Dernière crise avant l'apocalypse : un bouquin pour qui ne veut pas mourir idiot

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Fin 2019, la dette de la France représentait 97,6% du PIB.

Quand Jean-Baptiste Giraud m’a proposé d’écrire avec lui un livre analysant les risques courus par notre civilisation, notre espèce humaine, j’ai pensé à la réponse du président de la République Charles de Gaulle à l’un de ses ministres, qui lui disait : « Maintenant, monsieur le Président, il faudrait qu’on s’occupe des cons ». Deux formules sont citées comme ayant été sa réponse : « vaste programme », et « lourde tâche ».

Que la réponse authentique soit l’une ou l’autre de ces formules, ou une troisième, le Général a clairement exprimé qu’il ne se faisait guère d’illusion sur la capacité des Français (et du reste de l’humanité) à comprendre les problèmes planétaires. Sa formule « les Français sont des veaux » n’était pas plus élogieuse. Le comportement et l’entendement de nos concitoyens, et de l’humanité dans son ensemble, se seraient-ils depuis lors améliorés au point de rendre injuste ce verdict lapidaire ?

Pour conjurer l’apocalypse, un grain de sénevé : l’intelligence

C’est parce que nous n’en sommes pas certains que JB Giraud et moi avons décidé de prendre la plume à deux mains, pour écrire Dernière crise avant l’apocalypse. Légèrement plus optimistes que le Général, nous pensons qu’une présentation circonstanciée des dangers qui menacent l’humanité peut être utile pour éviter que son évolution soit catastrophique. Bien évidemment, il ne s’agit que d’une minuscule goute d’eau versée dans un vase qu’il faudrait remplir à ras bord. Mais si vous aussi, ami lecteur, vous y allez de votre goutte d’eau, un processus peut s’amorcer. Que vous soyez chrétien ou non, vous connaissez probablement le passage de l’Evangile selon Matthieu, au chapitre 13, qui concerne une petite graine – le grain de sénevé. Citons-le : « Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand il a poussé il devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent nicher dans ses branches. » Plantons tous des grains de sénevé, c’est-à-dire faisons de petits gestes pour améliorer le cours des événements, et nous éviterons l’apocalypse, ou nous la rendrons plus supportable.

Prendre conscience de ce qui nous menace

Il existe bien des menaces, allant de la guerre atomique à la diminution de nos ressources facilement accessibles en eau et en diverses matières premières, en passant par les épidémies – il en est de pires que la covid. La surexploitation des ressources de la planète, en lien avec la surpopulation, peut engendrer de véritables désastres. Mais le plus grave est probablement le déficit d’intelligence et de réalisme. L’humanité sait comment fonctionne l’atome et les particules élémentaires, elle peut se défendre contre des virus parce que nos savants savent manipuler l’ARN et l’ADN, mais elle ignore le principe du fonctionnement des retraites : investir dans le capital humain, c’est-à-dire mettre au monde des enfants et bien les éduquer. Comment avoir confiance en des législateurs qui promettent des pensions aux personnes âgées parce qu’elles ont auparavant cotisé en faveur de leurs aînés, alors que leur sort dépend évidemment de leurs cadets ? Nous avons des législateurs qui croient au Père Noël ou à Merlin l’enchanteur, qui croient que tout ce qui brille (c’est-à-dire, actuellement, tout ce qui est « numérique ») est de l’or : voilà ce qui nous menace très sérieusement.

Bien analyser les situations

Dernière crise avant l’apocalypse fournit des propositions, mais celles-ci n’ont de valeur que parce qu’elles se basent sur des analyses sérieuses. Nous avons notamment fourni un diagnostic assez sévère de l’actuelle organisation monétaire. Il y a trop d’unités monétaires sur notre planète, mais ce n’est pas le plus grave. Ce qui pose problème, c’est l’incompréhension de ce qu’est la monnaie de crédit. On considère trop souvent la monnaie comme une chose, enfermés que nous sommes dans les concepts anciens, qui pouvaient convenir à l’époque des pièces d’or et d’argent, mais qui sont désormais « out of date », comme disent les anglo-saxons, périmés. La monnaie est une relation chiffrée, créance d’un agent sur une institution spécialisée dans le traitement des transactions.

