Pour Artus, le problème de l'euro c'est que ça ne marche pas

1,07 DOLLAR
1 euro valait 1,07 dollar le 27 janvier 2017

La situation devient véritablement passionnante et les langues se délient. Elles se délient d’autant plus que la situation évidemment s’aggrave de jour en jour.

Patrick Artus n’est pas à franchement parler un anti-européen primaire. Au contraire. Il est pro-européen.

Il n’est pas fasciste ni extrémiste, et non il ne défend pas le programme de Marine Le Pen, il ne faut même pas d’ailleurs lui parler du FN. Il n’est pas « trumpiste », ni pro-Brexit. Bref, Artus est bien politiquement correct comme il se doit et, à ce titre, peut passer dans les médias.

Pourtant, malgré ce pedigree officiel, même un type comme Artus ne peut plus cacher que pour l’euro les jours sont comptés et que le sinistre « tic-tac » est enclenché depuis trop longtemps.

Il résume la situation avec cette formule lapidaire et « assez juste » :

« Le problème de l’euro c’est que ça ne marche pas mais qu’on ne peut pas en sortir. »

Je disais donc « assez juste » car à mon sens, nous sommes bien tous d’accord sur le fait que « le problème de l’euro c’est que ça ne marche pas », mais ce n’est pas évidemment une autoroute sans sortie. On peut sortir de l’euro de la même façon que nous y sommes rentrés, à savoir sur des décisions politiques.

On peut en sortir, tel n’est pas du tout le problème. Le véritable problème c’est le « comment en sortir » sans trop de casse et là, c’est objectivement une autre paire de manches. Nous y reviendrons.

Pour Artus, donc, les problèmes techniques de l’euro sont les suivants, et je partage son analyse. C’est dire ! Et ce n’est même pas moi qui le dis. Quel bonheur de voir la réalité s’imposer à tous.

1/ Il n’y a pas de mobilité du capital entre les pays.

2/ Les ajustements sont forcément dépressifs.

3/ De façon générale, les unions monétaires fabriquent de l’hétérogénéité. Cela fabrique des pays pauvres, qui se spécialisent dans le tourisme par exemple ou dans les tâches à faible valeur ajoutée, et des pays riches comme l’Allemagne ou l’Autriche, qui produisent du haut de gamme et exportent.

Et de conclure après ces trois constats… : « Donc l’euro ne marche pas. C’est un échec aujourd’hui. »

« L’euro est un échec aujourd’hui! »

J’adore. Enfin, j’adore, façon de parler, parce que bien évidemment quand on fait des bêtises, ces bêtises ont des conséquences, et si les conséquences sur les très riches restent supportables, sur les plus fragiles c’est nettement moins drôle.

Non, ce que « j’adore » c’est qu’intellectuellement nous avons raison, nous autres les contrariens et les impertinents. Nous avons raison et les faits restent têtus !

Artus fait donc le même constat, à savoir que l' »on sait aujourd’hui que si on veut une monnaie unique il faut des ajustements symétriques, ce qui implique une dose de fédéralisme comme aux USA avec des pays pauvres qui reçoivent des revenus des pays plus riches ».

Dit autrement, et c’est exactement ce que je dis depuis des années, il faut une union de transfert, il faut que les riches allemands acceptent de payer pour l »escroc grec » ! Autant dire que ce n’est pas gagné !

Si la BCE cesse ses injections de liquidités, l’euro explose !

Il est bien ce Patrick Artus tout de même quand il dit la vérité.

« C’est la BCE avec son QE qui achète les dettes publiques de tous les pays. Du coup les taux sont bas et ils divergent peu. La BCE évite donc le pire mais pas jusqu’à la fin des temps et cela ne pourra pas être poursuivi pendant des années. Et rien n’a été réparé des problèmes actuels. Lorsque cette politique de la BCE cessera, on peut légitimement être inquiet sur la solidité de l’euro »… Hahahahahahahaha !

Oui, vous pouvez être très inquiets !

