IA : ChatGPT consomme-t-il plus que Google ?

ChatGPT vous répond vite, bien, souvent avec brio. Mais derrière sa politesse algorithmique, une réalité invisible gronde. Cette interface brillante de l’IA, qui semble si légère, cache une voracité énergétique qui risque de nous exploser à la figure.

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By Rédaction Published on 15 juin 2025 15h00
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IA : ChatGPT consomme-t-il plus que Google ? - © Economie Matin
2,9Une requête à ChatGPT mobiliserait environ 2,9 Wh.

Depuis sa mise en ligne le 30 novembre 2022, ChatGPT – pour Chat Generative Pre-trained Transformer – s’est insinué dans des millions de vies. À coups de prompts, de scripts et de réponses express, cette IA d’OpenAI est devenue un assistant omniprésent. Mais sous sa fluidité rassurante, ChatGPT est un monstre énergivore dont l’impact écologique se mesure en tonnes de CO₂, en millions de litres d’eau, et en un futur climatique aggravé.

ChatGPT, roi de la surconsommation électrique

À première vue, une conversation avec ChatGPT ne semble pas plus exigeante qu’une recherche Google. Erreur fatale. D’après l’Agence internationale de l’énergie, chaque requête à ChatGPT mobilise environ 2,9 Wh, contre 0,3 Wh pour une requête Google classique, selon des informations données par Sud Ouest. Le tout multiplié par les 10 milliards de requêtes mensuelles estimées en 2024. Vertigineux ?

Le chercheur Sasha Luccioni, spécialiste IA chez Hugging Face, souligne dans Novethic que l'entraînement du modèle GPT‑3 aurait généré entre 250 et 500 tonnes de CO₂, soit « l'équivalent de 300 vols aller-retour Paris-New York ». Et ça, ce n’est que l’entraînement. Car l’usage quotidien — ou “inférence” — se révèle encore plus vorace en énergie, selon une étude d’ArXiv datée de mai 2025.

Eau, l’autre victime silencieuse de ChatGPT

La plupart des gens ignorent que chaque requête ChatGPT pompe de l’eau. Pas littéralement, bien sûr, mais pour refroidir les serveurs des centres de données, souvent situés aux États-Unis, où l’énergie est carbonée. Selon une étude de l’université de Riverside, une interaction moyenne avec GPT‑3 consomme jusqu’à 50 cl d’eau. GPT‑4, encore plus gourmand, pourrait doubler ce chiffre.

L’université de l’Illinois estime qu’une session ChatGPT quotidienne sur un an peut nécessiter jusqu’à 180 litres d’eau par utilisateur. Une goutte d’eau ? Non. À l’échelle mondiale, l’IA générative pourrait utiliser 6,6 milliards de m³ d’ici 2027, soit la consommation annuelle de pays comme le Danemark, toujours d'après Sud Ouest.

CO₂, métaux rares : l’empreinte cachée des promesses numériques

Le numérique est souvent perçu comme immatériel. C’est oublier que chaque composant de ChatGPT repose sur des matériaux bien réels : lithium, cobalt, cuivre, extraits dans des conditions désastreuses. L’article de Vert rappelle que ces métaux ne sont pas infinis : « Autant de matériaux qui ne pourront pas être utilisés dans des secteurs critiques de la transition, comme la fabrication de voitures électriques ou la production d’énergies renouvelables ».

Côté émissions, les chiffres donnent le tournis. Une simple conversation avec GPT‑4 produit 272 g de CO₂, soit cent fois plus que son prédécesseur GPT‑3,5, des chiffres donnés par Vert. En extrapolant à dix dialogues par jour, un utilisateur régulier atteint près d’une tonne de CO₂ par an, la moitié du quota individuel annuel visé par l’Accord de Paris.

IA générative : gadget de luxe ou accélérateur climatique ?

« Quand OpenAI décide d’un coup de basculer des millions d’utilisateurs sur la version ChatGPT‑4, on a un effet rebond absolument effrayant », alerte Lou Welgryn, coprésidente de Data for Good sur Vert.eco. Et ce rebond n’est pas qu’environnemental : il pousse à l’adoption massive d’un outil qui consomme pour tout et surtout pour rien.

Pourquoi demander à ChatGPT la météo façon Shakespeare ? « C’est très marrant… mais ça ne sert à rien », tranche Amélie Cordier, fondatrice de Graine d’IA. « Si les utilisateurs avaient conscience de l’impact concret de leurs requêtes, ils se serviraient sûrement bien différemment », ajoute-t-elle.

Que faire ? Pas de miracle, mais des choix politiques

La sobriété numérique est le mot d’ordre que peu veulent entendre. Face à l’opacité d’OpenAI et la course effrénée aux performances, des spécialistes proposent des solutions concrètes : réduire le volume de données utilisées à l'entraînement, développer des modèles spécialisés moins généralistes, ou encore imposer un DPE (diagnostic de performance énergétique) pour les IA (Vert).

Mais pour l’heure, les émissions de Microsoft ont grimpé de 30 % entre 2020 et 2024, celles de Google de 48 % depuis 2019. Toutes les promesses de neutralité carbone sont balayées par la croissance fulgurante de l’IA générative.

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