Un virus rare et mortel se propage en Europe, donnant lieu à des recherches pour mettre au point tests et traitements

Face à une maladie mortelle véhiculée par les tiques et transmissible à l’homme qui se propage à travers le continent, l’UE cherche à mettre au point de nouveaux tests et un vaccin contre l’infection.

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Par Anthony King Publié le 16 mai 2023 à 5h30
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Un homme de 62 ans a été piqué par une tique en se promenant dans des champs en Espagne. Deux jours plus tard, il a commencé à se sentir mal et a été conduit à l’hôpital, à Madrid, où son état s’est rapidement dégradé. Il est décédé au neuvième jour de la maladie.

C’était en 2016 et ce décès a été le premier dans le pays à être causé par la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC), une maladie transmise par les tiques dont les premiers symptômes ressemblent à ceux de la grippe et qui peut souvent se terminer par une défaillance organique.

Progression vers le nord

«Les tiques remontent à travers l’Europe sous l’effet du changement climatique, les étés étant plus longs et plus secs», a déclaré le professeur Ali Mirazimi, virologue à l’Institut Karolinska, en Suède.

Les médecins espagnols ont eu du mal à diagnostiquer le premier cas car, à l’époque, la fièvre hémorragique n’était pas présente en Europe occidentale. À l’hôpital, le patient a transmis la maladie à une infirmière qui a survécu après plusieurs semaines en soins intensifs.

Plus tard, en juillet 2022, un autre Espagnol a été hospitalisé pour la même maladie. Aujourd’hui, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme: la FHCC, qui peut tuer entre 10% et 40% des patients, est en train de gagner du terrain vers le nord et l’ouest de l’Europe.

La maladie est causée par un virus transmis par une espèce de tique qui, lorsqu’elle est jeune, se nourrit en piquant de petits animaux puis, une fois à l’âge adulte, infeste des animaux de plus grande taille, notamment les animaux d’élevage.

La FHCC a été décrite pour la première fois lors d’une épidémie survenue en 1944 chez des soldats en campagne en Crimée, sur la côte nord de la mer Noire. Des épidémies sporadiques sont encore enregistrées aujourd’hui, en particulier en Afrique, dans l’Est de l’Europe, en Turquie, en Asie centrale et en Inde. La maladie se propage à l’échelle mondiale.

Une tique infectée peut produire des milliers d’œufs contaminés. Les jeunes tiques se nourrissent en mordant de petits mammifères comme les lapins ainsi que des oiseaux.

La contamination de la population aviaire permet aux tiques de parcourir de grandes distances et au virus de coloniser de nouvelles zones.

Des arrivées dangereuses

«Nous savons qu’une fois que nous aurons trouvé des tiques infectées, une épidémie éclatera tôt ou tard», a déclaré M. Mirazimi.

En Italie, par exemple, le virus est présent chez des tiques, mais aucune épidémie n’a éclaté. Son arrivée dans de nouveaux pays présente un danger car les médecins peuvent avoir du mal à identifier cette nouvelle maladie chez leurs patients.

«Nous ne disposons pas de traitements médicaux adaptés», a indiqué M. Mirazimi. «Il n’existe aucun antiviral adéquat, aucun vaccin approuvé et maladie est mal connue.»

Cela signifie que les médecins n’ont d’autre choix que de se reposer sur un traitement médical à visée générale, composé de liquides, de médicaments et d’un séjour en soins intensifs, si cela s’avère nécessaire.

Autre problème: une personne infectée par la fièvre hémorragique peut la transmettre aux personnes avec lesquelles elle est en contact rapproché, par la salive et la transpiration. Les membres de sa famille ainsi que les médecins et les infirmières qui la soignent sont donc exposés à un risque.

Par conséquent, il est dans l’intérêt de tous que le diagnostic soit le plus précoce possible afin de pouvoir isoler les patients.

Test 1, 2, 3

L’ensemble de ces facteurs montre toute l’importance du projet VHFMODRAD, dirigé par M. Mirazimi, dont l’objectif est de mettre au point des tests adaptés à la maladie. L’initiative, financée par l’UE et le secteur industriel, s’est déroulée entre 2019 et 2022.

Une des approches adoptées utilise des tests de réaction en chaîne par polymérase (PCR) qui nécessitent généralement un équipement de laboratoire sophistiqué et du personnel formé. Elle utilise toutefois ici une machine spéciale plus simple et plus rapide.

Dans le cadre d’une autre approche, le projet a mis au point des tests faciles à utiliser tels que ceux qui ont été proposés dans des délais très brefs pour dépister la Covid-19.