Le bitcoin et les autres cryptomonnaies constituent un retour en arrière, camouflé par le recours à des techniques informatiques sophistiquées – la fameuse blockchain, grande gaspilleuse d’énergie devant l’éternel. Leur succès est dû à l’incompréhension de ce qu’est la monnaie de crédit, à la prégnance de conceptions archaïques qui n’ont pas disparu. Des personnes aux conceptions simplistes essaient de revenir à un équivalent des métaux précieux. Leur manque de culture historique les empêche de comprendre les principes de la comptabilité en partie double, principes dont l’application a joué un rôle déterminant dans l’essor économique de l’Europe depuis le XIVème siècle.

Rappelons une anecdote significative : le désagrément manifesté, au XVIème siècle, par des marchands et banquiers obligés de se servir des masses d’argent et d’or en provenance du Nouveau Monde. Pour ces hommes d’affaires, les « écritures » étaient autrement pratiques, l’afflux de métal précieux ne présentait quasiment que des inconvénients. On a jadis bêtement sacrifié la santé, et assez souvent la vie, d’innombrables mineurs, parce que les princes avaient des siècles de retard mental sur les grands marchands. Aujourd’hui, ce sont des quantités phénoménales d’énergie que l’on gaspille pour faire fonctionner les joujoux cryptomonétaires : le manque de bon sens est une sorte de constante !

Résoudre nos problèmes

Depuis ses débuts, l’humanité a surmonté bien des difficultés. Sa réussite se traduit inévitablement par de nouveaux défis : la population augmente, il faut trouver de nouvelles ressources, inventer de nouveaux modes de vie ; il faut produire davantage, autre chose, et autrement. Le changement est au cœur de la condition humaine. « Il faut que tout change pour que rien ne change » : cette maxime du Guépard, dans le roman de Guiseppe Tomasi de Lampedusa et le film de Luchini Visconti, nous en dit long sur la nature humaine. L’humanité réussit quand elle est à la fois conservatrice et innovante, quand elle va de l’avant sans cesser d’être fidèle à ce qu’elle a antérieurement appris et compris.

C’est ainsi que, de résolution de problèmes en résolutions de problèmes, grandit sa capacité à trouver des solutions. Pour que vivent à la fois dix milliards de personnes humaines, que de difficultés il faut surmonter ! L’apocalypse est toujours en embuscade ; les crises se succèdent, comme les guerres de 1870, 1914, 1939, et des cendres, à chaque fois, renaît une civilisation un peu plus complexe, supérieure par certains côtés, moins sympathique par d’autres. De difficulté surmontée en catastrophe évitée, ou minimisée, l’humanité poursuit son chemin, son aventure, parvenant à découvrir de nouveaux horizons.

Oui, nous allons vers une apocalypse. Pas « l’apocalypse », mais « une apocalypse », une de plus, qui nous fera grandir si elle ne nous anéantit pas. Nos problèmes ne seront jamais complètement résolus, et nous lutterons toujours pour les résoudre. Travail de Sisyphe ? Pas vraiment. Le malheureux roi de Corinthe se hissait vers un sommet fixé une fois pour toutes, et son rocher dégringolait avant qu’il ait atteint le sommet, ce qui le faisait repartir de tout en bas, sur le même sentier. L’humanité, elle, est en quête d’un sommet qui s’élève en même temps qu’elle. A la différence de Sisyphe, même s’il ne nous arrivait jamais de reculer, nous ne serions pas en position d’atteindre le sommet, parce qu’il est de plus en plus élevé.

L’histoire n’est pas cyclique, éternelle répétition du même parcours. L’aventure humaine – notre aventure – est toujours porteuse de nouveauté. Les problèmes que nous devons résoudre ne se sont pas nécessairement déjà posés antérieurement. La nouveauté existe, elle n’est pas une illusion ; c’est ce qui rend la vie passionnante. La crise actuelle conduit à une apocalypse, mais pas à la fin du monde. Après cette apocalypse qu’elle va probablement vivre, comme l’alpiniste qui a décroché au cours d’une varappe, l’humanité ne refera pas simplement ce petit bout d’ascension, elle ira plus haut, en empruntant probablement un chemin quelque peu différent.

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A découvrir

Jacques Bichot

Jacques Bichot est économiste, mathématicien de formation, professeur émérite à l'université Lyon 3. Il a surtout travaillé à renouveler la théorie monétaire et l'économie de la sécurité sociale, conçue comme un producteur de services. Il est l'auteur de "La mort de l'Etat providence ; vive les assurances sociales" avec Arnaud Robinet, de "Le Labyrinthe ; compliquer pour régner" aux Belles Lettres, de "La retraite en liberté" au Cherche Midi et de "Cure de jouvence pour la Sécu" aux éditions L'Harmattan.