois en fonction de la manière dont les dispositifs étaient utilisés et du lieu où ils étaient utilisés.
Dans les zones urbaines denses, les signaux émis par les stations de base mobiles tendent à être plus élevés. Dans les zones rurales, des pics d’exposition de courte durée peuvent se produire lorsque les téléphones téléchargent de grandes quantités de données, car une couverture plus faible amène les appareils à transmettre à une puissance plus élevée.
Les effets sur la santé à l’épreuve
La mesure de l’exposition n’est qu’une partie de ces travaux. Afin de déterminer si les signaux 5G ont des effets immédiats sur l’organisme, des chercheurs en France ont réalisé les premières études coordonnées en laboratoire humain axées sur une bande de fréquences 5G clé: 3,5 gigahertz.
À l’Ineris, l’Institut national français de l’environnement industriel et des risques, près de Paris, 31 volontaires sains ont été exposés aux signaux 5G pendant 26 minutes dans des conditions contrôlées conçues pour refléter l’exposition environnementale réelle.
«Nous n’avons observé aucune incidence mesurable sur la fonction cardiaque, les niveaux de stress, la température de la peau ou l’activité cérébrale chez les jeunes adultes en bonne santé», a déclaré Brahim Selmaoui, l’un des chercheurs participant à l’étude.
«Bien que des recherches supplémentaires soient encore nécessaires sur les expositions répétées et à long terme, nos résultats fournissent des indices rassurants pour cette nouvelle bande 5G dans des conditions d’exposition réalistes», a-t-il déclaré. «Ils contribuent également aux évaluations internationales de la sécurité en cours.»
Aider les personnes à vérifier leur propre exposition
Au-delà des résultats de laboratoire, les chercheurs estiment qu’il est manifestement utile d’aider les personnes à mieux comprendre leur propre exposition et de réduire toute anxiété inutile.
Le professeur Martin Röösli, chef de l’unité «Environnement et santé» de l’Institut tropical et de santé publique suisse, dirige le développement d’une «base de données sur les doses» en ligne en accès libre, qui permettra aux utilisateurs de comprendre la manière dont les comportements quotidiens influencent les niveaux d’exposition.
«Il est important pour la société que les citoyens se sentent informés et rassurés», a déclaré le professeur Röösli. «Les gens posent souvent des questions très pratiques: est-il sûr de dormir avec son téléphone sur sa table de chevet? Vaut-il mieux qu’il soit posé plus loin?»
Cette base de données, qui devrait être lancée au printemps 2026, permettra aux utilisateurs de comprendre la manière dont ils utilisent leur téléphone portable et d’autres appareils, ainsi que l’environnement dans lequel ils vivent, afin d’avoir une idée plus claire des niveaux d’exposition types.
Les premiers résultats laissent penser qu’un téléphone placé à entre 30 et 40 cm de soit durant la nuit, avec une activité minimale, ne donne lieu à pratiquement aucune exposition – bien moindre que celle générée lors d’un appel téléphonique, même très bref.
Le comportement humain, selon les chercheurs, pourrait être un facteur plus important. Par exemple, un sommeil perturbé par des notifications sonores ou le fait de faire défiler des images ou des messages tard dans la nuit.
Comportement et bien-être
Cette distinction est au cœur de la recherche à long terme en cours sur la santé. Les scientifiques étudient les liens entre les dispositifs de communication numérique et les effets neuropsychologiques chez les enfants et les jeunes adultes, y compris la fonction cognitive, la qualité du sommeil et la santé mentale.
«Le téléphone n’entraîne pas seulement une exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquences», explique le professeur Guxens. «Elle entraîne également une exposition à la lumière de l’écran, une gêne mentale ou une dépendance à l’appareil. Il est difficile de séparer les effets des différents facteurs liés à l’utilisation des dispositifs.»
Contrairement à de nombreuses études antérieures qui n’ont porté que sur des moments relativement courts, la recherche actuelle suit les participants sur des périodes plus longues, aidant ainsi les scientifiques à distinguer la cause de la corrélation.
«Si quelqu’un dort mal, est-ce en raison du rayonnement, ou parce qu’il faisait défiler des images et des messages tard dans la nuit?», a demandé le professeur Guxens. «Vous ne pouvez pas répondre à cette question sans données recueillies sur le long terme.»
Pallier le manque d’information
Pour les chercheurs qui participent à ces travaux, la clarté de la communication est aussi importante que la précision de la mesure et de l’analyse. Selon eux, la désinformation persistante autour de la 5G s’est engouffrée dans le fossé entre évolution technologique rapide et compréhension du public.
Tout au long de leurs travaux, les scientifiques dialoguent directement avec les citoyens afin de comprendre leurs inquiétudes et les idées reçues, et d’adapter la manière dont les résultats sont partagés, y compris au moyen de courtes vidéos diffusées dans les médias sociaux destinées à expliquer les résultats de manière simple et transparente.
«Donner aux personnes des outils pour comprendre l’exposition peut réduire l’anxiété, même lorsque le risque est faible», a déclaré le professeur Guxens.
Étant donné que l’UE investit massivement dans les infrastructures numériques sous la forme d’initiatives telles que le mécanisme pour l’interconnexion en Europe et que les réseaux 6G devraient être en place aux alentours de 2030, les chercheurs estiment qu’un suivi continu restera un élément essentiel.
«La technologie évolue si rapidement que l’évaluation de l’exposition doit suivre le rythme», a déclaré Martin Röösli. «Nous devons comprendre ce que ces évolutions signifient pour la population, aujourd’hui et demain.»
Les travaux de recherche évoqués dans cet article ont été financés par le programme Horizon de l’Union européenne. Les points de vue des personnes interrogées ne reflètent pas nécessairement ceux de la Commission européenne.
Cet article a été initialement publié dans Horizon, le magazine de la recherche et de l’innovation de l’Union européenne (en anglais).
Pour en savoir plus:
- GOLIAT (CORDIS)
- site internet du projet GOLIAT
- Mécanisme pour l’interconnexion en Europe
- Réseaux 5G en Europe
- Façonner l’avenir numérique de l’Europe.