Santé : bilan en demi-teinte pour la téléconsultation

La téléconsultation s’est installée dans le paysage médical français à la faveur de la crise sanitaire. Pourtant, plusieurs années après le pic du Covid-19, son usage demeure limité. Selon une étude publiée en 2024 par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), ce mode de consultation à distance attire avant tout les jeunes adultes diplômés vivant dans les grandes villes. Derrière la promesse d’un accès facilité aux soins, les résultats apparaissent contrastés.

Jean Baptiste Le Roux
By Jean-Baptiste Le Roux Published on 12 février 2026 9h54
En France, la téléconsultation progresse mais reste marginale. Une étude récente montre qu’elle est surtout utilisée par les jeunes urbains diplômés, révélant des inégalités d’accès et des réserves persistantes. Pixabay
En France, la téléconsultation progresse mais reste marginale. Une étude récente montre qu’elle est surtout utilisée par les jeunes urbains diplômés, révélant des inégalités d’accès et des réserves persistantes. Pixabay - © Economie Matin

Une adoption marquée par de fortes disparités sociales et territoriales

La téléconsultation ne concerne encore qu’une minorité de Français. En 2024, 15% des adultes déclarent y avoir eu recours au moins une fois dans l’année, d’après la dernière étude de la Drees. L’écart générationnel est net. Près d’un quart des moins de 45 ans ont déjà utilisé la téléconsultation, contre une proportion bien plus faible chez les plus de 60 ans. L’outil séduit une population à l’aise avec le numérique, équipée et habituée aux services en ligne.

Le niveau de diplôme joue aussi un rôle déterminant. Plus d’une personne sur cinq diplômée de l’enseignement supérieur déclare avoir testé la téléconsultation. À l’inverse, seuls 10% environ des titulaires d’un CAP ou d’un BEP y ont recours. Ce décalage reflète une fracture numérique persistante. L’accès à une connexion stable, la maîtrise des outils digitaux et la confiance dans les plateformes influencent fortement l’usage.

La géographie accentue ces écarts. Les habitants des grands centres urbains sont proportionnellement deux fois plus nombreux à pratiquer la téléconsultation que ceux vivant en zones rurales ou périurbaines. Paradoxalement, alors que la téléconsultation est souvent présentée comme une réponse aux déserts médicaux, elle reste davantage utilisée dans les territoires déjà bien dotés en infrastructures numériques et en services de santé.

Les différences de revenus complètent ce tableau. Les ménages les plus aisés ont davantage recours à la téléconsultation que les plus modestes. Même si l’écart est moins spectaculaire que pour le diplôme ou l’âge, il confirme que l’outil bénéficie surtout à des publics déjà favorisés.

Entre promesse d’accès aux soins et crainte d’une médecine déshumanisée

Malgré ces disparités, la téléconsultation bénéficie d’une image globalement positive. Plus de huit utilisateurs sur dix estiment qu’elle peut contribuer à lutter contre les inégalités territoriales d’accès aux soins. Même parmi les personnes qui n’y ont jamais eu recours, une majorité reconnaît son utilité potentielle face à la pénurie de médecins.

Dans les communes sous-dotées en professionnels de santé, le taux d’usage est légèrement supérieur à celui observé dans les zones mieux pourvues. Cela suggère que la téléconsultation joue, dans certains cas, un rôle d’appoint. Elle permet d’obtenir un avis médical rapide, de renouveler une ordonnance ou de traiter des pathologies bénignes sans déplacement.

Pourtant, les réserves demeurent fortes. Près de sept télépatients sur dix considèrent que la téléconsultation déshumanise la relation avec le médecin. Le taux grimpe encore chez les non-utilisateurs. L’absence de contact physique, l’impossibilité d’un examen clinique complet et la médiation par écran nourrissent ces inquiétudes. La relation de confiance, pilier du suivi médical, paraît fragilisée.

Les chiffres de l’Assurance Maladie confirment que la téléconsultation reste marginale dans le volume global des actes. Elle représente un peu plus de 2% des consultations réalisées par les médecins généralistes libéraux. Après une forte baisse post-pandémie, l’activité a toutefois rebondi en 2024, avec près de 14 millions d’actes enregistrés, soit une hausse significative sur un an.

Les plateformes spécialisées occupent une place croissante dans ce marché. Elles proposent des rendez-vous rapides avec des praticiens que le patient ne connaît pas nécessairement. En 2024, elles concentrent environ 40% des téléconsultations. Ce modèle répond à une demande d’immédiateté, mais interroge sur la continuité des soins.

Au final, la téléconsultation en France apparaît comme un outil complémentaire plus qu’un substitut aux consultations en présentiel. Elle répond à des besoins précis. Elle simplifie certaines démarches. Mais son usage reste socialement marqué et culturellement discuté. Pour devenir un levier durable de réduction des inégalités d’accès aux soins, la téléconsultation devra dépasser les barrières numériques, territoriales et relationnelles qui freinent encore son déploiement.

Jean Baptiste Le Roux

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour Radio Notre Dame, en charge du site web. Il a travaillé pour Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme (IEJ) et membre de l'Association des Journalistes de Défense. Il publie de temps en temps dans la presse économique spécialisée.

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