Jusqu'à quand la France pourra-t-elle réduire la pauvreté par les déficits et un taux de prélèvements insupportable ?

15 %
La France représente à elle-seule 15 % des dépenses sociales
mondiales.

Un grand nombre de politiques, journalistes et mêmes économistes annoncent couramment que la France a un taux de pauvreté inférieur à celui de l’Allemagne et de beaucoup d’autres pays.

Ce qui est vrai, mais à quel prix ! Nos politiques pour acheter la paix sociale et se faire bien voir, ont su « camoufler » au vu de tous, une situation catastrophique en essayant de masquer notre déchéance par une certaine opulence.

Pour bien comprendre, il faut se pencher sur les taux de pauvreté, comparés aux dépenses sociales et fiscales… Pour comparer le taux de pauvreté en Europe, on utilise un seuil calculé en proportion du revenu médian de chaque pays : plus un pays est riche, plus le seuil sera élevé. Le seuil de pauvreté le plus souvent retenu dans les comparaisons européennes est fixé à 60 % du revenu médian. Il se situe à 1 400 euros en Norvège et 1 300 en Suisse pour l’année 2014. Avec les autres pays scandinaves et germanophones, la France figure parmi les seuils les plus élevés avec 1 000 euros par mois, tandis que le seuil de pauvreté roumain (400 euros) est le plus faible. Les pays du sud et de l’est de l’Europe se situent parmi les pays où le seuil est le plus bas : 700 euros au Portugal, 500 euros en Pologne, 500 euros en Grèce et 440 en Hongrie. L’Espagne et l’Italie ont un seuil de pauvreté légèrement plus élevé, respectivement 885 et 770 euros.

Si l’on considère le seuil à 40 % du revenu médian le classement des pays entre eux reste le même : on est très pauvre en Roumanie avec moins de 265 euros par mois et 290 euros en Hongrie. À l’opposé, les seuils les plus élevés se situent en Norvège avec 945 euros, en Suisse 890 euros, en France avec 660 euros, suivie des Pays-Bas et du Royaume-Uni 650 euros. Il faut noter que le nombre et le taux de pauvreté en Europe sont calculés à partir de la somme des populations pauvres de chaque pays, en fonction du seuil national. Ils ne sont pas évalués à partir d’un seuil qui serait fixé en proportion du niveau de vie médian européen.

Il existe aussi la prise en compte d’un taux de grande pauvreté. En Europe il se situe à 6,3%, c’est la France qui a le plus faible taux avec 2,8%, niveau inférieur au Pays-Bas 3%, la Belgique 3,4%, la Suède et le Royaume-Uni 4,8%, l’Allemagne 5%. A l’autre extrémité, la Roumanie se situe à 14,5%, l’Espagne 11,2%, la Grèce 10,1%. En Europe plus d’une personne sur dix vit dans la grande pauvreté.

Comment la France a pu contenir son niveau de pauvreté ?

Depuis 1982, la France a privilégié le social au détriment de l’activité et du chômage. Son système social a permis de préserver un niveau de pauvreté qui a pu paraître acceptable. Pour bien comprendre les bouleversements financiers, sociaux, occasionnés par la direction prise, il est nécessaire de mettre à plat tous les tenants et aboutissants. En premier, il est nécessaire de connaître les coûts engendrés pour obtenir ce niveau de protection. En deuxième, pour obtenir un système social tel que le nôtre, il a fallu l’alimenter. C’est là que l’inventivité des élus n’a pas eu de limite… Une chose est à bien se mettre en tête et ne pas oublier : Tandis que les dépenses de redistribution ont augmenté, il en est allé de même pour : 
- Les impôts et prélèvements
- La dette publique
- Le taux de chômage

Comparons deux époques bien marquées, 1978 et 2012

Vous pouvez constater que le revenu disponible a peu évolué, que la dette par habitant a littéralement explosé, ainsi que le taux de chômage (et encore, en 1978 tous les chômeurs étaient compris dans ce même taux, alors qu’aujourd’hui nous parlons surtout de la catégorie A, la 1ère sur 5, camouflage !)

