Dans un climat où les voitures électriques ont le vent en poupe, une marque censée en incarner l’avenir semble faire marche arrière sur le Vieux Continent. À contrecourant du marché, Tesla trébuche lourdement en Europe, mais pourquoi ?
Effondrement de Tesla en Europe : quand Musk ruine sa propre image

Le 6 mai 2025, plusieurs publications majeures ont tiré la sonnette d’alarme : les ventes de Tesla en Europe se sont effondrées en avril. Un effondrement spectaculaire, inédit dans l’histoire récente du constructeur de voitures électriques. Alors que la firme californienne dominait jusqu’à peu le segment des véhicules zéro émission, elle enchaîne désormais les déconvenues.
Ventes de Tesla en Europe : des chiffres catastrophiques en avril 2025
En avril 2025, Tesla a connu une dégringolade de ses immatriculations dans presque tous ses marchés européens clés. En Suède, les ventes se sont effondrées de 81 %, tandis que la baisse atteint 74 % aux Pays-Bas, 67 % au Danemark, 62 % au Royaume-Uni, 59 % en France, 55 % en Belgique, 46 % en Allemagne, et 36 % en Espagne. Ces chiffres ont été compilés à partir des données des associations nationales d’immatriculations, notamment via Bloomberg et Electrek, et rapportés par Axios le 6 mai 2025.
Le contraste est d’autant plus saisissant que l’ensemble du marché des voitures électriques continue de croître. En Allemagne par exemple, les immatriculations de véhicules 100 % électriques ont bondi de 53,5 % sur un an, alors que Tesla affichait dans le même temps une baisse de 46 %. En Grande-Bretagne, où les ventes globales de voitures neuves chutent, le segment des véhicules électriques a progressé de 8,1 %, mais Tesla, lui, a enregistré seulement 512 immatriculations, contre 1 404 un an plus tôt, selon Ars Technica.
Tesla s’effondre en Bourse : l'Europe devient un boulet financier
L’impact de cette chute européenne s’est immédiatement répercuté sur le cours de l’action Tesla. Les investisseurs ont sanctionné la marque dès l’ouverture de Wall Street, provoquant une chute de près de 6 % du titre en une séance. L’Europe, qui représentait un levier de croissance majeur, est désormais perçue comme un facteur de risque structurel, au même titre que le ralentissement de la production aux États-Unis.
Ce désamour du marché n’est pas sans fondement : l’usine allemande de Grünheide, à la périphérie de Berlin, a produit bien en deçà de sa capacité annuelle de 375 000 véhicules. Or, Tesla a déclaré dans son rapport du premier trimestre avoir une capacité mondiale de 2,35 millions de véhicules, mais seulement 1,8 million ont été vendus en 2024.
Entre déclin d’image et erreurs stratégiques, la machine Tesla s’enraye
Mais les chiffres, aussi brutaux soient-ils, ne racontent qu’une partie de l’histoire. Tesla ne paie pas seulement ses lacunes industrielles, elle paye le prix d’un positionnement idéologique controversé. Depuis plusieurs mois, Elon Musk affiche son soutien à l’administration Trump et à des mouvements politiques d’extrême droite en Europe, provoquant une vague de protestations et de vandalismes contre la marque, rappelle Axios.
Ce virage radical suscite une défiance grandissante du consommateur européen. « Le backlash que nous subissons est alimenté par des gens qui reçoivent de l'argent frauduleux ou qui sont les bénéficiaires d'une largesse injustifiée », a déclaré Musk lors de la conférence de résultats d’avril 2025. Les Européens seront contents de l’apprendre.
Voiture électrique : la concurrence prend le large, Tesla s’enlise
La baisse des ventes ne serait peut-être qu’un accident industriel si la concurrence ne profitait pas pleinement du vide laissé par Tesla. BYD, le géant chinois, a désormais dépassé Tesla en Allemagne et au Royaume-Uni, deux bastions traditionnels du constructeur américain.
En avril 2025, Volkswagen a enregistré une progression de 194 % de ses ventes électriques au Royaume-Uni, atteignant 2 314 unités, tandis que BYD a bondi de 311 %, atteignant 1 419 immatriculations. Dans le même temps, Tesla sombrait à 536 unités vendues, selon The Independent.
Elon Musk tente de réagir, mais son salut nazi et sa transphobie l’ont marqué au fer rouge
Face à ce naufrage, Elon Musk a promis de réduire son implication politique et de recentrer son action sur Tesla. Une tentative de reprise en main qui arrive tard, alors que le Model Y restylé, présenté comme la réponse de la firme, n’arrivera qu’en juin 2025 au Royaume-Uni et dans les mois suivants en Europe continentale.
Mais le problème est plus profond : l’image de marque est écornée, le portefeuille de modèles est jugé daté face aux nouvelles gammes européennes et chinoises, et la dynamique d’innovation semble s’être figée. Et Elon Musk se traîne des casseroles difficiles à effacer : un salut nazi filmé en mondovision, des propos extrémistes, des propos transphobes violents y compris contre sa propre fille Vivian...
Ce qui aurait pu passer pour une fluctuation passagère se transforme en tournant périlleux pour Tesla en Europe. Le constructeur qui faisait jadis figure de pionnier est aujourd’hui mis à l’écart sur ses marchés-clés, pris en étau entre une offre concurrente redoutable et une réputation en lambeaux. Le décrochage d’avril 2025 sonne comme un signal d’alerte, auquel Elon Musk ne pourra plus répondre par des tweets ou des annonces tonitruantes.
