L’empreinte environnementale du numérique n’est plus à prouver : cette industrie représente entre 3 et 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, des milliards d’équipements produits, et une consommation énergétique en constante augmentation, amplifiée par la généralisation de l’intelligence artificielle générative.
Agir à chaque étape du cycle de vie technologique : comment repenser la technologie à l’échelle de son impact

La logique du "toujours plus" atteint donc ses limites. Dans ce contexte, lancer de nouveaux produits ou services en se félicitant de leur performance devient une aberration : l’innovation doit désormais prouver son utilité, sa sobriété, sa durabilité. En d’autres termes : sa pertinence.
Environnemental, Social, Gouvernance : les critères d’une transformation technologique responsable
La bonne nouvelle, c’est que les leviers d’action sont nombreux. Les entreprises technologiques peuvent transformer leurs pratiques, à condition d’intégrer des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) à la racine de leur stratégie et leurs développements.
• Privilégier un approvisionnement durable
Cela commence dès la chaîne d’approvisionnement : sélectionner des matériaux recyclés, garantir des conditions de production responsables, sélectionner des fournisseurs certifiés ISO 14001, engager des démarches communes de réduction des émissions.
• Penser la conception de manière optimisée
La conception doit viser la réparabilité, la modularité, la longévité. Alléger les emballages, faciliter le tri et le recyclage, réduire la dépendance aux composants critiques… Chaque choix technique compte.
Dans cette logique de conception durable, le recours à des API ouvertes peut jouer un rôle clé. Elles favorisent l’interopérabilité entre systèmes, permettent la mise à jour ou l’évolution d’un service sans avoir à remplacer l’ensemble de l’infrastructure, les API ouvertes contribuent à une architecture technique plus souple, plus pérenne, et donc plus durable tout en évitant la surenchère technologique.
Les chambres de commerces et d’industrie en partenariat avec l’ADEME propose un accompagnement structuré pour aider les entreprises à intégrer l’écoconception dans leur stratégie de développement durable.
• Ne pas recourir pas de manière systématique au Cloud
Le cloud n’est pas une solution magique. Il peut réduire l’empreinte carbone si l’infrastructure est optimisée et les usages bien dimensionnés. Il ne doit pas être par défaut ou adopté par effet de mode, mais par analyse rigoureuse de sa pertinence.
• Développer une culture de consommation énergétique limitée
Les équipements doivent intégrer des mécanismes d’extinction automatique, des composants basse consommation, et éviter les fonctions superflues qui alourdissent inutilement la charge énergétique.
• Favoriser l’économie circulaire
Il est temps de passer de manière systématique du modèle linéaire « produire-vendre-jeter » à une logique circulaire : réutilisation, reconditionnement, collecte en fin de vie, location. Ces modèles, loin d’être un frein à la rentabilité sont de formidables leviers d’innovation, de fidélisation et d’efficacité économique.
De la nécessité de privilégier le sens avant la sophistication
Repenser l’innovation, c’est aussi rompre avec l’obsession du high-tech à tout prix. Parfois, une solution plus simple – ou « low-tech » – permet d’atteindre le même objectif avec moins de ressources, moins d’énergie, et une meilleure résilience. Cela ne signifie pas renoncer à la technologie, mais faire preuve de discernement.
Par exemple, au lieu de mobiliser des intelligences artificielles génératives énergivores, très gourmandes en calcul, certaines entreprises choisissent des modèles plus sobres d’analyse linguistique pour détecter des communautés de travail ou des signaux faibles. Pour une efficacité comparable, ce choix génère un impact nettement inférieur.
Autre illustration dans l’industrie : plutôt que de multiplier les capteurs connectés ultra-performants et eux aussi très énergivores sur les chaînes de production, il est possible de s’appuyer sur des capteurs passifs associés à une intelligence locale sobre, capable de remonter uniquement les données pertinentes. Le résultat : une maintenance prédictive tout aussi efficace, mais avec une empreinte carbone nettement réduite.
Cela se retrouve même dans des secteurs comme l’éducation où des solutions hybrides simples existent, comme des supports pédagogiques téléchargeables en local ou des outils de visioconférence basse consommation – qui permettent d’assurer l’accès aux contenus tout en limitant la consommation de bande passante et d’énergie.
Ce changement de posture est essentiel : il libère l’innovation de la complexité inutile pour lui redonner du sens.
Engager une transformation systémique : l’ESG au cœur de la gouvernance
La transition vers une technologie durable doit impliquer toutes les fonctions de l’entreprise et non uniquement les équipes DSI : stratégie, achats, design, RH, finance, marketing. Elle nécessite une gouvernance orientée ESG, des indicateurs publics, une transparence renforcée, et l’implication des partenaires, clients et utilisateurs finaux.
Elle demande aussi une nouvelle culture de l’innovation : ouverte, inclusive, connectée aux réalités sociales et environnementales.
Et si nous innovions moins pour innover mieux ?
La technologie n’est pas le problème. Mais mal pensée, elle l’aggrave. A contrario, bien orientée, elle fait partie de la solution.
L’enjeu n’est donc pas ici d’opposer le progrès à la sobriété, mais davantage de les réconcilier. L’innovation ne présente un intérêt que si elle est utile, partagée, durable. Le défi des entreprises technologiques est donc aussi immense qu’enthousiasmant : inventer des solutions qui répondent aux besoins d’aujourd’hui sans compromettre ceux de demain.
