Aime, prie et travaille

100 %
L'alimentation 100% végétale est une forme de disruption.

Introduction Le bien ne fait pas de bruit

« There is a difference between knowing the path and walking the path. » Morpheus, Matrix 

En 2020, ce n'est pas la «disruption» technologique qui a changé le monde. Ce ne sont pas des robots ni des intelligences artificielles qui l'ont bâti. Ce ne sont pas les géants numériques, les GAFAM, qui l'ont soigné. C'est bien un élément naturel qui l'a bouleversé, un virus, et des personnes humaines qui ont retroussé leurs manches pour le sauver.

Clayton Christensen est un grand professeur à la Harvard Business School, décédé quelques semaines avant le tsunami sanitaire qui s'est abattu sur le monde. Il ne pouvait pas imaginer ce que nous allions vivre quand, en 1995, il écrivit un article qui marquera la pensée économique contemporaine:

«Disruptive Technologies: Catching the Wave». Dans ce papier-culte, et dans ceux qui suivirent, Christensen explique que les groupes leaders se font régulièrement doubler dans le virage par des startups innovantes, car ils mettent toute leur énergie à satisfaire leurs clients existants par une innovation incrémentale moyennement utile, ne voyant pas le vent tourner. À l'inverse, le Petit Poucet comprend que certains clients se moquent complètement de disposer d'un produit toujours plus performant; ils lui préféreraient quelque chose de plus simple, avec des fonctionnalités spécifiques, et moins cher. Certes, dans un premier temps, ce segment de clientèle abandonné par le leader est peut-être moins rentable, mais il est vaste. Et dans un second temps, celui qui aura réussi à le capter risque fort de bouleverser totalement le marché.

Il y a donc un avant et un après la découverte de « l'innovation disruptive ». Parmi tous les buzzwords stratégiques, ces mots magiques que l'on entend partout, «disruption» est un must. Depuis son apparition, les consultants en stratégie noircissent leurs présentations Powerpoint de conseils disruptifs, intimant à des grandes entreprises paniquées de déployer la plus grande vigilance technologique, une intuition prospective, et le goût du risque, si elles veulent survivre. Tu te laisses disrupter, t'es mort. Et pour être honnête, il est vrai que les exemples fleurissent.

Pour Christensen, l'innovation disruptive est un bienfait, car elle permet d'offrir au plus grand nombre des produits ou services utiles qui étaient historiquement coûteux et semblaient inabordables. Pensons à la Ford T qui a historiquement popularisé la voiture par exemple, ou à Airbnb qui a répondu à la principale question des clients particuliers de l'hôtellerie: trouver un lieu pour dormir. Alors que les grands groupes concentrent leur business model sur la population-cible la plus lucrative, l'innovation disruptive offre au monde une sorte de distribution universelle des biens, pour reprendre un terme de la doctrine sociale de l'Eglise.

Aussi juste que soit cette analyse, elle n'est pour- tant pas l'apport majeur de Christensen. Les plus belles inspirations viennent du secret de notre âme. Elles sont parfois simples et évidentes, mais nous les oublions trop vite. Nous nous en sommes heureuse- ment souvenus en 2020 quand nous avons répondu au besoin d'entraide dans le contexte de pandémie.

Bien que le mot «disruption» soit devenu aujourd'hui un concept économique et médiatique incontournable, ce n'est pas cela que je retiens de Clayton Christensen. Ce ne sont pas ses ouvrages, ses conférences ni ses multiples articles. Mais, plus anecdotiquement, une interview intimiste que ce mormon très croyant donna au Wall Street Journal en 2016. Une de ses réponses m'interpella alors :

"Quand je décèderai et que j'aurai mon entretien avec Dieu, il ne me dira pas : « Waouh, Clay Christensen, tu as été un professeur célèbre à la Harvard Business School ! » Il me dira : « Pouvons-nous juste parler des personnes que tu as aidées à devenir meilleures? [...] Pouvons-nous parler de ce que tu as fait pour aider tes enfants à devenir des personnes merveilleuses ? »

« Il y a une vraie différence entre connaître le chemin et le prendre », nous rappelle Morpheus dans le film- culte Matrix. Pour avancer sur le chemin qui nous conduit vers une économie qui nous veut vraiment du bien, il ne suffit pas de faire un post LinkedIn, une page web ou un rapport RSE, en utilisant quelques concepts à la mode. Ni même d'avoir un business model disruptif. Pour bêtir le monde d'après, nous sommes encouragés à puiser plus profondément notre inspiration, comme Clayton Christensen.

Dans une réflexion spirituelle, personnelle, légère pourrait-on croire, le gourou de l'innovation donne en réalité une clé de discernement profondément d'actualité, et qui peut s'appliquer à n'importe quel entrepreneur dans un cadre professionnel : As-tu aidé des personnes à devenir meilleures ? As-tu fait correctement ton «métier», mot dont l'étymologie latine nous renvoie au mot ministerium qui se traduit par service ? As-tu librement rendu service ?

Aime, prie et travaille est un livre qui parle de cela. Comment basculer d'un modèle capitaliste empli de concepts à la mode et de buzzwords vers un modèle économique renouvelé qui veut vraiment du bien aux personnes humaines que nous côtoyons quotidiennement ? Qui veut les aider à devenir meilleures. Qui veut en prendre soin, par un beau soleil d'été comme pendant les tempêtes. Qui veut aider les entreprises et les communautés à aimer, librement. Aime, prie et travaille est une histoire d'amour qui finit bien.

Pour acheter le livre : https://editions-salvator.com/societe/2719-aime-prie-et-travaille.html


A découvrir

Thomas Jauffret

Thomas Jauffret, diplômé de Paris-Dauphine, a une expérience de banquier d’affaires,
d’investisseur et d’entrepreneur. Il est spécialiste de la Doctrine Sociale de l’Église et a été
directeur des programmes du forum de Zermatt. Il a publié Dieu, l’entreprise, Google et moi
(Salvator, 2018) pour lequel il a été récompensé du prix Humanisme chrétien en 2019 .