107 milliards de déficit : la France coule, et personne ne s’affole

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By Jean-Baptiste Giraud
107 milliards de déficit : la France coule, et personne ne s'affole
107 milliards de déficit : la France coule, et personne ne s'affole - © Economie Matin

En six mois seulement, l'État français a accumulé 106,8 milliards d'euros de déficit. C'est plus qu'en 2025 à la même période. Pendant ce temps, nos gouvernants débattent de règles d'or et de plans de redressement. Pendant ce temps, la France s'enfonce.

106,8 Mds €

Le déficit de l'État français au premier semestre 2026 — soit environ 590 euros de dette nouvelle par Français, enfants compris, en seulement six mois.

Le compteur tourne, et personne ne coupe le robinet

Permettez-moi d'aller droit au but : 106,8 milliards d'euros de déficit en six mois, c'est une catastrophe industrielle. Si une entreprise privée affichait de tels chiffres à mi-année, ses banquiers seraient déjà dans les locaux, les huissiers dans le couloir. Ses dirigeants seraient convoqués en urgence par les actionnaires. Il y aurait des têtes qui tomberaient.

Mais voilà : nous sommes en France, nous parlons de l'État, et donc… rien. Ou presque. Quelques commentaires policés dans les journaux du soir, quelques questions à l'Assemblée nationale, et le train continue de rouler à toute vitesse vers le précipice.

Ce chiffre publié mardi 4 août par le ministère des Finances n'est pas une surprise pour qui suit de près les finances publiques françaises. C'est la conséquence mécanique et prévisible d'un État qui dépense structurellement plus qu'il ne reçoit, depuis des décennies, sans jamais trouver le courage politique de remettre les comptes à plat. À mi-année 2025, le déficit était déjà abyssal. En 2026, il est pire. La trajectoire est limpide : nous allons dans le mur.

La règle d'or ne sert à rien si la volonté politique est absente

Certains, à commencer par Édouard Philippe dans sa campagne présidentielle, agitent l'idée d'une règle d'or budgétaire inscrite dans la Constitution. L'idée n'est pas mauvaise en soi — l'Allemagne l'a adoptée avec son célèbre *Schuldenbremse* en 2009, et cela lui a permis de discipliner sérieusement ses comptes publics pendant plus d'une décennie. La Suisse pratique depuis encore plus longtemps un frein à l'endettement qui force l'État fédéral à équilibrer son budget sur le cycle économique.

Mais force est de constater que les règles ne valent que ce que valent ceux qui les appliquent. La France a déjà des règles budgétaires européennes — les fameux 3 % de déficit et 60 % de dette du traité de Maastricht. Elle les viole allègrement depuis des années sans que personne ne la sanctionne vraiment. Inscrire une nouvelle règle dans le marbre constitutionnel sans changer la culture de la dépense publique, sans réformer l'État en profondeur, sans couper dans les subventions inefficaces et les doublons administratifs, ce serait comme installer un tableau de bord plus précis sur une voiture dont on a coupé les freins.

Ce que personne ne veut dire clairement

Je vais dire ce que beaucoup pensent tout bas : le problème français n'est pas un problème de recettes. Nous sommes déjà le pays le plus taxé de l'OCDE, avec un taux de prélèvements obligatoires qui dépasse 45 % du PIB. Lever de nouveaux impôts ne ferait qu'étrangler davantage les entreprises et les ménages, sans résoudre le fond du problème.

Le fond du problème, c'est une dépense publique qui représente environ 57 % du PIB — contre 44 % en Allemagne, 43 % aux Pays-Bas. C'est là que se jouent nos dix à quinze points d'écart. C'est là, et nulle part ailleurs.

107 milliards de déficit en six mois : ce n'est pas un signal d'alarme. C'est une sirène. La question est : y a-t-il encore quelqu'un aux commandes pour l'entendre ?

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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