L’Union européenne prépare un changement stratégique majeur : exclure progressivement les équipements chinois de ses infrastructures critiques. Sécurité, cybersouveraineté et résilience économique structurent une décision lourde de conséquences pour la Chine comme pour les entreprises européennes.
Comment l’Union européenne renforce la sécurité de ses infrastructures clés

Le 20 janvier 2026, à Bruxelles, l’Union européenne s’apprête à présenter une série de propositions visant à renforcer la sécurité de ses infrastructures critiques. Cette initiative marque une rupture nette avec la doctrine passée, en transformant un cadre jusqu’ici volontaire en une obligation juridique pour les États membres.
Pourquoi l’Union européenne durcit sa stratégie sur les infrastructures critiques
Depuis plusieurs années, l’Union européenne multiplie les alertes sur les dépendances technologiques jugées excessives. Toutefois, la montée des tensions géopolitiques accélère désormais les décisions. En effet, Bruxelles considère que certaines dépendances sont devenues incompatibles avec la sécurité collective.
La question de la cybersécurité occupe une place centrale. Les institutions européennes soulignent une dégradation rapide de l’environnement numérique. Selon le Service de recherche du Parlement européen, les cyberattaques ont augmenté de 150 % en 2024. Dès lors, l’utilisation d’équipements produits dans des pays soumis à des obligations de coopération avec leurs services de renseignement est perçue comme un risque structurel.
L’Union européenne invoque également un impératif de résilience. La crise sanitaire, puis la guerre en Ukraine, ont mis en évidence la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales. Par conséquent, Bruxelles estime que la continuité des services essentiels, télécommunications, énergie ou transport, ne peut plus dépendre d’acteurs extra-européens jugés sensibles.
Enfin, la dimension géopolitique pèse lourdement. Alors que les États-Unis ont déjà restreint l’accès des fournisseurs chinois à leurs réseaux critiques, l’Union européenne cherche à réduire l’écart stratégique avec ses alliés, tout en affirmant une voie propre fondée sur la réglementation.
Une mise en œuvre progressive décidée par l’Union européenne
Contrairement à une interdiction immédiate, l’Union européenne privilégie une transition encadrée. La Commission européenne entend rendre contraignantes des règles qui restaient jusqu’ici facultatives. Cette évolution vise à corriger les fortes disparités entre États membres, certains ayant déjà limité l’accès de fournisseurs chinois, d’autres non.
Concrètement, les nouveaux projets d’infrastructures critiques devraient exclure les fournisseurs chinois identifiés comme à haut risque, tels que Huawei ou ZTE dans les télécommunications. En revanche, les équipements déjà installés ne seraient pas démontés dans l’immédiat, mais remplacés progressivement lors des cycles de renouvellement.
Sur le plan économique, l’Union européenne reconnaît un coût significatif. Le remplacement d’équipements télécoms et énergétiques représente plusieurs milliards d’euros à l’échelle du continent. Toutefois, Bruxelles considère cet effort comme un investissement stratégique, destiné à limiter des coûts bien plus élevés en cas de crise majeure.
Par ailleurs, cette stratégie s’inscrit dans un ensemble réglementaire plus large. Elle complète la directive NIS2, le Cybersecurity Act et le Cyber Resilience Act, qui visent tous à renforcer la sécurité des chaînes d’approvisionnement numériques européennes.
Quels impacts pour la Chine et quelles opportunités pour l’économie européenne
Pour la Chine, la décision de l’Union européenne constitue un revers industriel notable. Les groupes chinois occupent une place dominante dans certains segments stratégiques. Selon des analyses européennes, la Chine contrôle environ 85 % de la production mondiale de panneaux photovoltaïques et 98 % des wafers solaires. Cette position rend la transition européenne particulièrement complexe.
Pékin dénonce une approche discriminatoire. Toutefois, Bruxelles réfute toute logique protectionniste. L’Union européenne insiste sur le fait que la mesure repose exclusivement sur des critères de sécurité et de résilience, et non sur l’origine nationale des entreprises.
Pour les entreprises européennes, en revanche, la décision ouvre des perspectives industrielles majeures. Les équipementiers télécoms, les acteurs de la cybersécurité et les industriels de l’énergie pourraient bénéficier d’une demande accrue. À moyen terme, l’Union européenne espère ainsi relocaliser une partie de la valeur ajoutée stratégique sur son territoire.
Cependant, les défis restent considérables. Les industriels européens devront rapidement monter en capacité, tout en restant compétitifs face à des acteurs chinois historiquement agressifs sur les prix. Enfin, pour les opérateurs et les consommateurs, la transition pourrait se traduire par des coûts temporaires plus élevés, assumés par Bruxelles comme le prix de la souveraineté.
