L'économie allemande, modèle ou bouc émissaire ?

La croissance d el'Allemagne, malgré un frein en 2013, reste
supérieure à celle de la France et s'établit à 0,4%.

L'économie allemande, un modèle pour l'Europe ? Voilà une question bien française! Car personne, en Allemagne, ne songe à proposer (ou pire, imposer) le « modèle allemand » en Europe. Une question qui se prête aussi aux amalgames, aux débats faussés. Entendons-nous donc sur les termes du débat : il existe bien un modèle économique allemand, avec sa dynamique interne.

Côté normatif, le référentiel de l'économie sociale de marché, qui tente de combiner la logique marchande et entrepreneuriale avec la cohésion sociale et le partenariat social. Côté économique, une industrie forte, fortement exportatrice est à la base de ce modèle. Côté social, une capacité de négociation et de coopération qui favorise l'émergence de réponses collectives aux problèmes. Côté politique, un État bien présent mais diversifié (fédéralisme oblige) et qui respecte l'autonomie des partenaires sociaux comme celle des entreprises.


Ce modèle est le fruit d'une histoire longue et complexe, d'expériences collectives et de choix fondamentaux faits après 1945, tout comme le modèle français né après la Libération. Il forme un tout, avec des forces indéniables mais aussi des faiblesses et vulnérabilités intrinsèques. Autant dire qu'il ne s'exporte pas, et qu'il ne peut (ni veut) prétendre à être un « modèle à suivre ». L'idée qu'on pourrait copier un « modèle qui marche » est absurde. Face aux défis actuels et futurs (mondialisation, changement climatique, démographie, cohésion sociale), chaque pays doit trouver sa propre réponse, partant des particularités de son modèle national - ce qui n'empêche nullement de s'inspirer du voisin pour évoluer ou transformer le modèle.

Mais souvent, en parlant de « modèle », c'est la politique économique qui est visée. La France a-t-elle intérêt à s'inspirer des politiques allemandes (réformes Schröder, politique de l'offre, stabilisation budgétaire, gestion concertée et négociée face aux problèmes), qui ont réussi à dynamiser l'économie et à réduire le taux de chômage de 11 % à 5,5 % ? Cela mérite débat, à condition de sortir des polémiques stériles sur le caractère bénéfique ou néfaste des « réformes Schröder » de 2003. L'exemple de la politique de l'offre qui est menée en Allemagne, visant la compétitivité industrielle par la maîtrise des coûts mais plus encore par la qualité et l'innovation et permettant aux entreprises de se développer dans un contexte de concurrence mondialisée, peut certainement servir dans la définition de la politique de l'offre qui se dessine en France actuellement. La concertation étroite au sein des entreprises, mais aussi entre le gouvernement et les partenaires sociaux, qui a permis à l'Allemagne de sauvegarder l'emploi pendant la crise sévère de 2008-09, a inspiré certains dispositifs de l'Accord national interprofessionnel sur la sécurisation du travail.


Mais qu'en est-il des excédents commerciaux excessifs, et de « l'austérité » que le gouvernement allemand imposerait à l'Europe, avec des conséquences négatives pour la croissance, l'emploi et la cohésion sociale dans les pays en crise ? Cela se discute, il y a une part de vrai, mais attention au procès facile de « la faute à l'Allemagne » qu'on entend souvent : La crise actuelle en France, qu'il s'agisse de la dette publique, du chômage ou du manque de compétitivité, ne résulte pas d'une politique allemande non coopérative mais de problèmes structurels du modèle économique et du système productif. L'économie allemande ne sert pas de modèle pour l'Europe, mais elle ne pourra certainement pas non plus servir de bouc émissaire.


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