Le grand débat vire à la bouffonnade et se terminera en « enfumade »

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Vous connaissez sans doute un site parodique comme le Gorafi, anagramme du Figaro, journal sérieux celui-là.

Lorsque j’ai vu qu’un débat allait être organisé par Schiappa et Hanouna sur C8, je me suis dit que c’était une blague fort drôle, et que le Gorafi avait encore frappé fort.

J’ai vérifié.

Je suis tombé de ma chaise.

Schiappa va bien animer une émission avec Hanouna… Et là, j’ai été pris d’un fou rire inextinguible du genre hahahahahahahahahahahahahahahaha Schiappahahahahahahahahahahahahahah et Hanounahahahahahahahahaha.

Cela m’a fait beaucoup de bien et je remercie du fond du cœur notre gouvernement de m’avoir octroyé, à défaut d’une réelle augmentation de mon pouvoir d’achat, au moins une nette amélioration de mon pouvoir de rigolade !!

Bienvenue en idiocratie

Ce grand débat vire à la bouffonnade, où l’on voit chaque semaine le grand timonier Macron parler encore plus longtemps que Fidel Castro à la belle époque devant un parterre de maires triés sur le volet et qui sont dépendants aussi bien des subventions que des préfets et donc avec une marge de manœuvre somme toute très réduite.

Les médias expliquent qu’il est donc temps que les Gilets jaunes participent au grand débat et cessent les manifestations, alors qu’ils ne sont manifestement pas invités par le président lors de ses rencontres uniquement avec des maires. Les Gilets jaunes, eux, se font asperger de lacrymo et tenir à bonne distance du grand mamamouchi… Risible évidemment, et cela devient visible.

Dans son éditorial du matinal, Jean-Michel Apathie fait même référence au grand débat de Mao, la campagne des Cent fleurs !

La campagne des Cent fleurs !

« La campagne des Cent Fleurs est une politique menée en Chine de février à juin 1957. Mao, pour rétablir son autorité sur le Parti, affaibli depuis le VIIIe congrès de ce dernier, et pour améliorer les relations entre la formation communiste et la population dans un contexte international périlleux, appelle à une «campagne de rectification ». Le principe est de redonner une certaine liberté d’expression à la population, tout particulièrement aux intellectuels, pour critiquer le Parti. Si l’objectif officiel est que celui-ci s’améliore, Mao compte bien en profiter pour affaiblir ses adversaires et retrouver un certain ascendant sur ses camarades.

La campagne des Cent Fleurs est l’histoire d’«une comédie qui va se muer en tragédie» (Jean-Luc Domenach). En effet, peu de temps après le lancement de la campagne, la contestation explose. Le Parti réagit rapidement et lance une répression féroce qui fera plusieurs centaines de milliers de victimes, emprisonnées, déportées et parfois exécutées »…

Le culte de la personnalité et la machine de propagande !

Tout ce qui est excessif finit par produire des effets contre-productifs importants et le gouvernement est en train de s’enfermer dans un piège terrible où se mêlent le culte de la personnalité de Macron (qui parle pendant 10 heures devant les membres du Politburo), la propagande avec les médias qui s’extasient sur la performance du grand leader et du petit père du peuple, la bouffonnerie avec un débat organisé dans le cadre d’une émission de variétés, ce qui revient à faire de la politique un divertissement pour occuper les gueux. Évidemment, pourquoi ce choix ? Parce que les gueux et les abrutis regardent cette émission, il faut donc envoyer un émissaire parler aux crétins que nous sommes. La condescendance et le mépris de classe sont toujours là. Pour continuer dans l’intelligence gouvernementale, ils ne trouvent pas mieux que d’envoyer la Marlène, fort sympathique (c’est une figure de style), mais qui restera connue à jamais dans les rangs des Gilets jaunes comme celle qui veut la liste des donateurs des cagnottes !!

Ça donne envie.

Vraiment.

Tout cela est donc en train de virer à l’enfumage le plus total comme il était à le redouter.

À l’issue du débat, on nous demandera de voter en appelant un numéro (qui sera sans doute surtaxé) et d’appuyer sur la touche dièse et Monsieur étoile afin de valider des choix de propositions à remonter au gouvernement.

Nous aurons droit à des sujets bien ficelés du genre :

1/ Retour des limitations à 90km/heure sur certaines portions de route nationale ;
2/ Un accompagnement des plus faibles dans la transition écologique ;
3/ La défiscalisation des heures supplémentaires pour travailler plus et gagner plus ;
4/, 5 et 6 et 7, je vous laisse deviner ce que la Marlène voudra vous faire voter à la télé !!!

C’est comme les cahiers de doléances...

Comme les Français en 1789 avaient rempli et noirci des cahiers entiers, les Français de 2019 sont appelés à en faire autant.

Évidemment, cela ne servira à rien puisque même devant la presse étrangère, Bruno Lemaire explique qu’il ne faut pas être inquiet, nous allons poursuivre la même politique.

Louis XVI fit globalement également la même politique.

Le problème entre 1789 et 2019 c’est que les dirigeants confondent propagande et animation de réunions d’aide au changement avec le fait d’apporter des réponses aux revendications populaires.

En 1789, après la période de calme des cahiers de doléances et des états généraux, ce fut l’épisode de la nuit du 4 août…

Ce pays mérite nettement mieux que tout cela, et même notre Apathie se rend à peine compte de ce qu’il dit avec son histoire de Mao…

Nous sommes dans un asile à ciel ouvert et ce sont des clowns bien tristes qui nous gouvernent.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.