Ces tests présentent aussi l’avantage de détecter non seulement la FHCC, mais aussi d’autres fièvres hémorragiques virales, un groupe qui comprend les virus Ébola, Marburg et Lassa. Pas plus tard qu’en février et mars derniers, deux épidémies différentes du virus de Marburg ont été signalées en Guinée équatoriale et en Tanzanie.

Mais l’épidémie la plus connue est celle du virus Ébola. Ce virus a infecté plus de 28 000 personnes lors d’une épidémie qui a éclaté en Guinée en 2014. Il s’est propagé à sept autres pays, faisant plus de 11 000 morts avant que l’épidémie prenne fin en 2016.

De manière générale, les épidémies de fièvres hémorragiques doivent être identifiées dans l’urgence, selon le professeur Roger Hewson, expert de la FHCC et d’autres virus hémorragiques, à la Liverpool School of Tropical Medicine au Royaume-Uni.

«Elles entraînent des taux de mortalité très élevés et dévastateurs», a déclaré M. Hewson, qui a collaboré avec M. Mirazimi dans le cadre du projet VHFMODRAD. «En établissant un diagnostic rapide, on peut isoler rapidement les patients et sauver des vies.»

La FHCC n’est pas la seule fièvre hémorragique à pouvoir se propager suite à un contact étroit, par exemple par la salive ou la transpiration, et donc à «s’attraper» facilement, par exemple à l’occasion de soins médicaux ou d’un enterrement.

C’est ce qui s’est passé en Afrique de l’Ouest durant l’épidémie d’Ébola. Le projet VHFMODRAD a porté ses fruits puisqu’il a permis de trouver un moyen de désactiver tout virus présent lors du prélèvement d’un échantillon sanguin, rendant ainsi plus sûr le dépistage de ces maladies.

Par le passé, des épidémies mortelles non déclarées d’Ébola ont probablement éclaté dans des communautés isolées d’Afrique. Aujourd’hui, l’amélioration des liaisons de transport permet à ces virus de se propager rapidement à des zones urbaines étendues.

Une fois identifiés, les patients peuvent souvent être sauvés grâce à un traitement approprié.

En Turquie, la FHCC est si répandue que les médecins l’identifient facilement et administrent les soins vitaux appropriés aux patients. D’après les scientifiques, ceci explique le taux de mortalité relativement bas associé à la FHCC en Turquie, de seulement 7%.

Lutte acharnée

Les virus qui provoquent des fièvres hémorragiques sont souvent véhiculés par des animaux tels que les chauves-souris, ce qui se vérifie pour les virus Ébola et Marburg, et se transmettent rarement à l’homme. Lorsque de telles infections se produisent, les systèmes immunitaires de nombreuses personnes luttent si férocement contre l’envahisseur que certains organes s’abîment jusqu’à entraîner la mort.

«Les virus sont souvent éliminés du corps humain au bout de quelques semaines, mais la réponse immunitaire provoque alors une hémorragie», a déclaré M. Hewson.

Son laboratoire étudie la FHCC pour comprendre les réponses immunitaires au virus. Cette étude contribue à un autre projet financé par l’UE, CCHFVACCINE, dont le but est de développer un vaccin.

Cette initiative, aussi menée depuis la Suède, a commencé en 2017 et devrait s’achever en juin de cette année. Jusqu’à présent, l’équipe a cherché à obtenir deux types de vaccins.

Dans le cadre des travaux de suivi prévus, des essais d’innocuité des vaccins seront effectués en Suède vers la fin de cette année ou au début de 2024. Des essais de phase III visant à prouver l’efficacité d’un vaccin pourraient alors être menés en Turquie.

Le vaccin s’adresserait aux personnes les plus exposées. Sont notamment concernés les médecins, infirmières, vétérinaires, employés des abattoirs, voire les touristes se rendant dans les zones endémiques.

Bien qu’encore rare en Europe, la FHCC pose de sérieux problèmes.

«Les conséquences sont vraiment considérables pour toutes les personnes infectées», a déclaré M. Mirazimi.

Le projet VHFMODRAD a été financé par l’Initiative en matière de médicaments innovants, un partenariat entre l’UE et l’industrie pharmaceutique européenne. Cet article a été publié initialement dans Horizon, le magazine de l’UE dédié à la recherche et à l’innovation. 

1 commentaire on «Un virus rare et mortel se propage en Europe, donnant lieu à des recherches pour mettre au point tests et traitements»

  • Ben voyons! un vaccin de plus pour nourrir les investisseurs.

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