Télévision : Les Smart TV bientôt réglementées en Europe ?

Les tensions montent entre les diffuseurs européens et les géants de la technologie autour des Smart TV. Au cœur du débat, la régulation de ces interfaces devenues centrales dans le visionnage des contenus. Les acteurs audiovisuels dénoncent un déséquilibre croissant et appellent Bruxelles à intervenir pour restaurer la concurrence.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 24 mars 2026 6h23
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Télévision : Les Smart TV bientôt réglementées en Europe ? - © Economie Matin
24%Tizen, l'OS de Samsung, détient 24% du marché européen.

Le 23 mars 2026, une coalition d’organisations audiovisuelles européennes a officiellement interpellé la Commission européenne sur la nécessité de renforcer la régulation des Smart TV. Dans une lettre adressée à la vice-présidente Teresa Ribera, ces acteurs réclament l’application du Digital Markets Act (DMA) aux systèmes d’exploitation de téléviseurs connectés et aux assistants vocaux.

Une régulation des Smart TV pour limiter le contrôle des géants américains

Cette demande repose sur un constat simple : les Smart TV sont devenues des points d’entrée incontournables pour le visionnage des contenus. Or, selon les diffuseurs, les entreprises comme Google, Amazon, Apple ou Samsung contrôlent désormais ces accès via leurs systèmes d’exploitation et leurs interfaces. Elles influencent ainsi directement la visibilité des chaînes et des plateformes de diffusion, comme l’explique The Guardian.

Dans ce contexte, les organisations professionnelles souhaitent que ces acteurs soient désignés comme « gatekeepers ». Cette qualification permettrait d’imposer des obligations strictes en matière de concurrence et de transparence. « Il est crucial que la Commission désigne les principaux systèmes d’exploitation de téléviseurs comme des contrôleurs d’accès et garantisse une surveillance adéquate pour assurer l’équité », ont affirmé les représentants du secteur.

Derrière cette revendication se cache une inquiétude plus profonde. « Un nombre restreint d’opérateurs acquiert une capacité croissante à influencer les résultats pour des millions d’utilisateurs en contrôlant l’accès aux audiences et la distribution des contenus », a déclaré l’Association ACT, citée par Reuters.

Concurrence : les Smart TV au cœur des tensions en Europe

Les données de marché confirment cette montée en puissance des systèmes d’exploitation propriétaires. Android TV est passé de 16 % de parts de marché en 2019 à 23 % en 2024, tandis qu’Amazon Fire OS a progressé de 5 % à 12 % sur la même période, selon Reuters. De son côté, le système Tizen de Samsung représente environ 24 % du marché, consolidant sa position dominante.

Ces chiffres illustrent une concentration progressive du secteur. Pour les diffuseurs, cette évolution crée un déséquilibre dans la concurrence, car les fabricants et les plateformes contrôlent non seulement les interfaces mais aussi les algorithmes de recommandation. Autrement dit, ils déterminent ce que les utilisateurs voient en priorité sur leurs écrans.

Plus encore, les organisations pointent du doigt des pratiques techniques et contractuelles susceptibles de verrouiller l’écosystème. Selon les documents transmis à la Commission, les opérateurs de Smart TV pourraient restreindre les redirections entre applications, limitant ainsi la capacité des chaînes et des services de streaming à capter l’audience. Cette situation est jugée particulièrement problématique dans un environnement où la découverte des nouveaux contenus est devenue un enjeu clé.

Les assistants vocaux, nouveau front de la régulation

Au-delà des téléviseurs eux-mêmes, les assistants vocaux représentent un autre point de friction majeur. Alexa, Siri ou Google Assistant sont désormais capables d’orienter les choix de visionnage des utilisateurs. Pourtant, aucun de ces services n’a encore été désigné comme gatekeeper dans le cadre du DMA. « L’absence de désignation des assistants virtuels crée un vide réglementaire, permettant à ces outils puissants de devenir de facto des contrôleurs d’accès aux contenus », a alerté l’ACT.

Concrètement, ces technologies peuvent influencer les résultats proposés aux utilisateurs lors d’une recherche vocale. Dans le secteur de la radio, l’Association of European Radios souligne que les assistants peuvent déterminer quels contenus sont mis en avant ou ignorés, modifiant ainsi profondément les habitudes de consommation.

Les organisations audiovisuelles insistent également sur l’urgence d’agir. « Le DMA doit rester tourné vers l’avenir et suffisamment réactif face aux risques émergents », a déclaré François Lavoir, selon l’EBU. Elles craignent qu’une absence d’intervention rapide ne conduise à des situations irréversibles, où certains acteurs imposeraient durablement leurs services.

Régulation européenne : ce que demandent concrètement les diffuseurs

Face à ces constats, les diffuseurs européens formulent des demandes précises. Ils appellent notamment la Commission à lancer des enquêtes de marché, même si certaines plateformes ne remplissent pas encore les seuils quantitatifs du DMA, fixés à 45 millions d’utilisateurs mensuels et 75 milliards d’euros de valorisation. Ils souhaitent également une interprétation élargie de la notion de « business user » pour les assistants virtuels, afin d’inclure pleinement les acteurs des médias dans le champ de la régulation. Cette évolution permettrait d’imposer des obligations plus strictes aux plateformes contrôlant l’accès aux contenus.

Enfin, les organisations demandent une approche cohérente et technologiquement neutre. L’objectif est d’éviter que certaines interfaces échappent à la régulation en raison de leur statut ou de leur support. Elles se disent prêtes à fournir des données et une expertise technique pour accompagner la Commission dans ce chantier.

En filigrane, c’est toute l’économie de la télévision connectée qui se joue. Entre chaînes traditionnelles, plateformes de streaming et géants de la technologie, l’équilibre des forces reste fragile.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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