Bon, vous pouvez aussi acheter un peu d’or ou mon dossier spécial sur comment survivre à l’Eurocalypse ici pour savoir comment ne pas vous faire totalement tondre et ruiner lorsque l’inéluctable se produira…

D’ailleurs, le titre du dernier livre d’Artus, pour lequel il était invité, est :

« Euro par ici la sortie ? »

Tout un programme, d’ailleurs quand le journaliste fait remarquer à Artus que sortir de l’euro c’est le programme du FN, Artus sort ses deux rames, pour expliquer qu’économiquement ce n’est pas possible, que les dettes sont en euros, et que si quand on était en francs il était normal de les convertir en euros, quand elles sont libellées en euros il est impossible de les convertir en francs nouveaux et futurs…

C’est fou comme l’idéologie peut faire dire des âneries même à des gens « brillants ». Si Marine Le Pen dit que le ciel est bleu, pour s’en « dissocier » vous serez obligés d’affirmer que le ciel est rouge… Ce qui est un peu abruti, vous en conviendrez !

Pour justifier cela, il explique que le nouveau franc serait dévalué de 50 %, ce qui reviendrait à faire défaut sur notre dette, cela étant impossible, ou alors c’est (insulte suprême) « l’Argentine » !

Mais c’est exactement cela ! Voyons, soyons sérieux ! La France EST en faillite ! Nous sommes déjà en défaut de paiement. Nous masquons la réalité et cela peut durer encore certainement, mais la triste réalité c’est que jamais nous ne serons en mesure de rembourser ces monceaux de dettes qui constituent l’épargne des … gens !!

Voilà ce que dit Artus : « Un argument que tout le monde commence à comprendre c’est les dettes en euros, les dettes en francs sont devenues des dettes en euros. Or les dettes en francs vaudront beaucoup moins, c’est incompatible avec toutes les règles internationales… ces dettes resteraient en euros ou alors c’est un défaut… et donc les avoirs seraient saisis, ce serait un chaos total si le franc se dévalue de 50 %, ce sera un chaos absolu »…

Mon Patrick, mon Patrick… dit la vérité !

Je vais juste vous dire un truc qui va vous démontrer par A+B que ce que raconte Artus est totalement stupide.

Pour lui, il est impossible de libeller les dettes autrement qu’en euros… Et si, question au hasard, l’euro explose et n’existe plus par exemple parce que la France ou l’Italie seraient en faillite, les dettes, on les compte en quoi ? En raviolis ? En branches d’épinard ? Ou en coquillages ? Évidemment, en cas de retour aux monnaies nationales lié à une explosion de l’euro, tout serait à nouveau comptabilisé en… monnaie nationale, avec des dévaluations plus ou moins fortes de valeur par rapport à quoi ? À l’ancien euro qui n’existe plus et qui donc ne serait plus coté ?

Et coté par rapport à quoi ? À d’autres monnaies qui ne se portent pas forcément très bien elles non plus ?

Là où Artus a en revanche raison, c’est qu’il y a plus de chance que ce soit le chaos que de chance que tout se passe dans l’allégresse la plus totale !

Personne ne sait comment sortir de l’euro !

La triste réalité c’est que PERSONNE ne sait COMMENT sortir de l’euro.

Et comme personne ne sait, personne ne veut faire le grand saut dans l’inconnu.

Et comme personne ne veut y aller le premier, eh bien nous sommes condamnés collectivement à attendre qu’il nous explose à la figure sans s’y être préparé.

Enfin, voici la conclusion d’Artus, qui devrait vous faire frémir de peur.

« L’euro a un problème majeur de fonctionnement. Il va falloir le réparer et l’Allemagne va devoir contribuer à un budget européen, il faut le fédéralisme ! C’est l’union de transfert. Il faut commencer à construire un budget fédéral sur des fonctions simples. L’indemnisation du chômage par exemple »…

Hahahahahaha, imaginez un instant les Allemands payer des impôts « simples » pour payer les chômeurs français et grecs, houhouhou j’en rigole encore, ou alors il va falloir sacrément revoir les règles d’indemnisation et je peux vous assurer que cela va couiner très fort !

Il est déjà trop tard. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae

Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.