Lettre de la FNEP à Marisol Touraine sur la réforme des études de Kiné

4000
Quelques 4 000 emplois sont menacés par la réforme des études de
kinésithérapie.

Madame Marisol Touraine,
La Fédération Nationale de l'Enseignement Privé est le syndicat professionnel représentatif de l'ensemble des écoles privées indépendantes, dites « hors contrat ».


Parmi nos ressortissants, ceux qui préparent aux concours de santé sont aujourd'hui confrontés à une situation très préoccupante, qui pourrait conduire à une très forte diminution de leurs effectifs, voire à une disparition totale de la majorité de ces établissements.


Ce secteur d'activité représente environ 300 établissements, qui accueillent plus de 40 000 étudiants et emploient environ 8 000 salariés.


Suite à la lettre de cadrage du 25 janvier 2013 que vous aviez co-signée, nous avions compris que vous vous démarquiez des positions du précédent gouvernement et que vous aviez décidé de maintenir une pluralité des méthodes d'accès dans les différents IFMK. Nous nous félicitions alors d'une telle position.


Votre volonté de rechercher une harmonisation des connaissances acquises en sortie des deux principaux modes de recrutement existant (PACES d'un côté et classes préparatoires aux concours de l'autre côté) et la possibilité pour les étudiants d'obtenir un crédit de 60 ECTS à l'issue de cette année de préparation nous étaient apparues comme des évolutions logiques et justifiées.


Elles nécessitaient très certainement une refonte des contenus enseignés en classes préparatoires et donc de profondes remises en cause pour nos professeurs. Mais c'était un passage obligé auquel nous adhérions et auquel nous nous étions depuis, pour la plupart d'entre nous, préparés.


Des fonds d'intervention de l'OPCA de notre branche pouvaient être mobilisés à cette fin.


Cette évolution permettait en outre de faire que cette année soit plus adaptée aux études qui devaient ensuite être suivies.


Votre nouvelle lettre de cadrage du 9 décembre 2014 prévoit la prochaine universitarisation des concours d'entrée en Institut de formation en masso-kinésithérapie.


Si cette disposition devenait effective pour la rentrée en IFMK en septembre 2016, cela signifierait que les concours spécifiques d'admission en IFMK prévus en mars-avril 2016, seraient supprimés. Et que les classes prépas qui ont déjà commencé leurs inscriptions pour l'année 2015/2016 seraient mises en situation économique périlleuse. Pour environ 60 % de celles-ci, la préparation des concours de kinésithérapie est une activité essentielle dont la disparition ne pourrait être absorbée par le budget que représentent leurs autres activités, (les coûts de structures demeurant identiques).


Ceci entrainerait leur fermeture immédiate et le licenciement de plus de 4 000 salariés.


Pour les autres, les délais entre la validation du projet de suppression des concours, et donc des classes prépa, qui devrait n'être connu de manière certaine qu'en février ou mars prochains, ne leur laissera pas le temps nécessaire pour organiser une offre pédagogique de remplacement.


De même, il sera impossible dans un temps aussi court de procéder à la reconversion de leurs enseignants dans les matières spécifiques de la première année commune des études de santé, très sensiblement différentes de celles rencontrées en terminales, et donc en « prépa PCB ».


En outre, l'ouverture de formations susceptibles de leur assurer un emploi dans des cursus nécessitant leurs compétences (BTS diététique, optique ou autres) demande un agrément des autorités rectorales, exigé avant toute communication publicitaire.


De plus, les futurs étudiants ne pourront être informés en temps opportun des nouvelles filières qui pourraient accompagner leur projet éducatif.


Par ailleurs, nombreux sont les élèves désireux de devenir masseur-kinésithérapeute qui réussissent par la voie du concours kiné-PCB que ce soit dans des prépas privées, des prépas sous contrat ou des prépas publiques, alors que leur niveau en terminale est simplement « normal ».
Tandis que le niveau nécessaire pour réussir en PACES est, le plus souvent, proche (ou supérieur) à celui d'une mention bien, voire très bien.


