L'Allemagne pourrait-elle devenir un modèle pour la France ?

84,4 %
84,4% des 15-65 ont un emploi en Allemagne.

L’Allemagne est un voisin embarrassant pour nos politiques. Nous croyions avoir le meilleur service de santé du monde, (comme nous avons la plus belle avenue !) et vlan, avec l’arrivée du Covid 19, les allemands performent bien mieux que nous ; meilleures organisations, décisions, moins de cas et de décès que chez nous. Le comble, ils sont même venus à notre aide lorsque nous étions dépassés.

Si l’on prend presque tous les indicateurs financiers, économiques… et même sportifs nous sommes à la traîne.

Depuis 1975, nous sommes en déficit permanent avec une dette qui a explosé dépassant même le niveau du PIB fin 2019. Si nous ajoutons l’année 2020 qui va être catastrophique pour notre niveau des dépenses, nous ne sommes pas prêts de rattraper notre retard !!!

Il y a une dizaine d’années, alors que nous nous situions à peu près au même niveau de déficit que notre voisin, celui-ci s’est très nettement détaché en ayant une économie devenue positive.

Les grandes réformes du marché du travail mises en place en 2003-2005 par Hartz ont porté leur fruit. Entre 2000 et 2010, les coûts de main d’œuvre par heure travaillée ont baissé de 10% en Allemagne, principalement dans le secteur manufacturier, par rapport à la France, l’Italie et même 22% avec l’Espagne. La compétitivité est devenue encore plus performante permettant d’améliorer fortement les investissements ainsi que la balance des paiements et donc l’export et son poids dans l’économie européenne et même mondiale.

La France se paupérise de plus en plus vis-à-vis de nombreux pays européens. En 1975, alors que le PIB par habitant français était largement au dessus de la moyenne des pays développés, depuis cette date il a chuté de 0,4 point par an et même devenu inférieur. La France devrait même se situer encore plus bas que la moyenne, si des pays comme l’Italie et l’Espagne étant très en dessous de la moyenne ne tiraient celle-ci vers le bas. En 1980, la Suède se trouvait à égalité avec la France en termes de PIB par habitant, elle la dépasse de plus de 10 points, pourtant un des pays des plus égalitaire du monde.

Les allemands se retrouvent juste avant la crise, plus riches par tête que les français de près de 15% et exportent trois fois plus.

Même en football, c’est encore des allemands, le Bayern de Munich qui ont battu les français : Le Paris Saint Germain ! Des talents d’un coté et une meilleure organisation de l’autre.

Le recul de la France en termes de PIB par tête peut être attribué en grande partie à un taux d’emploi qui n’a pas arrêté de se dégrader.

Par rapport à l’Allemagne, on peut y trouver plusieurs causes :

Un taux d’emploi des 15-65 ans inférieur : France 79,7%, Allemagne 84,4%

Les jeunes démarrent beaucoup plus tardivement dans la vie professionnelle.

Un taux d’emploi des jeunes de 15 à 24 ans bien inférieur : France 36,9%, Allemagne 51,4%.

Le record est détenu par l’Islande avec 78,2%, les Pays-Bas ne sont pas en reste avec plus de 70%.

La productivité globale n’a cessé de se dégrader en France, cause principale : un manque d’heures travaillées (et pourtant sur une heure, nous sommes performants). Nous sommes les derniers d’Europe : Surtout sur la durée de vie. Avant 2017, les français travaillaient au minimum 6 années de moins, ce qui correspondait à une perte annuelle de 300 milliards d’euros (Rien que pour la date de départ en retraite) : salaires, charges, impôts, TVA,…

En ce qui concerne le chômage nous sommes largement à la traîne avec un taux qui se situait près de 9% avant la crise, alors qu’il était en Allemagne à 4,9% et même 4,8% en 2018.

Autre critère : les dépenses sociales gestion comprise par habitant :

Allemagne : 8.937€

France : 10.823€

Ce qui représente 31 Milliards en plus pour la France par année !

Malgré plus de 20 milliards d’aides aux entreprises de réduction de charges, on constate une rupture de compétitivité entre la France et l’Allemagne. Depuis 2000, cet écart n’a cessé de se creuser. Les exportations françaises sont passées de 55% à 40% par rapport à ceux de nos voisins.

Des politiques diamétralement opposées ont conduit à ce résultat.

L’Allemagne a allégé les charges sur le salaire, engagé des réformes profondes, mis en place une politique de compétitivité expliquée et adoptée par l’opinion.

La France est allée à contre courant de la démographie en mettant en place la réduction uniforme du temps de travail. (Après la grave erreur de réduire la durée d’activité : les 60 ans en 1983). Cette disposition a augmenté les coûts salariaux et diminué les investissements. Cela a bloqué leur capacité de développement, d’adaptation et surtout réduit les marges financières des entreprises : 12% de moins que ceux de notre voisin.

C’est ainsi que la France a perdu son avantage « prix » face à la qualité allemande.

L’enquête sur la compétitivité-prix menée par Coe-Rexecode auprès de 500 responsables achats européens, montre que la compétitivité-prix des produits allemands est presque toujours supérieure à celle des produits français. Sur les 20 années d'enquête, la perception de la qualité des produits allemands est en moyenne toujours supérieure.

Les mesures structurelles fortes adoptées ces trois dernières années, ne permettront pas d’endiguer la contraction de l’industrie française. Sans augmentation des temps de travail et d’activité il n’existe pas ou très peu de possibilités de reprendre des parts à l’export et de se diriger au minimum vers un retour à l’équilibre des comptes.

www.danielmoinier.com


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Daniel Moinier

Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C.

Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.