56% des salariés français ont déjà renoncé à demander une formation, révèle une enquête Fasterclass menée auprès de 3 600 actifs. Derrière ce renoncement massif se cache un enjeu économique majeur : une productivité qui s’érode, des compétences qui stagnent, et une compétitivité française fragilisée face à la vague IA de 2030. Entre manque de temps, absence d’accompagnement et freins psychologiques, le travail de demain se prépare mal.
Formation professionnelle : plus de la moitié des salariés y ont déjà renoncé

Environ un salarié français sur deux a renoncé à demander une formation. Ce constat, issu d'une enquête menée par Fasterclass, met en lumière un problème économique majeur : le gaspillage des talents, l'affaiblissement de la productivité et la compétitivité en danger, avant même l'arrivée de l'intelligence artificielle prévue pour 2030. Cette étude, réalisée auprès de 3 600 actifs et publiée le 22 septembre 2026, révèle un paradoxe frappant : bien que le désir de rester compétitif soit fort, le manque de temps et de soutien rend cet objectif difficile à atteindre.
67 % des Français sacrifient leur employabilité : quels coûts économiques ?
Le paradoxe du temps perdu : 36 % des actifs n'investissent rien
Les statistiques sont frappantes : 67 % des actifs français consacrent moins de 30 minutes par semaine à leur formation continue. Plus inquiétant, 36 % n'y consacrent aucun temps, par manque de disponibilités. Seuls 6 % s'engagent au-delà d'une heure hebdomadaire. Selon le rapport de Fasterclass, « le temps est le grand absent du développement professionnel". Cette absence d'investissement se traduit par une perte de capital humain, fragilisant l'innovation et l'adaptation des entreprises françaises aux évolutions technologiques, tout en affaiblissant leur position sur le marché mondial. Lorsqu'un salarié ne progresse pas, c'est l'ensemble de la chaîne de valeur qui ralentit.
Déqualification silencieuse : quand 39 % misent sur la performance plutôt que la formation
Un autre constat de l'écart entre ambition et réalité est que 39 % des salariés comptent sur leur performance quotidienne pour progresser, contre seulement 15 % qui misent sur la formation. Autrement dit, quatre salariés sur dix pensent qu'un bon travail suffit à évoluer. Cependant, dans un monde où l'automatisation redéfinit le travail, la performance actuelle ne garantit plus l'employabilité future. Fasterclass soulève la question : « Est-ce que bien faire son travail suffit pour progresser, ou cela mène-t-il à la stagnation ? » La déqualification guette ceux qui ne mettent pas à jour leurs compétences, et les premiers touchés seront ceux qui manquent de soutien et de plan de carrière clair.
L'IA en 2030 : une course où 28 % des Français courent sans préparation
28 % des salariés voient la maîtrise de l'IA comme clé pour rester employables en 2030. Bien que cette prise de conscience soit réelle, peu se préparent effectivement. Avec 67 % des actifs qui ne consacrent même pas 30 minutes par semaine à la formation, comment combler le fossé technologique croissant ? L'IA transforme déjà des secteurs comme la finance, le marketing et la logistique. D'ici 2030, toutes les entreprises devront avoir anticipé cette montée en compétences ou risquer une baisse de productivité. Les salariés non formés verront la valeur de leur travail dépréciée, impactant leur pouvoir d'achat et leur sécurité professionnelle.
Qui paie la facture ? Entreprises, salariés, État
La productivité en berne : l'absence d'accompagnement coûte aux entreprises
Seuls 15 % des actifs ont un plan clair pour progresser, laissant 85 % avancer sans direction, dont 35 % dans le flou total par manque de soutien. Pour les entreprises, le coût de cette désorientation est énorme. Un salarié sans objectif de développement est souvent démobilisé, moins performant et plus susceptible de quitter l'organisation. 35 % des actifs gèrent seuls leur développement professionnel, et 16 % estiment que personne ne s'en charge réellement. L'absence d'une stratégie RH structurée mène à une fuite des talents vers des employeurs plus engagés. Dans un contexte de pénurie de compétences, ce laisser-faire devient un handicap compétitif majeur, impactant la productivité immédiate et l'attractivité à long terme des entreprises.
Inégalités salariales futures : le coaching réservé aux 21 % de cadres supérieurs
Le coaching professionnel, un outil puissant de développement, est perçu comme un luxe par 31 % des actifs et réservé aux dirigeants par 21 %. Seuls 29 % souhaitent un accès généralisé. Comme pour les aides au pouvoir d'achat, concentrer les ressources sur une élite crée des inégalités durables. Les cadres supérieurs, déjà mieux formés, bénéficient d'un accompagnement personnalisé qui accélère leur progression. Les autres stagnent, creusant les écarts de compétences et salariaux. La France pourrait se retrouver avec une minorité de travailleurs ultra-qualifiés et une majorité laissée sur le bord de la route technologique, un scénario économiquement inefficace et socialement explosif.
Les freins invisibles : pourquoi 56 % renoncent à une formation professionnelle
Anticipation de refus : 19 % des salariés se découragent d'avance
56 % des salariés ont déjà renoncé à demander une formation, et parmi eux, 19 % anticipent un refus sans même essayer. Ce phénomène révèle une culture managériale où la formation n'est pas vue comme un droit mais comme une faveur. Les entreprises perdent ainsi des opportunités de développer leurs talents à moindre coût. Demander une formation reflète souvent une motivation et un engagement. Refuser ou décourager, c'est étouffer cette motivation. Au niveau macroéconomique, ces renoncements représentent un gâchis de potentiel humain difficilement quantifiable mais bien réel.
Peur du regard : 16 % craignent d'être mal vus, 11 % de paraître en difficulté
De manière plus insidieuse, 16 % des salariés craignent d'être mal perçus s'ils demandent une formation, et 11 % redoutent de paraître en difficulté. Se former est parfois vu comme un aveu de faiblesse plutôt qu'une preuve d'ambition. Dans une économie de la connaissance où l'apprentissage continu devrait être la norme, cela constitue un paradoxe dévastateur. Ces freins psychologiques révèlent une culture d'entreprise où la vulnérabilité est stigmatisée. Les conséquences économiques sont directes : des compétences obsolètes, des innovations retardées et des erreurs accrues, tandis que les concurrents étrangers avancent plus vite.
Scénarios 2030 : quel impact économique si rien ne change ?
Si la tendance actuelle se poursuit, la France de 2030 pourrait se retrouver avec une main-d'œuvre partiellement déqualifiée face aux exigences de l'économie numérique. Les entreprises devront importer des compétences, augmentant le déficit commercial des services. Les salariés non formés verront leur pouvoir d'achat stagner ou diminuer, faute de progression salariale. L'État devra financer davantage de reconversions d'urgence, plus coûteuses que la formation continue préventive. À l'inverse, un investissement massif et démocratisé dans la formation pourrait transformer ce handicap en avantage compétitif. La question reste de savoir si les acteurs économiques français sauront sortir du paradoxe actuel : vouloir l'employabilité sans en créer les conditions.
Ce qu'il faut retenir : La France possède un capital humain important, mais le laisse s'éroder faute de temps, d'accompagnement et de culture de la formation. Le coût économique de ce renoncement collectif se traduira par une productivité en baisse, des inégalités croissantes et une compétitivité affaiblie. La question n'est pas de savoir si la formation continue est essentielle, mais combien coûtera son absence.