Chômage : et si la vraie bascule 2026 était le “travail en mission” ?

Les nouveaux chiffres du chômage confirment un marché de l’emploi sous tension. Mais ils méritent une lecture moins binaire qu’un simple “ça monte / ça baisse” : une partie de l’évolution tient aussi aux changements de règles d’inscription et aux effets de la loi Plein emploi. Autrement dit : oui, le climat est lourd. Non, cela ne signifie pas que le travail disparaît. Il change de forme.

Xavier Bézio
By Xavier Bézio Published on 3 février 2026 4h00
Emploi : ces métiers qui sauvent le marché du travail en 2025
Chômage : et si la vraie bascule 2026 était le “travail en mission” ? - © Economie Matin
6,8%Le chômage, toutes catégories confondues, progresse de 6,8 % sur un an en 2025

Depuis deux ans, notre économie ressemble à un montage alterné : un site qui ferme, un investissement reporté, une réorganisation, une norme qui tombe, puis une accélération technologique qui rebattent les cartes. La crise n’est plus un événement : c’est le décor. Dans ce contexte, la ressource rare n’est plus l’intention stratégique : c’est la capacité d’exécuter vite, sans casser l’organisation.

Or beaucoup d’entreprises fonctionnent encore avec un outil conçu pour un autre monde : l’organigramme figé, pensé comme un “bloc” de postes permanents. Quand l’incertitude s’installe, ce modèle devient un piège : soit on recrute trop tard, soit on gèle, soit on s’épuise. Résultat : les besoins existent, mais ils cherchent une autre porte d’entrée. Cette porte, c’est le travail en mode “mission”.

Le travail en mission, c’est une idée simple : mobiliser le bon niveau d’expertise, pour la bonne durée, sur un objectif clair, avec une obligation de résultat… et de transmission. En 2026, ce n’est plus un plan B. C’est un mode de pilotage, aussi naturel que d’augmenter sa capacité “à la demande” dans le cloud plutôt que d’acheter un serveur de trop.

Il prend trois formes concrètes.

  • Le management de transition, quand une fonction critique doit tenir immédiatement : gérer une crise, conduire une transformation, redresser une activité, assurer un relais managérial.

  • Le freelancing, quand il faut une compétence rare ou un renfort projet, sans fabriquer un poste à vie ; et l’on voit désormais cette dynamique tirer des profils plus jeunes et “middle”, pas seulement des experts seniors.

  • L’intérim spécialisé, pour absorber un pic d’activité ou sécuriser la continuité opérationnelle, au sein de cellules sectorielles spécialisées.

Quand l’urgence est là, ce n’est pas “moins d’humains” qu’il faut : c’est la bonne personne, tout de suite.

Cette bascule répond aussi à une aspiration d’actifs qui veulent reprendre la main : choisir leurs missions, varier les environnements, accélérer l’apprentissage, retrouver une forme d’autonomie. Le sens, ici, est pragmatique : faire un travail qu’on sait livrer, dans un cadre clair, avec une reconnaissance réelle.

On observe d’ailleurs cette accélération sur notre terrain : nos activités temporaires progressent de +8,6% entre le second semestre 2024 et le second semestre 2025 ; et nos activités de contracting ont bondi de +45,8% entre janvier 2025 et janvier 2026, avec une hausse proche de 50% sur le freelance.

Reste une condition : pour que le travail en mission soit une solution et non une précarisation, il doit être organisé. Côté entreprises : un plan de continuité managériale, des règles de décision, un vivier qualifié, et l’exigence de transfert de compétences. Côté actifs : une lisibilité des compétences, des preuves, une discipline de livraison. Côté collectif : un cadre qui protège sans bloquer, et qui reconnaît ces nouvelles temporalités du travail.

La question 2026 n’est donc plus seulement “combien de CDI ?”. Elle devient : “à quelle vitesse pouvons-nous mobiliser la bonne expertise, au bon niveau, pour la bonne durée ?”. Le travail en mission n’est pas le futur : c’est la réponse d’un marché qui apprend à respirer autrement.

Xavier Bézio

Directeur des activités temporaires (Transition, Intérim & Freelance) chez Morgan Philips Group Xavier Bézio est le Directeur des activités temporaires (Transition, Intérim & Freelance) chez Morgan Philips Group . Il pilote l’ensemble des activités du groupe en France liées au travail temporaire, de la mobilisation de cadres dirigeants en mission de transition à l’intérim d’expertise et au placement d’experts freelances. Ancien consultant et directeur de practice dans le recrutement, entrepreneur puis dirigeant chez Morgan Philips Group, il défend depuis plus 10 ans une vision assumée : management de transition, intérim et freelancing ne sont plus des plans B, mais des piliers du nouveau modèle du travail.

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