Washington est dysfonctionnel, mais la critique ne peut pas être généralisée

La période des fêtes commence aux Etats-Unis avec le risque d’un shutdown et une nouvelle démission de ministre. Ce n’est pas pour autant que tout marche à l’envers dans la capitale fédérale.

On insistait l’autre jour (cf. L’Eco du Matin de mercredi dernier : la politique économique américaine en question) sur le caractère dysfonctionnel de Washington. Le marché paraît bien s’être emparé de cette question et deux évènements ou développements récents viennent le justifier. Tout d’abord, le Président Trump refuse de signer des engagements de dépense permettant de financer certains programmes fédéraux. Au titre d’un Congrès qui n’arrive pas à se mettre d’accord sur le financement d’un mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. La Chambre des représentants (qui conserve une majorité républicaine jusqu’en début d’année prochaine) est favorable, mais pas le Sénat. Une fermeture partielle des administrations centrales s’enclenchera, si un compromis n’est pas trouvé d’ici à ce soir. Bien sûr, les dépenses obligatoires ne devraient pas être concernées par ce shutdown et 75% des dépenses discrétionnaires ont déjà été autorisées. L’impact économique sera très vraisemblablement limité. En se souvenant par ailleurs que ce type d’épisode est habituellement de courte durée ; un arrangement finit normalement par être trouvé. Si le marché s’intéresse au sujet, c’est sans doute parce qu’il est révélateur du fonctionnement politique chaotique de Washington.

Ainsi et ensuite Jim Mattis, le ministre de la Défense, vient de démissionner. La décision envoie deux messages qui participent de la préoccupation des marchés. Premièrement, l’instabilité importante dans les premiers cercles de la Maison Blanche est confirmée. Comment alors assurer une permanence dans les politiques engagées ? Deuxièmement, Mattis était sans doute l’un des rares garants au sein de l’Administration Trump de l’engagement du pays en faveur de la préservation d’une organisation du monde fondée sur des valeurs libérales. Faut-il redouter un environnement international plus instable ?

Le marché a au moins en partie raison de questionner le rôle de Washington comme producteur de stabilité dans l’environnement économique et politique. Ce qui ne signifie qu’il soit forcément fondé d’élargir ce regard à la fois critique et inquiet à l’action de la Fed. On l’a vu hier ; les opérateurs et les investisseurs questionnent le diagnostic de la banque centrale américaine. Le message envoyé par les évolutions boursières pointe en direction d’un ralentissement de la croissance économique. Il deviendrait alors contreproductif de poursuivre le relèvement du taux directeur, même à un moindre rythme.

Est-ce exact ? Disons deux choses. D’abord, il est vrai que les messages envoyés par les indicateurs économiques et boursiers sont contradictoires. Les premiers sont dans l’ensemble rassurants tandis que les seconds appellent à la vigilance, voire inquiètent. Ensuite, si on suit les relations usuelles observées sur le passé, la dégradation des conditions financières ne semble pas si marquée qu’elle puisse, au moins pour le moment, envoyer un message particulièrement sombre sur le profil de la croissance à l’horizon des prochains trimestres.

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Dans ce monde qui reste (encore ?) ouvert, il est probablement utile d’« élargir ses horizons » en matière de réglage monétaire. Si le marché exprime une certaine critique par rapport à l’action de la Fed, les diagnostics ou les initiatives d’autres grandes banques centrales s’inscrivent surement davantage sur la trajectoire des anticipations du moment. D’abord la Banque du Japon maintient son réglage ultra-accommodant et laisse entendre que son soutien à l’économie pourrait augmenter si nécessaire. Ensuite, la Banque d’Angleterre décide à l’unanimité de stabiliser son taux directeur, en pointant des risques à la baisse sur la croissance et sur l’inflation. Enfin la PBoC (People Bank of China) poursuit dans la voie de l’assouplissement monétaire « mesuré et ciblé ». Elle vient de lancer un programme, qui s’apparente au TLTRO de la BCE, dans le but de favoriser le financement bancaire aux entreprises privées, dont les PMEs.

Ainsi va l’environnement des marchés. Cet Eco du Marin est le dernier de l’année. Stéphane et moi vous souhaitons de très bonnes fêtes. Nous vous retrouverons le 2 janvier avec l’ambition de continuer à vous apporter des éclairages utiles à vos réflexions et à vos décisions d’investissement.


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Hervé Goulletquer

Hervé Goulletquer est stratégiste de la Direction de la gestion de La Banque Postale Asset Management depuis 2014. Ses champs d’expertises couvrent l’économie mondiale, les marchés de capitaux et l’arbitrage entre classe d’actifs. Il produit une recherche quotidienne et hebdomadaire, et communique sur ces thèmes auprès des investisseurs français et internationaux.

Après des débuts chez Framatome, il a effectué toute sa carrière dans le secteur financier. Il était en dernier poste responsable mondial de la recherche marchés du Crédit Agricole CIB, où il gérait et animait un réseau d’une trentaine d’économistes et de stratégistes situés à Londres, Paris, New York, Hong Kong et Tokyo.

Il est titulaire d’une maîtrise d’économétrie, d’un DEA de conjoncture et politique économique et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris.