Nouveau cap pour Suez

Tandis que la crise du coronavirus s’éloigne progressivement, Suez redéfinit son avenir et change de tête. Depuis la mi-mai, Jean-Louis Chaussade, atteint par la limite d’âge, a laissé sa place de directeur général du groupe. Bertrand Camus, nommé à l’unanimité et confirmé par l’assemblée générale des actionnaires, le remplace désormais.

L’ingénieur des Ponts et Chaussées, âgé de 51 ans, travaille pour Suez depuis 1994 après avoir fait ses armes chez BNP Paribas. Pour le groupe, il a successivement dirigé les activités en Amérique du Nord de 2008 à 2015, en France, puis comme directeur général adjoint pour les zones Afrique, Moyen-Orient, Asie et Océanie.

Selon le communiqué de la société, le nouveau directeur, à la tête du numéro deux mondial de la gestion de l’eau et des déchets, "aura pour objectif d'accélérer la mise en œuvre de la stratégie ambitieuse de Suez (...) en créant de la valeur pour toutes les parties prenantes (et) en poursuivant une politique de dividende attractive ». Il devra également renforcer « les positions de la société sur les marchés du futur, tout en tirant le meilleur des technologies digitales".

La nomination de Bertrand Camus intervient à un moment charnière pour le groupe, détenu à 32 % par Engie, qui a réaffirmé son engagement auprès de Suez. Confronté aux évolutions sociétales et environnementales récentes, le groupe a en effet jugé bon de redéfinir sa « grande stratégie » au terme de neuf mois de consultations, d’analyses et de synthèses. En mobilisant 90000 employés du groupe dans des prises de paroles et en collectant 42000 verbatim, Suez, par la voix de son nouveau directeur, a redéfini sa « raison d’être » qui doit être le reflet de sa vocation : « façonner un environnement durable, dès maintenant ! »

« Depuis 160 ans, nos services sont essentiels à la qualité de vie, à la santé, au développement économique et à la création de nouvelles matières premières secondaires. Nos valeurs : la passion pour l’environnement, la priorité clients, le respect et l’esprit d’équipe, nous permettent d’agir dès maintenant et pour demain pour préserver et restaurer les éléments essentiels de notre environnement : l’eau, la terre et l’air. Cette crise sanitaire doit servir d’accélérateur vers la transition environnementale. C’est la seule façon de contribuer à préserver le capital naturel de notre planète et d’améliorer, durablement, le bien-être et la qualité de vie de ses habitants. »

Cette ambition ressemble à la fois à une première pierre et à un étendard, à l’acte fondateur de la nouvelle direction et au projet commun qui doit mobiliser l’ensemble des forces de Suez autour d’elle. Une sorte de nouveau départ aux couleurs durables et écologiques qui permettrait d’oublier les déconvenues à l’oeuvre depuis 2018 et la lourde baisse boursière de l’année en cours. Car les enjeux qui attendent  Bertrand Camus ne concernent pas seulement la « grande stratégie ». Il va sans doute devoir céder des actifs, sous l’impulsion notamment du fonds d’investissement Amber, qui détient 2% du capital.

Ainsi, Suez pourrait à court terme mettre sur le marché sa filiale espagnole Agbar. En période de crise, la récurrence des revenus des concessions permettrait au groupe d’en espérer près de trois milliards d’euros. Si les fondations de Suez restent très solides, et très solidement ancrées dans les défis du siècle, comme le rappelle la clarification de sa « Raison d’être » annoncée par son nouveau directeur, le groupe a d’ores et déjà l’occasion de la mettre en pratique, sous l’oeil des marchés.


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