Comparons l’évolution des dépenses sociales en France depuis bientôt 60 années. En 1960, Les dépenses sociales se montaient à 6,6 Mds d’euros soit 14% du PIB. En 1986, elles se situaient à 221 Mds d’euros soit 27% du PIB. En 2014, elles étaient de 734 Mds d’euros soit 34,3% du PIB. En 2016, elles ont un peu diminué soit 31,5% pour un montant de 700 Mds d’euros. Nous sommes le pays d’Europe le plus dépensier en matière de dépenses sociales, mais aussi un des premiers au niveau du montant de la dette avec 2 261 Mds à fin 2017, soit 99,3% d’un PIB de 2 276 Mds, ce qui représente un endettement de 2 665€ de plus par seconde. Nous tenons la corde aussi pour la dépense publique d’état avec près de 57%, alors que la moyenne européenne se situe à 48,5% du PIB.

Les charges sociales sur salaire (hors cadre) sont passées de 6% en 1960 à 22%, les charges entreprises ont été multipliées par deux ! Autre élément de rentrées financières, c’est la TIPP (Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers) devenue TICPE (Taxe Intérieure sur la Consommation de Produits Energétiques) qui rapporte aujourd’hui la « modique somme » de 15,6 Mds d’euros soit 5,2% des recettes pour moins d’un milliard en 1960. Cette recette n’a pas arrêté de progresser, ce qui a contribué à une augmentation de l’essence de 738 % depuis 1960. Le prix du litre était à cette date de 0,18 euro alors que sur cette période le prix du baril de pétrole est passé de moins d’1 dollar à 40 ou 110 et plus dans les dernières années, environs 60 dollars actuellement, soit une hausse de 60% à comparer aux 738% d’augmentation du prix de l’essence. Rentrées de recettes obligent !

Dernièrement le gasoil a augmenté de 0,20 centimes, ce qui représente une hausse des rentrées de 807 millions d’euros plus la TVA adjointe de 161 millions, soit un total annuel de 968 millions d’euros. D’autre part, les mesures soi-disant écologiques de diminution du nombre de voiture diesel en circulation, permettra une forte hausse des rentrées de la TICPE pour deux raisons : La taxe de 0,6259 euro par litre sur le gasoil se substituera à une taxe de 0,7782 sur l’essence. La consommation d’une voiture essence est en moyenne de 15% supérieure à celle de l’essence, d’où plus de litres vendus avec une taxe plus élevée. Cela pourrait rapporter en premier lieu environs 4 milliards supplémentaires, sans compter la hausse prévue de 2,6 cts du litre de gasoil sur les prochaines années.

La TVA normale aussi, a suivi de nombreuses variations, ainsi que les autres taux : en 1968 le taux normal se situait à 16,88%, il est actuellement de 20%, le taux intermédiaire qui était à 7,5% est lui, passé à 10%. En 1960, l’état engrangeait un peu moins de 4 Mds d’euros de TVA, aujourd’hui c’est 48% des recettes de l’état avec 145 Mds d’euros. La création de la CSG-RDS qui a été le « cadeau » le plus empoisonné pour presque tous nos concitoyens, rapporte aujourd’hui 97,1 Mds soit 24,4 Mds de plus que l’impôt sur le revenu. Le chômage qui est monté jusqu’à 10,6% en 2015, engendre un coût financier direct, énorme, évalué par Pierre Larrouturou et Dominique Méda dans leur livre, à 100 Mds d’euros par année, soit 20.000 euros par chômeur.

Et toutes les dépenses sociales transférées aux départements en 2002 et 2004 telles que :
- La création de la prestation de compensation du handicap (PCH) 
- Les dépenses au titre de l’APA
- La mise en œuvre de nouvelles obligations dans le domaine de la famille et de l’enfance avec la loi de protection de l’enfance
- Les dépenses au titre du RSA/RMI ont connu une hausse en raison d’une conjoncture économique qui s’est révélée très défavorable 

D'après le comité d'évaluation du RSA, le coût total de ce dispositif est de l'ordre de 10 milliards d'euros par an (8,5 milliards d'euros pour les dépenses d'allocation, correspondant aux anciens RMI et API auxquels s'ajoutent 1,5 milliard d'euros pour les dépenses d'insertion correspondant à des contrats aidés)

