17 500 défaillances d’entreprises au T2 2026, la crise frappe les TPE

Le deuxième trimestre 2026 enregistre 17 486 défaillances d’entreprises en France, soit 5,4 % de plus qu’un an plus tôt, selon Altares. Les très petites entreprises et les structures de moins de trois ans subissent de plein fouet cette dégradation, même si l’impact sur l’emploi recule paradoxalement de 9,5 %.

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By La rédaction Published on 16 juillet 2026 13h06
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faillite, france, risque, marchés, CDS - © Economie Matin
66,3%Les liquidations judiciaires directes représentent 66,3 % des procédures

Le chiffre est têtu : 17 486 défaillances d'entreprises au deuxième trimestre 2026. Soit 5,4 % de plus qu'un an auparavant. Et surtout, un niveau supérieur de près de 40 % à celui observé avant la crise sanitaire, lorsque le compteur tournait autour de 13 000 procédures par trimestre. Autrement dit, la France économique continue de digérer, tant bien que mal, les chocs successifs de ces dernières années. Mais cette fois, ce ne sont plus les grandes structures qui trinquent : ce sont les toutes petites, les jeunes, celles qui n'ont ni matelas de trésorerie, ni accès facile au crédit, ni marge de manœuvre face à la moindre secousse.

L'étude publiée par Altares, spécialiste de la donnée d'entreprise, confirme ce que beaucoup pressentaient sur le terrain : la vague de défaillances ne faiblit pas, elle se déplace. Elle frappe désormais en priorité les entreprises de moins de trois salariés, dont le nombre de défauts bondit de 8,3 % sur un an, pour atteindre 13 185 procédures. Ces structures concentrent à elles seules 75 % des défaillances totales. En face, les entreprises de 3 à 19 salariés affichent un recul de 3,3 %, signe que la pression se relâche légèrement sur les PME classiques. Mais ce répit relatif ne doit pas faire illusion.

Les jeunes entreprises paient le prix fort

Autre enseignement de cette étude : les entreprises de moins de trois ans sont en première ligne. Leur nombre de défaillances grimpe de 12,7 % sur un an, pour atteindre 2 248 procédures au deuxième trimestre. Plus des trois quarts se soldent par une liquidation judiciaire directe, c'est-à-dire sans espoir de rebond. Il ne s'agit pas, pour l'essentiel, de micro-entreprises ou d'auto-entrepreneurs, mais bien de sociétés commerciales classiques, souvent dans la restauration, la vente automobile ou le second œuvre du bâtiment. Des secteurs exposés, cycliques, où la moindre baisse de la demande peut faire basculer une trésorerie fragile.

Le problème, c'est que ces jeunes structures portent l'essentiel de la dynamique entrepreneuriale française. Elles incarnent la prise de risque, l'innovation au sens large, la capacité à renouveler le tissu économique. Lorsqu'elles disparaissent massivement avant même d'avoir atteint leur maturité, c'est tout un écosystème qui s'appauvrit. Et ce n'est pas un phénomène marginal : les entreprises de 3 à 5 ans totalisent 4 913 défaillances, en hausse de 5,1 %, tandis que celles de 6 à 10 ans en comptent 4 665, soit 3,1 % de plus.

L'emploi menacé recule, mais le signal est trompeur

Paradoxalement, le nombre d'emplois menacés par ces défaillances recule de 9,5 % sur un an, pour s'établir à 58 830 salariés. Un chiffre qui peut sembler rassurant, mais qui traduit en réalité la petite taille des structures qui tombent. Lorsqu'une entreprise de deux salariés disparaît, l'impact social est limité. Lorsqu'une PME de cinquante personnes met la clé sous la porte, c'est un drame local. Or, ce sont justement les toutes petites structures qui défaillent en masse aujourd'hui, ce qui modère mécaniquement l'effet sur l'emploi global.

