Voyager en Europe devient un casse-tête budgétaire et éthique pour les ménages : malgré son impact écologique nettement plus faible, le train reste dans la majorité des cas plus cher que l’avion.
Transports : 1 trajet sur 2 en Europe est moins cher en avion qu’en train (mais plus polluant)

Le 21 août 2025, Greenpeace a publié une vaste enquête sur le prix des billets en Europe, comparant systématiquement le train et l’avion. L’analyse de 142 trajets, dont 109 transfrontaliers et 33 domestiques, révèle un paradoxe frappant : pour la plupart des voyageurs, choisir le train reste une option plus coûteuse que l’avion, alors même que ce dernier est jusqu’à 80 fois plus polluant selon l’Agence européenne pour l’environnement.
Quand voyager en train coûte plus cher que prendre l’avion
Les données compilées par Greenpeace montrent que, sur les 109 trajets transfrontaliers analysés, l’avion s’est révélé moins cher que le train dans 54 % des cas (au moins six jours sur neuf). À l’inverse, les voyages domestiques favorisent davantage le rail : sur les 33 parcours internes étudiés, le train était le moyen le plus économique dans 70 % des situations. Les voyages courts à l’intérieur d’un pays rendent le train compétitif, tandis que les longs trajets européens accentuent l’avantage tarifaire de l’avion.
Certains pays illustrent particulièrement bien cette fracture. En France, 95 % des trajets transfrontaliers coûtent plus cher en train qu’en avion selon Greenpeace. L’exemple le plus spectaculaire est celui du voyage entre Paris et Copenhague, où un billet de train a été mesuré à 326 euros contre 14,99 euros pour un vol low-cost, soit 21,7 fois plus cher. L’Espagne (92 %), le Royaume-Uni (90 %) et l’Italie (88 %) affichent également des déséquilibres massifs en défaveur du rail.
À l’inverse, certains territoires tirent leur épingle du jeu. Les Pays baltes atteignent un résultat exemplaire : sur l’ensemble des itinéraires analysés, le train était systématiquement moins cher que l’avion. La Pologne suit avec 89 % de liaisons dont les prix des billets sont favorables au rail, tandis que la Slovénie se situe à 80 %.
Les voyageurs vont préférer le prix à l’écologie
Les cas extrêmes relevés par Greenpeace donnent une idée de l’ampleur du problème. Le trajet Barcelone–Londres concentre le record : un billet de train facturé 389 euros contre un vol low-cost à 14,99 euros, soit un écart de 26 fois. « C’est absurde », dénonce Herwig Schuster, chargé de campagne transport chez Greenpeace Europe centrale et orientale. Cette différence de prix incite naturellement les voyageurs à privilégier l’avion, malgré son impact environnemental considérable. Les différences ne s’arrêtent pas là : un trajet Londres–Bratislava montre un rapport 23,3 fois favorable à l’avion, un voyage Manchester–Cologne 15,2 fois, tandis que faire Marseille–Londres se révèle 12,5 fois plus cher en train qu’en avion.
À l’opposé, certaines liaisons font la part belle au train. Vilnius–Varsovie en est l’exemple phare : le billet de train ne coûte que 25 euros, soit 7,4 % du prix du vol affiché à 336,94 eurps. D’autres itinéraires – comme Prague–Budapest ou Berlin–Prague – confirment que des tarifs ferroviaires compétitifs existent, mais restent minoritaires au niveau européen.
Pourquoi l’avion reste artificiellement moins cher pour voyager
L’étude met en évidence des mécanismes fiscaux et réglementaires à l’origine de cette distorsion. Les compagnies aériennes bénéficient d’exemptions majeures : pas de taxe sur le kérosène et pas de TVA sur les billets internationaux, alors que les opérateurs ferroviaires doivent supporter TVA, taxes énergétiques et redevances d’infrastructure. Résultat : les compagnies low-cost, telles que Ryanair, easyJet ou Wizz Air, peuvent proposer des billets à des tarifs parfois inférieurs au simple coût des taxes d’aéroport. Greenpeace cite notamment un aller simple Barcelone–Londres vendu 12,99 euros par easyJet, tarif qui défie toute logique économique.
Cette asymétrie se double d’une fragmentation du système ferroviaire. Sur 40 % des itinéraires transfrontaliers, il est impossible d’acheter un billet unique couvrant l’ensemble du trajet, obligeant les voyageurs à combiner plusieurs titres souvent plus coûteux. Par exemple, un trajet Madrid–Paris exige deux billets distincts : un pour le segment espagnol Madrid–Barcelone, l’autre pour le TGV jusqu’à Paris.
Enfin, les trains de nuit, bien que plus compétitifs que certaines lignes à grande vitesse, restent en général plus chers que les vols low-cost. Pourtant, ils représentent une solution pratique et écologique pour couvrir de longues distances sans perdre de temps en journée. Leur relance, amorcée en Europe, pourrait rééquilibrer la balance si des soutiens financiers leur étaient accordés.
« Toute personne qui voyage en train de manière respectueuse du climat devrait toujours payer moins que pour prendre l’avion, partout », insiste Lena Donat, experte transport chez Greenpeace. Pour l’organisation, seule une réforme fiscale profonde permettrait d’inverser la tendance : introduction d’une taxe sur le kérosène, suppression des subventions aériennes et mise en place de “billets climat” à prix plafonnés pour les trains européens.
