Société Générale : 45 % d’augmentation pour le PDG, 1 800 emplois supprimés

Alors que la banque taille dans ses effectifs en France, la Société Générale envisage d’augmenter de 45 % le salaire fixe de son directeur général. Entre performance boursière et suppressions de postes, la décision interroge.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 2 mars 2026 8h05
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Société Générale : 45 % d’augmentation pour le PDG, 1 800 emplois supprimés - © Economie Matin
6 MILLIARDS €La banque a réalisé un bénéfice net record de 6 milliards d'euros en 2025

Le 28 février 2026, la nouvelle est tombée : le conseil d’administration de la Société Générale souhaite porter la rémunération fixe de son directeur général à 2,4 millions d’euros par an à partir de 2026, soit une hausse de 45 %. Une progression spectaculaire qui intervient moins de deux mois après l’annonce d’un vaste plan de suppression de 1 800 emplois en France d’ici à fin 2027.

Société Générale : augmentation de salaire du PDG en pleine suppression d’emplois

Le dirigeant concerné, Slawomir Krupa, en poste depuis le 23 mai 2023 selon Agefi, pourrait même percevoir jusqu’à 5,76 millions d’euros en 2026 s’il dépasse l’ensemble de ses objectifs, hors intéressement. En 2025, sa rémunération globale s’est élevée à 4,94 millions d’euros, contre 4,97 millions en 2024. Autrement dit, malgré des performances saluées par les marchés, sa rémunération totale était restée relativement stable. La proposition actuelle marque donc une rupture nette.

Pour justifier cette revalorisation, le conseil d’administration invoque, selon RTL, « une performance exceptionnelle de la banque depuis la nomination du directeur général et très supérieure aux attentes ». Agefi rapporte également que le conseil considère que « le renouvellement du mandat de Slawomir Krupa et l’augmentation de sa rémunération fixe stabiliseront dans la durée le leadership de sa direction générale dans un marché international où ces profils sont rares ». Le message est limpide : la banque estime devoir payer davantage pour conserver son dirigeant. Cependant, le contexte social brouille considérablement cette lecture financière.

Emploi, suppression et réorganisation : 1 800 postes sacrifiés

Le 21 janvier 2026, Agefi révélait que la banque prévoyait la suppression de 1 800 postes en France d’ici à fin 2027. L’établissement assure qu’il n’y aura pas de licenciements contraints. Le plan repose sur l’attrition naturelle, la mobilité interne et des départs volontaires. La direction promet également un renforcement de la formation : « La formation tout au long de la carrière serait renforcée grâce à l’Université Société Générale et un Campus Mobilité et Compétences verrait le jour pour fluidifier la mobilité interne », indiquait Agefi en citant la direction.

Derrière cette communication, les contours sont précis. Les suppressions toucheront des fonctions centrales, certaines activités spécifiques ainsi que l’organisation régionale de la banque de détail, selon FINANZ Nachrichten. L’objectif affiché est une simplification structurelle et une recherche d’efficacité accrue.

Dans la presse internationale, la banque assume une transformation plus technologique. FinTech Futures rapporte que « les réductions d’effectifs font partie d’un projet de simplification organisationnelle visant à rendre la Société Générale plus agile, efficace et prête pour les défis de demain ». L’automatisation et l’intelligence artificielle sont clairement identifiées comme des leviers de rationalisation.

Pourtant, la méthode a suscité des tensions. Euronews indique que le plan a été présenté aux représentants des salariés sans consultation préalable, déclenchant des critiques syndicales, notamment de la CGT. Selon le média, la direction a défendu une mesure « nécessaire », arguant que l’attrition naturelle et la mobilité interne permettraient d’éviter des licenciements forcés.

La séquence est donc brutale : annonce de 1 800 suppressions de postes en janvier, proposition d’augmentation de 45 % du salaire fixe du PDG en février. Même si les deux décisions obéissent à des logiques différentes, leur proximité temporelle nourrit un malaise évident.

Société Générale : résultats, salaire et stratégie de marché

Il serait simpliste d’ignorer les performances financières récentes. Agefi souligne en effet que « les excellentes performances boursières de la Société Générale vont profiter à son directeur général en 2026 ». Les marchés ont salué la stratégie engagée depuis 2023. Le titre a bénéficié d’une amélioration de la rentabilité et d’une discipline accrue sur les coûts.

Dans la logique des grands groupes bancaires internationaux, la rémunération des dirigeants est largement indexée sur la création de valeur pour l’actionnaire. Le conseil d’administration se situe dans cette perspective. Stabiliser le leadership, conserver un profil jugé rare, aligner la rémunération sur les standards internationaux : l’argumentaire est cohérent d’un point de vue strictement financier.

Néanmoins, une question demeure. Une hausse de 45 % du salaire fixe — et non variable — est un signal fort. Elle garantit au dirigeant un niveau de rémunération élevé indépendamment des aléas conjoncturels. Or, dans le même temps, la banque justifie la suppression de 1 800 emplois par la nécessité de réduire les coûts et d’optimiser son organisation.

Le paradoxe est donc moins économique que symbolique. La compression des effectifs est présentée comme un impératif de compétitivité. L’augmentation du salaire du dirigeant, elle, apparaît comme un choix stratégique assumé. Les deux décisions relèvent d’une même logique de transformation, mais leurs implications sociales divergent radicalement.

Un paradoxe social et politique explosif

La banque insiste sur l’absence de licenciements contraints. Sur le papier, le plan repose sur des départs naturels et la mobilité interne. Pourtant, 1 800 postes en moins d’ici à 2027 représentent une contraction significative du périmètre français. Même étalée sur plusieurs années, cette réduction modifie en profondeur l’organisation.

Dans ce contexte, la hausse du salaire du PDG peut être perçue comme une déconnexion. D’un côté, les salariés sont appelés à s’adapter, à se former, à accepter des mobilités, parfois à quitter l’entreprise. De l’autre, la direction bénéficie d’une revalorisation substantielle. Certes, la performance boursière est au rendez-vous. Certes, la concurrence internationale pour attirer des dirigeants expérimentés est réelle. Mais la juxtaposition des annonces fragilise la cohérence sociale du discours.

En outre, le montant maximal potentiel de 5,76 millions d’euros en 2026 renforce l’impression d’un écart croissant entre le sommet et la base. Même si cette somme dépend d’objectifs à dépasser, elle contraste avec la réalité quotidienne des équipes confrontées aux restructurations.

La question dépasse alors la seule Société Générale. Elle interroge le modèle de gouvernance bancaire français. Peut-on simultanément invoquer la nécessité de rationaliser l’emploi et accorder des hausses spectaculaires aux dirigeants ? La performance financière suffit-elle à justifier un tel signal dans un climat social tendu ?

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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