Pourquoi le prix des consultations médicales restera bas

23 euros
Le prix de la consultation médicale de base est de 23 euros chez un
généraliste.

Aujourd’hui la presse présente la proposition de l’état pour revaloriser le prix de la consultation chez le médecin généraliste.

Ce sera 25 euros assortis de contraintes encore plus fortes « sur le ROSP » (ROSP = rémunération sur objectif de santé publique) Comme d’habitude les médecins ne sont pas content, ce prix de consultation en constante diminution en calcul relatif,  ils subissent sans rien dire ou presque. D’un autre côté les syndicats affirment que « ce n’est pas possible » mais ils signeront sous la contrainte, pas de signature pas de chèque. Enfin l’état, aidé en cela par les médias qui relayent sans réfléchir les communiqués, affirmant que cette augmentation va couter plus de 700 Millions d’euros, cherchant à faire passer le message que les médecins sont des privilégies et que les patients devront payer plus cher, alors qu’ils ne payent rien.


A chaque rendez vous de négociation c’est le même refrain avec pour terminer, les médecins encore appelés libéraux (sans doute pour peu de temps) qui rentrent dans le rang, se contente de ce prix le plus bas d’Europe (prix moyen en Europe 40 euros la consultation) et affirment « que cela ne se passera pas comme cela la prochaine fois. » Je me suis longtemps posé la question de savoir pourquoi ce simulacre de négociation marchait toujours et pourquoi l’ensemble des médecins ne réagissait pas. Les questions sont multiples, les réponses aussi.


 Première analyse les acteurs de ce psychodrame, l’état dirigeant la santé et ne comprenant pas autre chose  que « l’économie de santé ». En second les syndicats de médecins, pas plus représentatifs que la CGT dans les PME, moins de 20% de médecins syndiqués dans plusieurs organisations souvent opposées. Ces syndicats dits représentatifs sont « à la botte de l’état » leurs moyens de fonctionnement et d’existence étant un chèque renouvelé tous les ans si ces syndicats signent les proposition imposées de la CPAM. Enfin les médecins dits « libéraux » ils ressemblent plus à des salariés mécontents qu’à des entreprises libérales fixant leurs prix en fonction des coûts de fonctionnement et de la marge. Salariés qui « demandent » des augmentations mais qui prient pour que rien ne change, la patientèle ne payant rien ou presque c’est quand même assez confortable pour faire son chiffre d’affaires. De véritables libéraux existent ce sont les médecins secteur 3 appelés déconventionnés, ils ne se préoccupent de rien d’autre que de faire de la bonne médecine, sans se soucier des oukases de la sécurité sociale.


Les autres médecins libéraux se divisent en secteur 1 c'est-à-dire pratiquant le prix de la convention et les secteurs 2 qui ont une liberté d’honoraires. Première anormalité, l’état fait tout pour que les médecins soient conventionnés et le moins possible en secteur 2 jusqu’à pratiquer la discrimination. Dans la discussion de cette nouvelle convention seuls les médecins de secteur 1 seraient augmentés, ceux de secteur 2 (celui que Marisol Touraine veut tuer) ne le seraient qu’avec des contraintes fortes.


On pourrait imaginer que la sécurité sociale rembourse un prix fixe (aujourd’hui un peu moins de 17 euros) quel que soit le médecin consulté. Libre au patient de choisir son médecin en fonction de son prix et du service qu’il apporte, libre au médecin de pratiquer le prix le plus bas ou le prix plus élevé. Mais en France ce qui est simple est systématiquement écarté pour des usines à gaz administrative.


En effet dans un système comme celui là, avec une liberté de tarifs et un prix fixe de remboursement, l’état serait obligé de faire comme dans certains pays des dispensaires pour soigner tous les patients qui ne payent rien en ne cotisant a rien,  les assistés de l’état type CMU, AME et autres. Ces dispensaire devraient fonctionner avec des médecins salariés (il n’en manque pas qui accepteraient) mais nécessiterait des coûts bien supérieurs au système pseudo libéral entretenu par les médecins eux mêmes.


Au lieu de cela, le ministère de la santé avec son bras armé l'ARS, veut contraindre les médecins a prendre le plus possible de patients assistés en consultation, ils vont même inventer une prime qui tiendra compte du nombre de CMU et d’AME reçus mensuellement. Ceci bien sur au mépris de toute déontologie, du serment d’hyppocrate et du bon fonctionnement du cabinet libéral. Passons sur le fait que le patient qui paye ne sera plus du tout prioritaire dans des cabinets surchargés, mais on peut faire confiance a nos médecins ils ne rentreront pas dans cet oukase supplémentaire.


