Sotheby's dans la tourmente des affaires

La maison américaine de vente aux enchères connait depuis quelques mois de nombreux remous. Elle a été récemment rachetée par l'homme d'affaires Patrick Drahi, mais cette vente est remise en cause par certains de ses actionnaires qui contestent les prix, sur fond de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. La célèbre maison est accusée par certains d'être complice de transactions douteuses.

C'est peu dire que la maison de vente aux enchères américaine Sotheby's traverse une période délicate. En juin dernier, l'homme d'affaires français Patrick Drahi, fondateur du groupe Altice, avait annoncé une offre de rachat de 3,7 milliards de dollars, et semblait avoir mis la main sur une poule aux œufs d'or. En perte de vitesse, certes – l'action a perdu 40 % l'an dernier du fait du ralentissement du marché de l'art mondial –, mais une belle affaire tout de même – au premier semestre 2019, Sotheby's a adjugé pour 2,6 milliards de dollars d'œuvres.

Guerre commerciale

C'était sans compter la contre-attaque des actionnaires de la maison américaine. Le fonds britannique RWC Partners, détenteur de 2,5 % de Sotheby's, est ainsi monté au créneau pour contester le prix et les modalités de vente, reprochant au conseil d'administration de n'avoir pas privilégié Taikang Lige Insurance, le premier actionnaire (17 % du capital), au départ considéré comme potentiel repreneur.

Problème, ce dernier, également actionnaire de la maison de vente aux enchères privée China Guardian, pourrait venir alimenter la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Cette dernière considère, à raison, le marché de l'art comme un secteur extrêmement stratégique. Certaines hypothèses prêtent de semblables ambitions à Poly Group, un conglomérat d'Etat chinois spécialisé dans l'immobilier et le commerce de l'art, qui aurait toutefois moins de chance de retenir « l'attention du conseil d'administration de Sotheby's », expliquent Les Echos.

« Sotheby's savait »

Outre son rachat problématique, la maison de vente est également dans la balance de la justice, dans une affaire qui l'oppose au milliardaire russe Dmitri Rybolovlev. Ce dernier lui réclame pas moins de 380 millions d'euros. Motif : la « plus grande fraude artistique de l'histoire », estiment le président du club de football de l'AS Monaco et ses avocats. Dmitri Rybolovlev accuse Yves Bouvier, homme d'affaires suisse et marchand d'art, d'avoir surestimé le prix de certains tableaux qu'il lui a procurés, afin d'obtenir quelque importante commission. Une duperie dont Sotheby's serait... la complice.

Car Yves Bouvier aurait entretenu des relations serrées avec Samuel Valette, le vice-président de Sotheby's, en charge des ventes privées. D'après le magazine Forbes, ce dernier aurait par exemple estimé que l'oeuvre "Tête" de l'artiste Modigliani coûtait entre 70 et 90 millions d'euros, mais aurait proposé de la vendre à Yves Bouvier pour le tiers du prix indiqué dans l'évaluation officielle qui devait être faite... à Dmitri Rybolovlev. Sur les 38 œuvres acquises par le Russe, grâce à l'entregent de Bouvier, « un tiers des transactions était passé par la maison de vente aux enchères ». « Sotheby's savait, au moment de conclure les contrats, que Bouvier avait l'intention de facturer un supplément non divulgué supérieur au prix de l'acquisition », clament les avocats de Dmitri Rybolovlev. Parmi les œuvres dans la balance, on s'en souvient, le fameux Salvator Mundi de Leonard de Vinci, qui a gagné depuis le superlatif de « tableau le plus cher du monde ». Toujours selon le magazine Forbes, « Bouvier a escroqué Rybolovlev à hauteur de plus d'1 milliard de dollars ».

Courtier ou marchand ? Ami ou ennemi ? Juteuse affaire ou immense arnaque ? Les frontières semblent poreuses dans le secteur de l'art. Et la multiplication des affaires et des scandales donne le tournis, tant les sommes en jeu sont devenues considérables. En 2016, cinquante personnes - dont dix commissaires-priseurs - de l'Hôtel Drouot, étaient poursuivies pour de nombreux vols. On parlait alors de « l'un des plus gros scandales du marché de l'art ». En 2018, un tableau, « Girl with Balloon », signé Banksy s'autodétruisait dans une vente aux enchères, alors qu'il venait d'être adjugé pour environ 980 000 euros. Pour certains, ce fut un coup de génie. Pour d'autres, la plus grosse imposture de toute l'Histoire de l'art.


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