Ces élèves sont aujourd'hui fort inquiets par ce qui est annoncé. Et notamment lorsqu'il s'agit de jeunes qui ont déjà passé une année, voire deux, en PACES avant de venir s'inscrire en prépa PCB. Quel choix auront-ils en 2015/2016 ?
Le constat est le même pour ceux qui résident dans des villes moyennes qui n'ont pas, et n'auront jamais, une UER de santé, de Staps ou de Biologie dans leur ville, malgré les délocalisations de la PACES qui ont été réalisées depuis quelques années, qui ne seront jamais à même de remplacer l'offre de formation des prépa kiné aujourd'hui dispensées dans un très grand nombre de villes « périphériques » de plus de 50 000 habitants.


Leur déménagement dans une ville universitaire représentera pour leur famille une charge financière beaucoup plus importante que le coût d'une année en classe de prépa kiné (environ 3 650 euros en moyenne nationale, à rapprocher du coût d'un logement et des frais de vie d'un jeune adulte pendant les 9 mois d'une année en faculté).


Nos adhérents considèrent que tous ces éléments n'ont apparemment pas été suffisamment pris en considération lors de la réflexion qui a conduit à envisager la suppression des concours kiné.


C'est pourquoi ils demandent que soit ouvert un vrai débat sur le maintien d'un double accès, universitaire et par classes prépa, celles-ci devant alors conclure des conventions avec les universités pour s'assurer que le contenu de ces cursus rénovés apporte des connaissances pertinentes pour de futurs masseurs-kinésithérapeutes. Et que ces cursus puissent apporter, au terme d'une année d'études qui pourrait être clôturée par un examen classant, 60 ECTS à tous ceux qui auraient obtenus une moyenne supérieure à 10, sans toutefois atteindre le résultat permettant d'intégrer un IFMK. Ces classes prépa rénovées auraient le mérite de maintenir un maillage territorial satisfaisant et de pouvoir préfigurer une voie de « sélection formatrice » pour d'autres concours paramédicaux.


Nous souhaitons en effet attirer votre attention sur le fait que les 300 écoles de préparation aux concours paramédicaux accueillent à ce jour environ 40 000 étudiants, dont l'intégration dans le service public universitaire représenterait, à terme et selon les statistiques de la loi de finances pour 2014, environ 400 millions d'euros (sur la base de 10 500 euros par étudiant et par an).


La FNEP, seule organisation professionnelle représentative de la branche souhaite éviter l'inéluctable précarisation de l'ensemble des acteurs d'un secteur entier de la profession.


Celle-ci n'a d'intérêt :


ni pour nos élèves actuels (qui perdraient la possibilité de devenir Kinésithérapeute) ;
ni pour nos collaborateurs (qui perdraient leur emploi) ;
ni pour l'Etat (qui perdrait d'importantes rentrées fiscales et subirait le financement indirect de l'impact social de la suppression des concours) ;
ni pour les écoles Kiné (qui seraient le second ou troisième choix des candidats après médecine et non plus le premier choix après concours) ;
ni pour les Universités (qui supporteraient le coût de la gestion de plus 5000 élèves supplémentaires).


Notre souhait est triple :


éviter un sinistre social de plusieurs milliers de postes difficilement ré-insérables ;
permettre que des élèves « moyens mais travailleurs », ne soient pas conduits au désespoir ;
participer à une réforme de l'accès aux études paramédicales en réfléchissant, ensemble, à des dispositifs permettant d'accueillir dans les classes prépa, y compris dans les établissements privés, des élèves issus de tous les milieux sociaux, pour les conduire au métier qu'ils ont choisi.


Je vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Ministre, l'expression de ma parfaite considération.

Pétition contre la suppression des concours d'entrée en école de kiné


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Patrick Roux

Patrick Roux est licencié ès sciences économiques, diplômé de l'Institut d'études politiques et diplômé de troisième cycle en droit public et en histoire. Après dix ans passés dans le monde du conseil, il crée une école privée en 1985. Depuis quinze ans, il préside un groupe associatif réunissant 12 écoles privées à Toulouse, et anime un réseau pédagogique de 25 écoles en France. Il est actuellement président de la FNEP (Fédération nationale de l'enseignement privé) – seul syndicat d'employeurs représentatif de l'enseignement privé indépendant – et participe au Comité directeur de la FEDE (Fédération européenne des écoles). Il siège également au Conseil économique et social de sa région.