En six mois seulement, l'État français a accumulé 106,8 milliards d'euros de déficit. C'est plus qu'en 2025 à la même période. Pendant ce temps, nos gouvernants débattent de règles d'or et de plans de redressement. Pendant ce temps, la France s'enfonce.
106,8 Mds €
Le déficit de l'État français au premier semestre 2026 — soit environ 590 euros de dette nouvelle par Français, enfants compris, en seulement six mois.
Le compteur tourne, et personne ne coupe le robinet
Permettez-moi d'aller droit au but : 106,8 milliards d'euros de déficit en six mois, c'est une catastrophe industrielle. Si une entreprise privée affichait de tels chiffres à mi-année, ses banquiers seraient déjà dans les locaux, les huissiers dans le couloir. Ses dirigeants seraient convoqués en urgence par les actionnaires. Il y aurait des têtes qui tomberaient.
Mais voilà : nous sommes en France, nous parlons de l'État, et donc… rien. Ou presque. Quelques commentaires policés dans les journaux du soir, quelques questions à l'Assemblée nationale, et le train continue de rouler à toute vitesse vers le précipice.
Ce chiffre publié mardi 4 août par le ministère des Finances n'est pas une surprise pour qui suit de près les finances publiques françaises. C'est la conséquence mécanique et prévisible d'un État qui dépense structurellement plus qu'il ne reçoit, depuis des décennies, sans jamais trouver le courage politique de remettre les comptes à plat. À mi-année 2025, le déficit était déjà abyssal. En 2026, il est pire. La trajectoire est limpide : nous allons dans le mur.
La règle d'or ne sert à rien si la volonté politique est absente
Certains, à commencer par Édouard Philippe dans sa campagne présidentielle, agitent l'idée d'une règle d'or budgétaire inscrite dans la Constitution. L'idée n'est pas mauvaise en soi — l'Allemagne l'a adoptée avec son célèbre *Schuldenbremse* en 2009, et cela lui a permis de discipliner sérieusement ses comptes publics pendant plus d'une décennie. La Suisse pratique depuis encore plus longtemps un frein à l'endettement qui force l'État fédéral à équilibrer son budget sur le cycle économique.
Mais force est de constater que les règles ne valent que ce que valent ceux qui les appliquent. La France a déjà des règles budgétaires européennes — les fameux 3 % de déficit et 60 % de dette du traité de Maastricht. Elle les viole allègrement depuis des années sans que personne ne la sanctionne vraiment. Inscrire une nouvelle règle dans le marbre constitutionnel sans changer la culture de la dépense publique, sans réformer l'État en profondeur, sans couper dans les subventions inefficaces et les doublons administratifs, ce serait comme installer un tableau de bord plus précis sur une voiture dont on a coupé les freins.
Ce que personne ne veut dire clairement
Je vais dire ce que beaucoup pensent tout bas : le problème français n'est pas un problème de recettes. Nous sommes déjà le pays le plus taxé de l'OCDE, avec un taux de prélèvements obligatoires qui dépasse 45 % du PIB. Lever de nouveaux impôts ne ferait qu'étrangler davantage les entreprises et les ménages, sans résoudre le fond du problème.
Le fond du problème, c'est une dépense publique qui représente environ 57 % du PIB — contre 44 % en Allemagne, 43 % aux Pays-Bas. C'est là que se jouent nos dix à quinze points d'écart. C'est là, et nulle part ailleurs.
107 milliards de déficit en six mois : ce n'est pas un signal d'alarme. C'est une sirène. La question est : y a-t-il encore quelqu'un aux commandes pour l'entendre ?

