Casino peut respirer

A la fin de l’année 2019, le groupe Casino était parvenu à obtenir un accord avec ses banques pour rééchelonner le règlement de sa dette. Ce rééchelonnement sera étalé sur 10 ans avec des remboursements annuels de 100 000 euros les deux premières années, puis de 5% par an jusqu’à la neuvième année et de 65% en année 10. Il s’agit d’un accord payé au prix fort, plus de 50 millions d’euros en frais financier selon la plupart des analystes suivants la valeur.

Si cet accord ne règle pas tous les problèmes du groupe, il lui a donné de l’air et lui a permis d’envisager sa réorganisation avec plus de sérénité. Toutefois, ce plan de sauvegarde n’a pas fait l’unanimité auprès des créanciers et a été rejeté le 17 janvier 2019 par les créanciers obligatoires. Une alerte sans incidence pour la suite de la procédure dans la mesure où la validité du plan du sauvegarde sera décidée par le Tribunal de Commerce au mois de mars prochain.

Pour Casino, l’année qui vient ne sera pas de tout repos.

Il va tout d’abord falloir délivrer de bons chiffres. Dans un marché européen relativement atone, ce ne sera pas tâche aisée. L’avertissement sur résultat du mois de janvier en témoigne. Le 17 janvier 2020, le groupe a annoncé une croissance du résultat opérationnel en hausse de 5% sur 2019 alors qu’il se basait sur une croissance de 10% lors de sa précédente estimation. Enfin, au quatrième trimestre, Casino a réalisé un chiffre d'affaires en dessous des attentes du marché à 9,228 milliards d’euros contre 9,7 attendus.

Mais les résultats commerciaux seuls ne suffiront pas à dégager suffisamment de dividendes pour rembourser les dettes. Le groupe va poursuivre le recentrage de ses activités autour de Monoprix, Franprix, Cdiscount.

Selon Olivier Dauvers, expert du secteur, les cessions d’actifs non stratégiques, les hyper et super Casino, se feront principalement sur des critères de zones géographiques. Les zones à forte densité démographique comme la région parisienne ou à fort pouvoir d’achat comme la Côte d’Azur seront préservées. Difficile pour l’instant d’avoir une opinion sur les actifs à l’étranger notamment GPA la filiale brésilienne qui génère de très bons résultats. Pour Olivier Dauvers, l’Amérique du sud n’est pas forcément un tabou.

Du côté des représentants des salariés, les avis sont mitigés. Rassurés par les accords obtenus autour du plan de sauvegarde, ils savent pertinemment que la suite réserve son lot de mauvaises nouvelles. Des magasins vont encore être vendus et vont entraîner une réorganisation au niveau des fonctions supports et logistiques. Des incertitudes demeurent aussi sur l’activité globale du groupe. Jusqu’où la réorganisation va-t-elle aller ? Quels sont les magasins qui seront encore touchés si le plan de sauvegarde ne fonctionne pas comme prévu ?

Dans cette course contre la montre, le groupe Casino vient de recevoir l’aide d’un allié de poids : le financier Daniel Kretinsky. Ce dernier détenait déjà 4,63% du capital du groupe et a renforcé sa position fin janvier en passant à 5,64%. Actif dans le secteur en Allemagne où il détient 17,5% de Metro, son arrivée est un témoignage de confiance fort envers le plan de sauvegarde élaboré par Casino.

Enfin, on peut encore s’interroger sur le partenariat du groupe avec Amazon. Depuis presque deux ans désormais, l’accord fonctionne bien. Des points de livraisons Amazon sont présents dans les supermarchés Casino et après Paris, l’accord avec Monoprix a été étendu à Nice. Pour l’instant, le géant américain ne donne pas de signe de vouloir aller plus loin sur son activité de distribution alimentaire en France. Mais compte tenu de la puissance financière d’Amazon, si le groupe californien décidait de revoir sa stratégie d’implantation en France, les choses pourraient changer très vite et considérablement bouleverser le paysage de la grande distribution française.


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