Moody’s a abaissé le 29 octobre la note de la dette sénégalaise en devises de Caa2 à Ca, au cœur d’une restructuration engagée par Dakar. La décision renforce les inquiétudes des créanciers internationaux et met en lumière les tensions financières d’un pays de l’Union monétaire ouest-africaine, dont la monnaie est liée à l’euro.
Dette du Sénégal : Moody’s abaisse sa note à Ca, les créanciers face au risque de pertes

La dette sénégalaise en devises s’enfonce dans une catégorie de risque particulièrement élevée. Jeudi 29 octobre 2026, Moody’s a abaissé de Caa2 à Ca les notes d’émetteur à long terme et des obligations senior non garanties en devises du Sénégal. L’agence anticipe des pertes plus importantes qu’auparavant pour les créanciers privés étrangers dans le cadre de la restructuration envisagée par Dakar, selon les informations rapportées par Reuters.
Cette nouvelle dégradation intervient moins de deux mois après la précédente. Moody’s a parallèlement relevé la perspective attachée à ces notes de « négative » à « stable » : ce changement traduit son appréciation des risques autour du niveau de notation désormais très bas, et non une amélioration de la solvabilité du pays.
Une restructuration qui inquiète les détenteurs de dette extérieure
Le Sénégal a engagé une démarche de traitement de sa dette après la découverte d’engagements publics qui n’avaient pas été correctement déclarés sous la précédente administration. Ces révélations ont profondément modifié l’évaluation des finances de l’État et compliqué son accès aux financements internationaux.
En septembre, les autorités ont annoncé vouloir traiter la dette dans le cadre d’une procédure inspirée du Cadre commun du G20. Les discussions concernent notamment les détenteurs d’obligations internationales et les établissements prêteurs. La composition des groupes de créanciers se précise : le 23 octobre, Reuters rapportait qu’un comité de banques créancières avait choisi le cabinet Houlihan Lokey comme conseil financier.
La notation Ca signale une situation de crédit extrêmement dégradée et la possibilité de pertes significatives. Leur montant dépendra des négociations : réduction du principal, modification des intérêts ou allongement des échéances peuvent produire des résultats différents pour les porteurs de titres. Aucune décote définitive n’est arrêtée par la seule décision de Moody’s.
Le programme du FMI reste un élément central
Le Sénégal cherche parallèlement à sécuriser un appui multilatéral. Le Fonds monétaire international a annoncé le 1er septembre un accord au niveau de ses services portant sur un programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars. Son approbation reste soumise à des conditions, notamment des mesures correctrices liées aux anciennes déclarations erronées et des assurances de financement.
Ce programme doit soutenir le rétablissement des équilibres budgétaires, la gestion de la dette et les dépenses sociales. Pour les créanciers, les prochaines étapes décisives seront la définition du périmètre de restructuration, les modalités du traitement des titres et les garanties de financement qui permettront au pays de retrouver une trajectoire soutenable.
Pourquoi cette crise financière concerne aussi l’Europe
Le Sénégal appartient à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont la banque centrale, la BCEAO, émet le franc CFA. La parité de référence publiée par la BCEAO demeure fixée à 655,957 francs CFA pour un euro. Cette architecture monétaire est l’un des facteurs que Moody’s prend en compte : l’accès au marché financier régional et la mutualisation monétaire peuvent atténuer certaines tensions de liquidité.
Pour les entreprises françaises ayant des relations commerciales avec le Sénégal, les banques et les investisseurs exposés à sa dette, l’enjeu se situe dans les conditions de financement de l’économie sénégalaise et la capacité de l’État à honorer ses engagements réaménagés. Les répercussions dépendront des accords conclus avec les créanciers et de la poursuite des activités économiques, plutôt que d’un effet mécanique sur les taux ou les prix en France.
Le calendrier des négociations et la décision du FMI détermineront désormais la marge de manœuvre budgétaire de Dakar, dans une région où les marchés de dette publique sont étroitement liés entre États membres de l’UEMOA.