Malgré sa suppression progressive entre 2018 et 2023, près de 39% des Français se déclarent favorables au retour de la taxe d’habitation si cela devait permettre d’améliorer le financement des services publics locaux, selon une vaste enquête du collectif Le Sens du service public réalisée avec la Fondation Jean Jaurès et OpinionWay pour les élections municipales de 2026. L’impôt, longtemps central dans la fiscalité locale, rebondit ainsi dans le débat public à quelques semaines du scrutin municipal.
Taxe d’habitation : pourquoi 4 Français sur 10 souhaitent son retour

Alors que les élections municipales approchent (15 et 22 mars 2026), une proportion notable des Français reconsidère le rôle de la taxe d’habitation dans le financement des services publics locaux. Supprimée progressivement pour alléger la pression fiscale sur les ménages, elle revient aujourd’hui sur le devant de la scène dans le débat citoyen : presque 4 Français sur 10 jugent qu’elle devrait être rétablie, à condition que cela contribue à améliorer l’accès, la proximité et la qualité des services publics de proximité.
Taxe d’habitation : un retour inattendu dans l’opinion
Le résultat est suffisamment net pour interroger. Dans l’enquête « Les Français et les services publics locaux », conduite par le collectif Le Sens du service public avec la Fondation Jean Jaurès et OpinionWay, 39% des personnes interrogées se déclarent favorables au rétablissement de la taxe d’habitation, contre 61% qui y restent opposées. Le chiffre, mis en avant par plusieurs médias, ne marque pas un retournement majoritaire de l’opinion, mais il révèle une évolution significative dans un pays où la suppression de cet impôt avait été largement saluée.
Ce soutien partiel ne s’exprime pas de manière inconditionnelle. Il est étroitement lié à l’usage de la recette fiscale et à sa finalité. Les répondants favorables au retour de la taxe d’habitation l’associent explicitement au financement des services publics locaux, et non à une hausse générale des impôts. Autrement dit, l’enquête met en lumière une forme de consentement fiscal ciblé, fondé sur la visibilité et l’utilité concrète de la dépense publique.
Cette nuance est centrale. Elle explique pourquoi le débat ressurgit aujourd’hui, dans un contexte municipal, et non national. La taxe d’habitation est perçue, dans l’imaginaire collectif, comme un impôt de proximité, directement relié à la vie quotidienne des communes, contrairement à d’autres prélèvements jugés plus abstraits.
Services publics locaux : satisfaction fragile, inquiétude durable
L’enquête souligne un paradoxe bien connu mais rarement documenté avec autant de précision. Les Français expriment un niveau de satisfaction relativement élevé à l’égard des services publics dans leur commune : 74% se disent satisfaits à l’échelle locale. En revanche, cette satisfaction chute lorsqu’ils évaluent les services publics au niveau national, où ils ne sont plus que 55% à se déclarer satisfaits.
Cette différence de perception n’est pas anodine. Elle traduit une relation de proximité avec les services locaux — écoles, équipements municipaux, voirie, services sociaux — mais aussi une inquiétude croissante quant à leur capacité à perdurer. Car derrière cette satisfaction se cache un constat partagé par une large majorité des sondés : 73% estiment que les services publics locaux ne disposent pas de moyens suffisants pour répondre aux besoins actuels de la population.
Ce sentiment traverse l’ensemble des catégories sociales et politiques. Il s’exprime avec encore plus de force dans les zones rurales et périurbaines, où l’accès aux services est jugé plus difficile et où la disparition progressive de certains équipements publics alimente un sentiment d’abandon. Dans ce contexte, la question du financement devient centrale, et la fiscalité locale réapparaît comme une variable légitime du débat.
La suppression de la taxe d’habitation, un manque toujours perceptible
La suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales, achevée en 2023, a profondément modifié les finances locales. Si l’État compense théoriquement la perte de recettes pour les collectivités, cette compensation reste mal comprise par les citoyens et parfois contestée par les élus locaux, qui y voient une perte d’autonomie financière.
Selon les rappels effectués dans plusieurs analyses relayant l’étude, la taxe d’habitation représentait près de 18 à 19 milliards d’euros de recettes annuelles avant sa suppression. Même compensée, cette disparition a contribué à brouiller le lien entre l’impôt payé localement et les services rendus. Or l’enquête montre que ce lien demeure fondamental dans la perception citoyenne de l’action publique.
Le soutien partiel au rétablissement de la taxe ne signifie donc pas une nostalgie fiscale, mais plutôt une interrogation sur la capacité réelle des communes à financer durablement leurs missions. Les Français interrogés expriment moins un attachement à l’impôt qu’une crainte de voir les services de proximité se dégrader faute de moyens identifiés.
Un enjeu politique à l’approche des élections municipales
Le calendrier n’est pas neutre. Réalisée à quelques semaines des élections municipales, l’enquête éclaire les attentes des électeurs à l’égard des futurs exécutifs locaux. La question des services publics locaux apparaît comme l’un des enjeux structurants du scrutin, au même titre que la sécurité, l’aménagement du territoire ou la transition écologique.
Dans ce contexte, la fiscalité locale redevient un sujet politique sensible. L’étude montre que 69% des Français estiment que l’État délègue trop de missions aux collectivités sans leur donner les moyens suffisants, alimentant un sentiment de décalage entre responsabilités et ressources. Cette perception nourrit le débat sur les impôts locaux, non pas comme une fin en soi, mais comme un outil parmi d’autres pour garantir la continuité et la qualité du service public.
Le soutien au retour de la taxe d’habitation traverse par ailleurs plusieurs sensibilités politiques, sans se concentrer exclusivement dans un camp. Ce caractère transversal renforce l’idée que le sujet dépasse les clivages idéologiques traditionnels pour toucher à une préoccupation concrète : comment financer, demain, les services publics de proximité dans un contexte de contraintes budgétaires persistantes.