Reste que la tendance de fond est préoccupante. Les liquidations judiciaires directes représentent 66,3 % des procédures, soit 11 591 jugements au deuxième trimestre, en hausse de 4,8 %. Ces liquidations signifient la fin pure et simple de l'activité, sans possibilité de redressement. À l'inverse, les redressements judiciaires progressent de 7,1 %, pour atteindre 5 546 procédures, soit 31,7 % du total. Un léger mieux, certes, mais qui ne suffit pas à inverser la dynamique.

Construction et commerce : des secteurs sous haute tension

Du côté des secteurs, les contrastes sont saisissants. La construction affiche une stabilité apparente, avec 4 148 défaillances, soit une baisse de 0,8 % sur un an. Mais cette moyenne cache des réalités opposées. Le gros œuvre se redresse nettement, avec 1 054 défaillances en recul de 12,4 %, porté par la maçonnerie et la construction de maisons individuelles. Le second œuvre suit, avec une baisse de 5,5 %, grâce notamment aux travaux électriques et aux équipements thermiques.

En revanche, l'immobilier flambe. La promotion immobilière enregistre 276 défaillances, en hausse de 87,8 % sur un an. Ce taux spectaculaire s'explique en partie par l'envolée des défauts de supports juridiques de programmes immobiliers, dont plus de la moitié sont liés au groupe HPL. Les travaux publics ne sont pas épargnés non plus, avec 197 défaillances en hausse de 8,8 %, tirées par les activités de terrassement.

Le commerce, lui, progresse de 1,9 %, avec 3 466 défaillances. Mais là encore, les évolutions sont contrastées. L'automobile pèse lourd, avec une hausse de 11 % pour le commerce de voitures et de 28 % pour l'entretien-réparation. Le commerce de détail, en revanche, recule légèrement de 1 %, porté par l'amélioration dans le bricolage, l'équipement du foyer et l'habillement. Les librairies, elles, voient leurs défaillances bondir de 58 %, signe des mutations profondes du secteur.

Les services aux entreprises décrochent

C'est peut-être le signal le plus inquiétant de cette étude : les services aux entreprises enregistrent 2 562 défaillances, en hausse de 13,9 % sur un an. Les activités scientifiques et techniques totalisent à elles seules 1 191 procédures, contre 1 038 un an plus tôt. Le conseil en communication et en gestion progresse de 19,6 %, l'architecture et l'ingénierie de 14 %. Autrement dit, les métiers du support, ceux qui accompagnent les entreprises dans leur développement, sont eux-mêmes en difficulté. Un signe que la demande faiblit, que les budgets se resserrent, que les carnets de commandes se vident.

L'industrie, elle, stabilise son volume de défaillances autour de 1 000 procédures, soit une baisse de 0,5 %. Mais là encore, les équilibres sont fragiles. L'agroalimentaire se dégrade légèrement, avec 381 défaillances contre 371 un an plus tôt. La boulangerie-pâtisserie limite les dégâts, mais les brasseurs et les transformateurs de viandes subissent de plein fouet la hausse des coûts. L'industrie manufacturière résiste globalement, mais les matériaux de construction explosent, avec une hausse de 55 % des défaillances, portée par la filière bois.

Un diagnostic sans complaisance

Au total, 37 700 entreprises ont fait défaut sur les six premiers mois de l'année, soit 1 500 de plus qu'au premier semestre 2025. Les deux tiers sont tombées directement en liquidation. Les procédures de sauvegarde, censées permettre un redressement préventif, demeurent marginales : 349 ouvertures au deuxième trimestre, soit 2 % du total, contre plus de 3 % en 2023. Un chiffre qui illustre la difficulté à anticiper les difficultés, ou peut-être le manque de moyens pour le faire.

La moitié des régions françaises affiche une amélioration relative, mais la région Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième pôle économique du pays, reste dans le rouge. Le monde agricole, lui, est sous tension croissante, même si les chiffres détaillés ne sont pas précisés dans l'étude. Bref, le tableau est contrasté, mais la tendance de fond reste préoccupante. La France économique continue de naviguer en eaux troubles, et les plus fragiles paient le prix fort.

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