Comparaison Royaume-Uni, Allemagne, France

Le Royaume-Uni en 2005 avait un taux de pauvreté de 19%, puis en 2008 le salaire médian baissant avec la crise, le seuil de pauvreté s’est réduit et le nombre de chômeurs avec. En 2010, avec l’arrivée de David Cameron au pouvoir, les salaires ont baissé, le taux de pauvreté est descendu à 17%, puis à moins de 16% en 2013. L’Allemagne de son côté, après avoir procédé à la réunification, avec toutes les conséquences que cela a engendré, a connu une activité moins performante, un taux de chômage qui a progressé pour atteindre son maximum à près de 12% en 2005. Elle a réussi à inverser la tendance avec les réformes Hartz qui ont fortement durci l’indemnisation du chômage et par contre coup favorisé les minijobs. Elle a fait le choix d’activités limitées, plutôt que d’avoir plus de chômeurs. C’est aussi le revenu médian en hausse constante qui a provoqué l’augmentation du seuil de pauvreté (950€ par mois). Depuis 2012, le taux s’est stabilisé et a même diminué depuis.

En France en 2005, le taux se situait à près de 13%. Avec la reprise économique, il s’est infléchi vers les 12%, mais la crise de 2008/2009 l’a fait remonter constamment jusqu’en 2011. Il s’est stabilisé pendant près de deux années à un peu plus de 14% et ensuite a commencé à fléchir en 2012 pour atteindre 13,8%. Il est remonté en 2015, puis a fléchi en 2016 pour revenir vers les 13,9%.

Le modèle social basé sur des minima sociaux importants (Allocations familiales et logement, RSA…) a joué et joue encore un rôle d’amortisseur, surtout au dépend du taux de chômage, des déficits (Etat, Caisses de retraites, de Sécurité Sociale, d’Assedic…) de la dette et d’un montant annuel d’emprunts de plus en plus élevés et longs, permettant ainsi de minimiser les déficits à court terme.

Conclusion

La France est un pays hyperendetté car hypersocialisé avec ses 66 millions d’habitants qui compte pour seulement 1% de la population humaine mais qui représente 15% des dépenses sociales mondiales (4.500 Mds = 9% du PIB mondial), soit le premier rang mondial (Disputé avec le Danemark).

Autre rapprochement, la France compte 2% de l’endettement mondial qui se situe à un niveau jamais atteint de 152.000 Mds de dollars soit 225% de la valeur de l’économie mondiale. Moins de 1 % de la population mondiale consomme et finance (ce sont deux façons complémentaires de voir la question) environ 15 % de la protection sociale mondiale, tout en devant rembourser 2 % de la dette publique totalisée dans le monde. La statistique est certainement moins pesante que la situation.

Comment la France peut-elle sortir de cette situation, alors que la durée de vie, en retraite est passée à 27 années pour les femmes et 23,2 pour les hommes ? Elle augmente depuis 1945, en moyenne de sept heures par jour ! Et cela est amplifié par un niveau de temps de travail des plus bas d’Europe et même du Monde.

D’après Eurostat, la France avec sa retraite à 62 ans apparaît aujourd'hui comme l'État le plus généreux avec les salariés. Et d’autre part nous avons une durée de travail et d’activité des salariés horaires en temps plein, les plus faibles de tous les pays du monde.
- 36,2 heures par semaine (6 semaines de congés, RTT)
- 1 56,75 heures par mois
- 1 661 heures par an
- 34,7 années sur la durée de vie

Selon Coe-Rexcode, un temps plein en Allemagne effectue 1 847 heures par année (3,9 semaines de congés). Seule la Finlande nous bat avec 1 648 heures. Tous les autres pays d’Europe sont bien au-delà. "La baisse du temps de travail a joué un rôle important dans le décrochage économique du pays, même si la dérive des salaires a pesé aussi", commente en guise de conclusion Michel Didier, le président de Coe-Rexecode. La France contient le nombre de pauvres mais pas celui des chômeurs, ni de sa dette…

www.livres-daniel-moinier.com


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Daniel Moinier

Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C.

Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.