La Commission européenne a rendu public, le 28 août, un rapport sur l’état des contrôles aux frontières. Les douanes de l’Union européenne, chargées de protéger les consommateurs et de garantir la loyauté du commerce, se révèlent incapables de suivre le rythme des importations massives. Chaque jour, des millions de colis franchissent les frontières, principalement en provenance de Chine. Cette situation alerte les institutions, qui réclament une refonte urgente du système.
Les douanes européennes débordées par l’afflux de colis chinois

Le tsunami numérique de petits colis rend inefficace la vigilance douanière
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2024, environ 4,7 milliards de colis ont été importés dans l’Union européenne, soit une progression de 353 % par rapport à 2022, selon The Brussels Times. Cela représente près de 12 millions d’envois quotidiens, un volume confirmé par le Parlement européen. Or, 91 % de ces envois de faible valeur, souvent inférieurs à 150 euros, provenaient directement de Chine.
Cette masse de colis dépasse largement les capacités de contrôle des douanes. Le nombre d’inspections a certes progressé, passant de 305 143 en 2022 à 392 529 en 2024. Pourtant, le ratio par rapport au flux global s’est effondré : sur un million d’importations, seuls 82 colis sont effectivement contrôlés. Face à cette faiblesse, la Commission européenne a admis que « Il faudrait en faire bien plus », dans des propos rapportés par 01net, appelant à un renforcement des moyens et des procédures.
Produits à risque, sécurité compromise et origine chinoise prépondérante
Les conséquences de ce déficit de contrôle sont inquiétantes. Le nombre de produits rejetés par les douanes européennes a atteint 48 139 en 2024, soit une hausse de 180 % par rapport à 2022. Dans 80 % des cas, ces articles provenaient de Chine. Cette vulnérabilité se traduit aussi par un record de 4 000 alertes pour produits dangereux en 2024, le niveau le plus élevé depuis 2003.
Plus de 40 % de ces articles signalés venaient de Chine. Les catégories les plus touchées sont les cosmétiques, les jouets et certains biens chimiques, souvent non conformes aux normes de sécurité européennes. Cette réalité souligne combien l’absence de contrôle systématique sur les colis affaiblit la protection des consommateurs et alourdit la charge pour les autorités sanitaires.
Vers une refonte du système douanier européen
Face à ces constats, la Commission européenne prépare une refonte ambitieuse du cadre douanier. Parmi les mesures envisagées, la suppression de l’exonération de TVA pour les colis de moins de 150 euros, l’instauration d’un forfait de gestion de 2 euros par envoi, ainsi que la responsabilisation des plateformes d’e-commerce telles que Shein ou Temu. Ces plateformes pourraient être tenues légalement responsables des produits qu’elles mettent sur le marché européen. Au Parlement européen, certains élus s’inquiètent des risques économiques et sociaux liés à la faiblesse des contrôles.
« Trop de biens entrent sur le marché européen sans contrôles appropriés, mettant en danger la sécurité des consommateurs et pénalisant les entreprises qui respectent les règles », a averti Salvatore De Meo, eurodéputé italien, sur Europarl. La création d’une Autorité douanière européenne centralisée est également à l’étude. Ce projet viserait à coordonner plus efficacement les contrôles et à garantir des standards uniformes entre États membres.
