La décroissance va plus loin que des luttes pour l'écologie et contre le capitalisme

  • Selon plusieurs études sur les rapports entre bonheur et croiissance
    économique en France, au-delà de 12000 à 15000 euros annuels de revenu
    moyen par tête, il n'existe plus aucune corrélation entre richesse
    monétaire et bonheur.
Crédit Photo : cc/flickr/misspixels

Selon plusieurs études sur les rapports entre bonheur et croiissance
économique en France, au-delà de 12000 à 15000 euros annuels de revenu
moyen par tête, il n'existe plus aucune corrélation entre richesse
monétaire et bonheur.

C'est ainsi que les décroissants essaient de penser la transition pour sortir du capitalisme. Par les luttes, nous héritons du socialisme marxiste mais nous en avons tiré quelques leçons historiques. Par nos alternatives et nos expérimentations, nous héritons du socialisme utopique et nous en avons aussi tiré quelques leçons historiques (par exemple sur le nécessaire mais insuffisant essaimage). C'est ainsi que la décroissance ne se réduit pas aux luttes CONTRE et anti-{OGM, nucléaire, capitalisme, gaz de schiste, productivisme...) mais s'investit aussi, pragmatiquement, dans les constructions, dans le POUR et le AVEC.

La décroissance est une ré-appropriation de nos vies, elle expérimente des réponses locales

C'est ainsi que la décroissance, en tant que trajet, commence sans attendre la sortie du « monde de la croissance ». A la différence de la gauche traditionnelle, nous justifions nos pratiques politiques non en les rapportant à un but (final) mais nous faisons de la politique en (re-)faisant société : une transition est un dé-but...

C'est ainsi que la décroissance défend une ré-appropriation de nos vies, par la maîtrise de nos usages. Cette ré-appropriation est évidemment une relocalisation : parce que nous avons compris que chaque échelle de pratique induit son échelle de compréhension. Et par conséquent, si le seul niveau validé est celui de la mondialisation, alors est justifié un mécanisme aveugle, celui du Marché. La transition pour une sortie du monopole du marché commence, sans attendre, par des expériences de redistribution et de réciprocité (Amap, coopératives, mutuelles d'habitants, S.E.L., accorderies...).

C'est ainsi que la décroissance, parce qu'elle pose toutes ses questions dans le cadre planétaire de la « question écologique », expérimente des réponses locales à des problèmes globaux. Autrement dit, la décroissance dont il s'agit ici est bien celle des « enrichis du Nord global ». Quant au « Sud global », une certaine croissance lui est indispensable : celle qui convergera avec notre décroissance du monde des nantis, vers un point historique d'équilibre, c'est-à-dire de justice et de soutenabilité globales.

Chute de revenus pour les riches, décroissance des inégalités là où domine la misère

Pour faire vite, on peut parler de « point » d'équilibre mais en réalité il devra s'agir d'un « espace » d'équilibre : c'est évidemment l'espace écologique . Le plancher de l'espace écologique répond à la question sociale et le plafond répond à la question écologique : entre les deux, il y a toutes nos réponses à la question « humaine » du sens même de notre présence sur Terre ; le tout est discuté démocratiquement ; ainsi l'espace écologique est aussi un espace de discussions, un « terrain d'entente ». Le « Sud global » pourrait emprunter un « tunnel de croissance ». Nous trouvons ce concept dans des travaux dont le titre explicite « Rendre plus soutenable la croissance » ne peut pas nous convenir pour une raison fondamentale : il reconduit la fiction d'un « découplage » absolu entre croissance du PIB et épuisement des « ressources ».
[...]
Au niveau mondial, les décroissances – de la production comme de la consommation – signifient donc très clairement une réduction de l'empreinte écologique totale (l'empreinte carbone incluse). La corrélation PIB/empreinte écologique est solidement établie et par conséquent toute proposition de type « croissance verte » ou « développement durable » relève seulement des soins palliatifs. « Pour produire mieux (en qualité), il faudra produire moins, et moins vite. »

Et partout où domine la misère, la décroissance signifie une décroissance des inégalités. Oui, il va bien s'agir de décroître économiquement et ce n'est pas un « malheur », tout au contraire. « Toutes les études menées sur la question des rapports entre bonheur et croissance économique convergent vers la conclusion suivante : au-delà de 12000 à 15000 euros annuels de revenu moyen par tête, il n'existe plus aucune corrélation entre richesse monétaire et bonheur. Ce chiffre est celui du revenu moyen des Français en 1970. Et les études écologiques montrent que ce niveau de richesse est, lui, en effet universalisable sans mettre en péril la survie de la planète » . 1970 : « année historique ».

Partout où l'empreinte écologique par personne est supérieure au niveau planétaire acceptable, la décroissance signifie pour les plus riches une décroissance de leurs revenus, de leur niveau de vie, de leur pouvoir d'achat... Il s'agit vraiment de « décarboner » l'économie et de réaliser la décroissance de toutes les productions et de toutes les consommations qui dépassent les seuils de soutenabilité écologique.

Décroissance, dé-production, dé-consommation : pour nous obliger à reconsidérer la pauvreté (plutôt que la richesse), la simplicité (plutôt que la complexité).

Extrait du livre "Politique(s) de la décroissance", par Michel Lepesant aux éditions Utopia.

couvdecroissance

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