La dette publique française vient de franchir un nouveau seuil symbolique : 119 % du PIB, soit 3 595 milliards d'euros. Pendant ce temps, les candidats à la présidentielle 2027 rivalisent de promesses sur les retraites, et Stellantis met ses usines au chômage partiel. La France n'est plus au bord du précipice : elle y danse.
340 Mds€
Le montant record que la France devra emprunter sur les marchés financiers en 2027, rien que pour refinancer ses dettes et couvrir ses déficits.
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Bienvenue dans l'ère du jamais-vu
Il faut remonter à l'après-guerre pour trouver une dette publique aussi lourde en proportion de notre richesse nationale. 119 % du PIB. Trois mille cinq cent quatre-vingt-quinze milliards d'euros. Des chiffres tellement astronomiques qu'ils en deviennent abstraits. Alors permettez-moi de les rendre concrets : chaque Français — nourrisson compris — porte sur ses épaules environ 52 000 euros de dette publique. Une dette qu'il n'a pas contractée lui-même, mais que ses élus ont accumulée en son nom, décennie après décennie, à coups de dépenses publiques incontrôlées, de niches fiscales distribuées comme des bonbons et de réformes structurelles perpétuellement repoussées.
Et 2027 s'annonce encore plus vertigineux. La France devra emprunter 340 milliards d'euros sur les marchés — un record absolu. Pour financer quoi ? D'abord le refinancement des anciennes dettes qui arrivent à échéance. Puis le déficit courant. Bref, pour payer les intérêts de la dette avec de la nouvelle dette. Ce que n'importe quel ménage ou chef d'entreprise sait être le début de la fin. Les marchés, eux, ont déjà commencé à faire les comptes. Le "risque France" a un coût, et ce coût monte.
Une campagne présidentielle en apesanteur
Face à cette réalité brutale, que propose-t-on aux Français ? Une grande compétition entre candidats pour savoir à quel âge ils partiront à la retraite. Édouard Philippe annonce 65 ans et 45 annuités. Bruno Retailleau surenchérit. Gabriel Attal ajuste. Force est de constater que personne ne parle vraiment de l'essentiel : comment réduire une dépense publique qui représente désormais 57 % du PIB, soit le niveau le plus élevé de toute l'Union européenne ?
Nos voisins allemands ont fait le choix inverse. Malgré leurs propres difficultés conjoncturelles, Berlin a inscrit dans sa Constitution le fameux "frein à l'endettement", qui interdit structurellement les déficits excessifs. Les Suisses, eux, affichent une dette à peine supérieure à 40 % du PIB. La différence ? Une culture politique qui assume de dire non aux dépenses non financées. En France, dire non à quoi que ce soit, c'est perdre une élection. Alors on dit oui à tout, et on envoie la facture aux générations suivantes.
Stellantis, canari dans la mine
L'actualité industrielle de cette rentrée dit quelque chose de plus profond encore. Stellantis met quatre usines françaises au chômage partiel. Le symbole est cruel : l'automobile, fleuron historique de notre industrie, est en train de se faire laminer entre la concurrence chinoise et le coût du travail français. Quand la dette publique explose, les taux d'intérêt montent, le crédit se renchérit pour les entreprises, l'investissement recule, et les emplois partent. Le lien est direct, mécanique, implacable.
Je dis souvent que la dette, c'est l'impôt de demain. Mais à 119 % du PIB, "demain" commence aujourd'hui. Le prochain gouvernement — quel que soit son bord — n'aura plus le luxe de choisir : il sera contraint. La vraie question de la présidentielle 2027 n'est pas l'âge de départ à la retraite. C'est de savoir lequel de ces candidats aura le courage de dire la vérité aux Français avant que les marchés ne le fassent à leur place.

