Jours fériés supprimés : qui va payer, les entreprises ou les salariés ?

Travailler deux jours de plus sans gagner un centime de plus ? L’idée, déjà explosive, revient sur le devant de la scène. Derrière l’annonce de la suppression de deux jours fériés se cache une arithmétique budgétaire redoutable, et une vraie bombe sociale.

By Alix de Bonnières Published on 20 juillet 2025 16h09
jours fériés
Jours fériés supprimés : qui va payer, les entreprises ou les salariés ? - © Economie Matin

François Bayrou a levé le voile le 15 juillet 2025 sur un volet majeur de son plan d’économie : la suppression de deux jours fériés. Objectif annoncé : alléger la dette publique qui s’élève à 114 % du produit intérieur brut (PIB). Parmi les jours visés, le lundi de Pâques et le 8 mai. Mais au-delà du symbole, c’est un changement radical dans l’équilibre entre temps de travail, rémunération et effort collectif qui se profile. Et il fait grincer bien plus que des dents.

Travailler deux jours fériés sans rémunération : quel coût pour le salarié ?

Pour la majorité des salariés, l’annonce sonne comme une mauvaise nouvelle. Le message est limpide : deux jours fériés chômés deviendraient travaillés… sans majoration salariale. Pourquoi ? Parce que, comme l’a précisé CNews dans son édition du 16 juillet 2025, « la majorité des salariés perçoivent un salaire “annualisé” intégrant les jours fériés ». En d'autres termes, ils sont déjà payés pour ces journées, même sans les travailler.

La conséquence est immédiate : les salariés devront fournir deux journées de travail supplémentaires sans contrepartie financière directe. L’unique exception : les travailleurs rémunérés à la journée, comme certains intérimaires, pourraient percevoir une compensation puisque leur rétribution est directement liée au nombre de jours effectivement prestés.

Selon le média Actu.fr, « dans les faits, par rapport à 2025, nous travaillerons gratuitement ces deux jours ». Une formule sèche, mais précise.

L'employeur, bénéficiaire ou contributeur ?

À première vue, les employeurs pourraient sembler profiter de cette mesure. Deux jours de production en plus, pour un coût salarial constant ? L’équation paraît favorable. Mais le gouvernement prévoit une « contribution obligatoire » à leur charge, en contrepartie de la richesse produite pendant ces deux journées.

La ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, l’a déclaré le 16 juillet 2025 sur TF1 : « les entreprises devront s’acquitter d’une contribution ». Les détails ne sont pas encore fixés, mais le principe rappelle la journée de solidarité instaurée en 2004, assortie d’un prélèvement équivalent à 0,3 % de la masse salariale.

Toutefois, cette fois, le taux et l’affectation de la recette pourraient différer. La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) n’est pas directement concernée. Le produit de cette contribution devrait venir alimenter le budget général, ce qui soulève des inquiétudes quant à son efficacité économique.

4,2 milliards d’euros à gagner… mais à quel prix ?

Matignon a chiffré l’effet de la suppression de ces deux jours fériés : 4,2 milliards d’euros de recettes supplémentaires par an. C’est peu au regard des 44 milliards d’euros d’économies recherchées par François Bayrou, mais l’impact symbolique est fort.

Pour l’État, deux jours de travail en plus devraient mécaniquement augmenter la production nationale. Mais selon les économistes, les effets restent marginaux sur le long terme. Comme le rappelait Le Figaro, les jours fériés sont des périodes de moindre productivité compensées, parfois, par des pics d’activité avant ou après.

La mesure ne crée pas plus de demande, seulement plus d’offre. Ce déséquilibre pourrait à terme pénaliser certains secteurs, comme le commerce ou le tourisme, dont l’activité dépend justement des jours fériés.

Travailler ou fêter : que vaut un jour férié pour l’économie française ?

La France compte actuellement 11 jours fériés par an. En cas de suppression, elle passerait à 9, un des plus faibles totaux d’Europe, loin derrière Chypre (15), la Slovaquie (14) ou l’Espagne (14), d'après les données d'EURES, relayée par Statista.

L’analyse économique n’est pas aussi tranchée qu’elle y paraît. Supprimer un jour férié ne signifie pas toujours augmenter le produit intérieur brut. Comme l'expliquait déjà l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans un rapport antérieur (2018), ce genre de mesure peut s’avérer symbolique mais peu productive, si elle ne s’accompagne pas d’une dynamique de relance globale.

En outre, selon les syndicats, l’impact sur le bien-être des salariés, leur santé mentale et leur équilibre vie professionnelle/vie privée pourrait engendrer des coûts indirects non négligeables.

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