Le but d'une vie est-il forcément d'arrêter de travailler ?

en 1981, un français sur deux n'atteignait pas 60 ans et donc l'âge
légal de la retraite.. Et donc travaillait jusqu'à la fin de sa vie
sans que cela ne paraisse particulièrement choquant !

L'équilibre des retraites conditionne l'avenir et pose une question de justice. Aucune réforme ne pourra passer sans heurter une partie des parties prenantes, mais à ne rien faire, on mécontente tout le monde car une chose est sûre, les Français savent qu'ils sont face à un problème majeur.

Le système en vigueur par répartition repose sur le principe d'une solidarité intergénérationnelle. Excellent principe, mais les données ont changé. Le système continue de fonctionner comme il y a soixante ans, quand les jeunes étaient tous au travail et qu'en moyenne les vieux mourraient moins de dix ans après leur départ en retraite.
Aujourd'hui, les jeunes peinent à entrer dans le monde du travail et l'espérance de vie au moment du départ en retraite est de plus de vingt-cinq ans.
Autant il est juste d'accorder un repos financé par les actifs à ceux qui ont travaillé tout une vie, autant on peut se demander le sens d'un si long temps d'oisiveté aux frais de la société.

Comme si le but de la vie était l'oisiveté

Comme si le travail n'était que corvée, pénibilité, aliénation. Alors que, comme l'écrivait si bien Jean-Paul II : "Le but du travail reste toujours l'homme lui-même". Le travail reconnu, organisé et rémunéré est ce qui permet à chacun de se construire et de prendre place dans la société ; en tant que participation à la marche du monde et à l'effort collectif, il réunit les hommes et confirme à chacun sa dignité.

Certes, certains travaux sont physiquement usants. Il est normal d'en tenir compte, comme pour les cheminots quand les locomotives brûlaient du charbon. Mais attention, on peut voir du stress partout et en faire une pénibilité reviendrait à rendre négative la valeur du travail, ce qui est faux. Les épreuves, les combats, grandissent les personnes, et pas seulement quand s'ensuivent des succès.

Il faut cesser de faire supporter au travail toutes les attentes de la société et particulièrement le coût de la protection sociale. Le patronat chrétien est fier d'avoir, en son temps, contribué à la création des allocations familiales. Aujourd'hui, c'est à la nation dans son ensemble de prendre en charge, sur le budget de l'Etat, ce qui fonde le vivre ensemble, tandis que le travail devenu trop rare dans notre pays doit y être rendu plus compétitif. Là aussi, les principes demeurent mais les paramètres changent et la fidélité aux principes ne saurait être confondue avec l'inertie dans leur application.

Réhabiliter le travail, c'est aussi comprendre qu'il est affaire de dynamique, que l'emploi crée l'emploi. Des départs en retraite plus tardifs, parce qu'ils allègent le coût du travail, sont, paradoxe apparent seulement, favorables à l'emploi et notamment à l'entrée des jeunes dans la vie active.

Il est temps de redonner le goût du travail aux jeunes

Et de leur montrer que « dans la vraie vie le travail est vivant » épanouissant et enrichissant comme l'affirme l'économiste Pierre-Yves Gomez dans son dernier ouvrage. Les EDC ont pris conscience de cette urgence avec le « Manifeste pour la première embauche » afin que nous « employeurs » traduisions cette affirmation du travail vivant par des actions concrètes dans nos entreprises.

Enfin, il est temps de s'affranchir de normes appliquées sans nuance à des parcours qui sont de plus en plus différenciés et individualisés. Sans entrer dans la technique, l'idéal est une formule de points permettant à chacun d'engranger des droits selon son activité et d'user de ses droits en arbitrant librement entre niveau de pension et date d'arrêt d'activité. C'est aussi une manière de respecter chaque personne.

Bref, le statu quo est la pire des injustices.


A découvrir

Robert Leblanc

Robert Leblanc, 55 ans, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, docteur en stratégie des organisations, a commencé sa carrière dans le monde du conseil (Andersen Consulting) qu'il poursuit à la Bourse de Paris puis dans le secteur de l'assurance, d'abord chez Axa, où il dirige la filiale dédiée aux courtiers, ensuite chez Siaci, une société de courtage. En octobre 2009, Robert Leblanc devient Président de la filiale française d'Aon, n°1 mondial du courtage d'assurance et de réassurance. Il préside également le Comité Ethique du Medef et le mouvement des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens.