Et si les lunettes n’étaient plus seulement un accessoire de mode ? Derrière des montures discrètes, une révolution technologique s’immisce dans notre quotidien, à travers l’essor de lunettes connectées, bouleversant nos usages comme nos perceptions. Ce qui semblait hier encore relever de la science-fiction devient un objet d’usage personnel… et politique.
Lunettes connectées : gadget d’espion ou révolution du quotidien ?

Le 6 mai 2025, la presse française s’emparait d’un fait divers inquiétant : un influenceur américain avait été surpris en train de filmer des passants à leur insu grâce à une paire de lunettes connectées. Derrière cet épisode isolé se cache une révolution technologique que des géants comme Meta et Apple sont bien décidés à dompter. Ces lunettes nouvelle génération s’invitent peu à peu dans le quotidien, entre prouesse numérique et questionnement éthique. Enquête sur un marché en pleine expansion.
Lunettes connectées : de la fiction à la réalité technologique
Les lunettes connectées ne datent pas d’hier. Déjà en 2012, Google présentait ses Glass, un prototype bardé de capteurs, vite enterré par le tollé médiatique. Depuis, Meta a relancé la tendance avec ses Ray-Ban Meta, des binocles développées en partenariat avec EssilorLuxottica. Commercialisées depuis 2021 en France, elles affichent aujourd’hui plus d’un million d’unités vendues (selon L’Usine Digitale).
Que proposent-elles ? De capturer des photos, de filmer des scènes entières à l’aide de deux caméras 12 Mpx, d’interagir vocalement avec Meta AI, ou encore de traduire instantanément les propos d’un passant. Et tout cela, sans sortir son téléphone. L’appareil est contrôlable par la voix ou par un discret bouton logé dans la branche. La simplicité d’usage est telle qu’elle fait frémir les experts du droit à l’image : « L’utilisation de ces dispositifs dans la rue soulève bien des questions de droit à l’image et de respect de la vie privée », alerte l’avocate Joëlle Verbrugge dans Capital.
Lunettes connectées : Meta défie Apple sur son propre terrain
Meta a su capter un public jeune, friand de réseaux sociaux et d’instantanéité. Mais Apple ne compte pas rester spectateur. La firme de Cupertino prépare, selon plusieurs sources concordantes, des lunettes connectées pour 2027. Selon WatchGeneration, le projet N401 de la marque serait doté d’une puce dérivée de l’Apple Watch, adaptée pour intégrer des capteurs visuels tout en optimisant l’efficacité énergétique.
Le but ? Offrir une alternative aux Ray-Ban Meta, sans écran ni réalité augmentée. Une paire d’apparence classique, mais capable d’analyser un environnement, de traduire une langue ou de reconnaître un objet. « La production de ces SoC (System-on-Chip) est attendue pour la fin 2027 », confirme iPhonote. Apple joue donc la carte du contrôle, à travers une intégration fine dans son écosystème — là où Meta privilégie la puissance virale et la diffusion instantanée.
Lunettes connectées : une technologie encore sous tension
Pour le grand public, l’usage reste limité. Hormis les vloggers, les touristes, et quelques aficionados de la tech, ces appareils demeurent marginaux. Le prix, entre 300 et 400 euros pour une paire Ray-Ban Meta, constitue un frein. À cela s’ajoutent les inquiétudes juridiques : la CNIL mène depuis 2024 une enquête sur ces dispositifs. Une étude menée à l’université Monash en Australie révèle que 17 % des utilisateurs reconnaissent avoir filmé des inconnus sans leur accord. Quant à Laurent Baffie, il s’en est emparé pour relancer des caméras cachées sur les réseaux sociaux.
Et ce n’est que le début. Meta prépare pour octobre 2025 une version Hypernova, équipée d’un affichage tête haute et d’un bracelet neural permettant de contrôler les lunettes par simple contraction musculaire (ValueYourNetwork.com). Chez Apple, le duo Glennie/Nevis — des puces conçues respectivement pour les AirPods et Apple Watch équipés de caméras — laisse entrevoir un avenir où chaque objet connecté deviendra un capteur mobile.