Télétravail : un nouvel espoir pour la natalité

Et si le télétravail devenait un levier inattendu contre la chute de la natalité ? Une vaste étude internationale publiée le 29 janvier 2026 montre que la fécondité augmente lorsque les deux partenaires exercent leur activité professionnelle à domicile au moins un jour par semaine. En toile de fond, un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, susceptible d’infléchir une dynamique démographique en berne.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Last modified on 12 février 2026 14h09
Télétravail : un nouvel espoir pour la natalité
Télétravail : un nouvel espoir pour la natalité - © Economie Matin

Une équipe de chercheurs issus des universités de Stanford et de Princeton, en collaboration avec plusieurs instituts internationaux, a publié, le 29 janvier 2026, une enquête d’ampleur consacrée aux liens entre télétravail et natalité dans le sillage de la pandémie de Covid-19. Fondée sur des données couvrant 38 pays, cette recherche analyse l’impact du télétravail sur les comportements reproductifs entre 2023 et début 2025, à un moment où la natalité recule dans la plupart des économies développées.

Télétravail et natalité : des écarts mesurables dans 38 pays

D’emblée, les auteurs posent un constat clair. « La fécondité réelle entre 2023 et début 2025 et la fécondité prévue à l’avenir sont plus élevées chez les adultes en télétravail au moins un jour par semaine et, pour les couples, elles sont encore plus élevées lorsque les deux partenaires le font. », peut-on lire sur Le Point. Cette affirmation repose sur l’exploitation croisée de l’enquête mondiale sur les conditions de travail (G-SWA), couvrant 38 pays, et de l’Enquête américaine sur les modalités de travail et les attitudes (SWAA). Ainsi, le télétravail apparaît associé à une hausse tangible de la fécondité, indépendamment de nombreux facteurs socio-démographiques.

Dans le détail, lorsque les deux partenaires télétravaillent au moins un jour par semaine, la fécondité est supérieure de 0,32 enfant par femme par rapport aux couples où aucun ne travaille à domicile. Dans les 38 pays, les chercheurs précisent que : « lorsque les deux partenaires télétravaillent au moins un jour par semaine, la fécondité totale est supérieure d’environ 14 % (0,32 enfant par femme) », par rapport à celle où aucun des deux ne télétravaille. Même lorsque seul l’un des deux adopte le télétravail, l’écart demeure significatif : +0,22 enfant par femme si seule la femme télétravaille, et +0,1 enfant par femme si seul l’homme le fait. Le télétravail semble corrélé à une augmentation mesurable de la natalité dans divers pays.

Télétravail aux États-Unis : un effet amplifié sur la fécondité

L’effet du télétravail est très marqué aux États-Unis. Selon l’étude, la fécondité y est supérieure de 18 %, soit 0,45 enfant par femme, lorsque les deux membres du couple télétravaillent au moins un jour par semaine. Les auteurs avancent une estimation saisissante : « Il y a eu environ 3,6 millions de naissances aux États-Unis en 2024, et le télétravail représente 291 000 (8,1 %) d’entre elles. » Cette proportion illustre l’ampleur potentielle du phénomène dans un pays où le télétravail s’est largement diffusé depuis la crise sanitaire.

Les résultats demeurent robustes selon l’âge, le niveau d’éducation, le statut matrimonial, le nombre d’enfants avant 2023 ainsi que le statut professionnel des répondants et de leurs partenaires. Le télétravail agit comme un facteur transversal, et non comme un simple marqueur social. La natalité, dans ce cadre, semble sensible à l’organisation concrète du travail et à la manière dont celui-ci s’articule avec la sphère familiale.

Moins de trajets, plus de temps en famille

Comment expliquer ce lien entre télétravail et fécondité ? Les chercheurs avancent une hypothèse structurante : le télétravail faciliterait la conciliation entre activité rémunérée et responsabilités familiales. En « réduisant les coûts de temps et de coordination liés à la combinaison du travail rémunéré et de la vie familiale », les emplois exercés à domicile offriraient aux couples une marge de manœuvre pour envisager un enfant supplémentaire. Maxime Sbaihi, économiste et expert associé à l’Institut Montaigne, cité par Le Point, voit dans cette étude un tournant analytique. Il estime qu’il s’agit du « premier travail d’envergure méthodologiquement robuste qui objective véritablement cette question ».

Selon lui, la natalité ne baisse pas uniquement par choix individuel, mais également sous l’effet de contraintes structurelles. Il affirme ainsi que le travail à distance représente un levier concret pour améliorer l’articulation entre obligations professionnelles et organisation familiale, en dégageant davantage de temps au sein du foyer et, dès lors, en facilitant les projets d’enfant. L’économiste insiste aussi sur la dimension temporelle. « Lorsque les familles consacrent moins de temps aux déplacements domicile travail, elles disposent mécaniquement de davantage de temps en famille. » Le télétravail offre par ailleurs une plus grande flexibilité sur les horaires, les pauses ou les heures de début et de fin de service. Ce surplus d’autonomie peut atténuer le coût organisationnel d’un enfant supplémentaire, et donc influer sur la natalité.

Le télétravail à l’épreuve de la crise des naissances

Toutefois, les chercheurs appellent à la prudence. Ils concluent que, pris isolément, « le télétravail n’est pas suffisamment puissant pour inverser les baisses de fécondité ». En France, les indicateurs démographiques témoignent d’un recul marqué. En dix ans, le nombre de nouveau-nés a chuté de 24 %, tandis que le taux de fécondité a diminué de 19 %. En 2025, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le nombre de décès (651 000) a dépassé celui des naissances (645 000). Dans ce contexte, le télétravail ne peut constituer qu’un levier parmi d’autres. Maxime Sbaihi invite néanmoins les entreprises à reconsidérer leurs choix organisationnels.

« La tendance actuelle au retour massif au bureau et à la restriction du télétravail mériterait peut-être une réflexion approfondie. » Pour lui, il conviendrait d’examiner le télétravail en l’analysant à travers la question de l’équilibre entre activité professionnelle et sphère privée, de la qualité de vie des familles et, par ricochet, de son influence sur la fécondité. Ainsi, le débat dépasse la simple question productive : il touche à la santé démographique et à l’équilibre social de long terme. En définitive, le télétravail apparaît comme un facteur susceptible d’influencer la natalité en améliorant l’équilibre de vie. Cependant, il ne saurait à lui seul corriger des tendances démographiques installées. Néanmoins, à l’heure où les sociétés européennes et nord-américaines s’interrogent sur leur avenir démographique, la manière d’organiser le travail pourrait devenir un enjeu central des politiques familiales.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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