Seconde analyse les prix de consultation et la couverture du territoire, un aspect de la situation que personne n’analyse alors qu’il est la pierre angulaire du système. En résumant, notre système de soins est basé sur un corps médical trop peu nombreux et mal réparti. Trop peu nombreux du fait de numérus clausus imbéciles et de la perte d’un nombre important d’étudiants qui refusent de s’installer. Un système pervers qui oblige l’état a inventé un piège dans lequel tous les médecins sont tombés. Il faut que chaque médecins fasse beaucoup d’heures de consultations pour voir tout le monde (et de plus en plus) si le prix des consultations était décent ils seraient tentés de travailler moins et ce serait rapidement une catastrophe sanitaire. La France devient petit à petit un immense désert médical et cela s’aggrave tous les jours. Un piège donc où il faut faire beaucoup d’actes pour gagner sa vie ce qui permet aux patients de trouver légitimement un rendez vous chez un médecin, ce qui serait impossible autrement. Heureusement les médecins dans leur grande majorité n’en profitent pas pour faire des actes  virtuels mais la tentation arrive chez certains a bout de force ou de fatigue.

On peut donc voir que si les prix sont bas ce n’est pas du tout du fait du coût de la santé, certains experts on travaillé sur ce sujet et leurs conclusions sont étonnantes. Si la consultation était payée à son juste prix le nombre de consultations diminuerait pour garantir aux médecins des temps de repos nécessaire et la sécurité sociale ferait des économies ! Par contre il serait de plus en plus difficile de trouver un médecin dans la journée et pire le soir ou les week-ends. Si l’on ajoute a cela le nombre de médecins issus du « babyboom »  qui prennent leur retraite sans être remplacés, les jeunes qui ne veulent plus rentrer dans le piège, nous sommes pratiquement à la porte d’une impasse qui ne sera pas facile de régler avec les discussions conventionnelles. Notre territoire est en train, malgré les prix bas, de devenir un immense désert médical et les hôpitaux complètement dépassés n’y pourront rien. Aujourd’hui dans certaines villes les médecins généralistes ne veulent plus prendre de nouveaux patients comme référent et certaines personnes ne trouvent plus de médecins traitant. Nous sommes au bout d’un système gérer par des technocrates et des idéologues, remettre tout à plat sera nécessaire inéluctablement dans quelques mois ou quelques années.
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 Ces éléments permettent de comprendre pourquoi les prix de consultations n’augmenteront jamais comme ils devraient. Il est même supposé que les syndicats sont aussi d’accord avec ce système à maintenir à tout prix. Impossible d’imaginer des cabinets médicaux ne recevant que 20 patients maximum par jour sans détruire la couverture du territoire. Alors à coup de prix trop bas, à coup de multiplication des heures de consultation, aussi à coup de dérives de consultations de moins de 5 minutes, on maintient tant bien que mal ce système.


On peut même soupçonner le ministère, dans son idéologie, d’obliger les médecins a prendre les assistés en priorité pour cacher la misère de la couverture du territoire. Si l’accès aux soins est prioritaire pour les non cotisants du système, les apparences seront sauvées.


Face à ce malaise profond de la santé en France, engendré par les inconséquences des politiques depuis 40 ans, aucune solution à court terme ne peut s’envisager. Ceux qui demandent à revenir à la médecine libérale sans contrainte, avec un prix voisin de la moyenne Européenne ne pourront jamais gagner leurs revendications. Ceux qui aimeraient devenir des « salariés » de l’état n’ont aucune chance de voir leur rêve se réaliser, 35 heures, RTT, congés payés, charges sociales, impossible à envisager par l’état. Avec un système complètement étatisé et salarié,  il faudrait plus que doubler le nombre de praticiens, c’est impossible a imaginer et impossible à réaliser (il faut plus de 10 ans pour former de nouveaux médecins)


Alors le système est bloqué, les lois successives pour donner la santé au privé n’y feront rien,  les médecins resteront encore longtemps les acteurs de leur propre malaise. Sans les médecins le système ne peut fonctionner, l’état le sait bien. Chaque médecins a fait vocation de soigner, la culpabilisation est toujours sous jacente d’une action de mobilisation. Pourtant leur puissance est totale devant ce système déviant, aucun état ne pourrait résister à une action de masse importante et suivie, en ne le faisant pas le corps médical accepte tacitement ce dont il souffre.


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.