Une procédure officielle est ouverte contre Temu, la plateforme chinoise de vente en ligne, accusée de ne pas avoir empêché la diffusion massive de produits dangereux en Europe. Derrière l’opacité algorithmique et les interfaces ludiques, l’enquête révèle des failles systémiques.
Bruxelles accuse Temu : des produits illégaux menacent les consommateurs

Depuis le 28 juillet 2025, Temu — filiale du géant chinois PDD Holdings — fait l’objet d’une enquête approfondie de la Commission européenne pour non-respect du Digital Services Act (DSA), le règlement européen sur les services numériques. Cette décision s’inscrit dans la suite logique de la désignation de Temu comme “Very Large Online Platform” (VLOP) en mai 2024, critère déclencheur de responsabilités renforcées pour les plateformes accueillant plus de 45 millions d’utilisateurs actifs dans l’Union.
L’ouverture de la procédure est intervenue après une plainte formelle déposée en octobre 2024 par le Bureau Européen des Unions de Consommateurs (BEUC), soutenue par 17 autorités nationales de protection du consommateur. Parmi les griefs majeurs : vente de produits interdits, interface à effet addictif, manque de transparence algorithmique, et non-conformité des données fournies aux chercheurs indépendants.
Risques produits : des tétines toxiques aux gadgets électrisants en vente sur Temu
La vente de produits illégaux est le cœur de l'accusation. Selon l’enquête menée par la Commission, fondée sur des tests d’achats mystères, Temu laisserait circuler en Europe des jouets pour bébé comportant des éléments détachables, des produits chimiques dangereux, ou encore des textiles contenant des substances interdites. Dans une déclaration citée par The Guardian, Michael McGrath, commissaire européen à la justice, s’est dit « choqué par le niveau de danger que représentent certains articles vendus sur Temu ».
La Commission reproche également à Temu d’avoir fourni une évaluation des risques “trop générique”, déconnectée de ses propres pratiques commerciales, et de n’avoir mis en place aucune barrière efficace contre le retour de vendeurs déjà signalés pour infractions.
Un système de récompenses critiqué et une transparence défaillante
Outre les produits dangereux, l’enquête met en lumière des mécanismes de “gamification” jugés problématiques. Ces interfaces incitatives — cadeaux, concours aléatoires, bonus d’achat — sont suspectées de favoriser des comportements addictifs, notamment chez les jeunes utilisateurs. Le DSA impose pourtant des mesures spécifiques de mitigation pour ce type de design.
Autre infraction présumée : l’opacité des algorithmes de recommandation. Le texte européen exige que toute plateforme concernée permette aux utilisateurs d’accéder à une version non personnalisée des contenus et d’obtenir des explications compréhensibles sur les paramètres principaux de classement des produits. Or, selon la Commission, Temu ne respecte pas encore ces obligations.
Enfin, la plateforme n’aurait pas assuré l’accès aux données publiques aux chercheurs indépendants, autre exigence majeure du règlement.
Temu encourt jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires mondial
La Commission européenne a annoncé que si ces infractions sont confirmées à l’issue de la procédure, Temu pourrait se voir infliger une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires mondial annuel, soit environ 1,8 milliard d’euros, selon les revenus 2024 estimés du groupe, détaille le Financial Times.
Par ailleurs, plusieurs États membres militent désormais pour l’instauration d’une taxe forfaitaire de 2 euros sur les colis importés de plateformes extra-européennes à bas prix, dont Temu serait la principale cible. Cette mesure viserait à rétablir une équité de traitement fiscal et logistique vis-à-vis des distributeurs européens, déjà soumis à des normes strictes.
Une procédure encadrée mais encore ouverte
La procédure engagée par Bruxelles prévoit une phase contradictoire : Temu pourra formuler une réponse argumentée aux accusations dans un délai donné. Le Conseil européen des services numériques (European Board for Digital Services) sera consulté avant la publication d’éventuelles mesures contraignantes.
La Commission a précisé que « l’objectif est de corriger les failles structurelles, pas de bannir Temu », insistant sur l’obligation de conformité des plateformes étrangères au cadre réglementaire européen.
