Amazonie : la déforestation provoque une sécheresse irréversible

L’Amazonie, grenier hydrologique de l’Amérique du Sud, est aujourd’hui confrontée à une sécheresse profonde directement liée à la déforestation. Selon une nouvelle étude scientifique, la disparition massive des arbres perturbe le cycle de l’eau à grande échelle, modifiant les régimes de pluie et menaçant l’approvisionnement en eau, l’agriculture et l’équilibre climatique régional. Cette dynamique alarmante suggère un risque de basculement irréversible pour l’un des écosystèmes les plus influents au monde, alors même que le temps pour agir se réduit drastiquement.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 3 février 2026 17h00
Amazonie : la déforestation provoque une sécheresse irréversible
Amazonie : la déforestation provoque une sécheresse irréversible - © Economie Matin

Un cycle hydrique perturbé

Les travaux récents publiés dans Nature Communications montrent que la perte de la couverture forestière en Amazonie compromet gravement le recyclage de l’humidité atmosphérique. En analysant 40 années de données climatiques, satellitaires et hydriques, les chercheurs démontrent que la déforestation est un moteur essentiel de l’assèchement observé dans le sud du bassin. Selon cette étude, les pluies annuelles dans le sud de l’Amazonie ont chuté de 8 à 11 % au fil des décennies dans les zones les plus déforestées, tandis que le nord, mieux préservé, conserve des niveaux pluviométriques stables ou en légère hausse. Cette asymétrie géographique indique que les baisses observées ne sont pas simplement attribuables au réchauffement global mais bien à un effet local direct de la déforestation massive.

Chaque arbre en Amazonie agit comme une « pompe biologique ». Il absorbe l’eau du sol, la libère dans l’atmosphère par évapotranspiration, permettant à l’humidité de s’accumuler, de former des nuages, puis de retomber sous forme de précipitations. La réduction de ce processus explique l’essentiel du recul des précipitations mesuré au sud du bassin : entre 52 % et 72 % du déficit annuel est directement attribuable à cette réduction du cycle hydrique forestier selon les données de l’étude. De façon indirecte, la disparition des arbres réduit également l’absorption de l’eau par les sols, limitant la recharge des nappes phréatiques et aggravant encore le stress hydrique sur l’ensemble du système écologique.

Déforestation et sécheresse : effets en cascade au‑delà des zones déboisées

La perte de végétation influence aussi les « rivières volantes », ces flux d’humidité transportés dans l’atmosphère depuis l’océan Atlantique vers l’intérieur du continent. En Amazonie intacte, l’humidité transite à travers la forêt, est recyclée via la transpiration des arbres et renforce progressivement les précipitations plus à l’ouest. Cependant, la déforestation perturbe cette mécanique : les flux deviennent plus linéaires et ne sont plus rechargés efficacement en humidité.

L’air qui traverse la forêt reste donc plus sec et les épisodes de pluie en aval sont réduits. L’effet se fait sentir loin des zones directement touchées par l’abattage, modifiant le climat régional bien au‑delà du front de la déforestation. Une autre source spécialisée rappelle que la réduction des précipitations pendant la saison sèche depuis 1985 est largement due à la déforestation, qui pourrait être responsable d’environ 75 % du recul observé de la pluie sèche dans la plus grande forêt tropicale du monde.

Vers un point de bascule climatique : ce que révèlent les modèles climatiques

Les chercheurs qui ont conduit l’analyse soulignent que les modèles climatiques actuels minimisent probablement l’impact réel de la déforestation sur les précipitations, ce qui signifie que le seuil à partir duquel l’Amazonie pourrait basculer vers un état permanent plus sec ou même savane pourrait être franchi plus tôt que prévu.

Cette perspective rejoint les conclusions d’analyses récentes selon lesquelles la perte de forêt et le changement climatique combinés modifient la résilience et le fonctionnement des écosystèmes tropicaux, réduisant leur capacité à absorber le stress hydrique et à maintenir des cycles pluviométriques stables. Un article de vulgarisation confirme cette dynamique en soulignant que les modèles traditionnels ont sous‑estimé parfois de près de 50 % l’impact de la déforestation sur les précipitations, renforçant l’alerte scientifique à propos du rôle clé des arbres dans le maintien des pluies.

Amazonie en crise : agriculture, eau et climat sous pression

Au niveau local et régional, les répercussions de cette perturbation du cycle de l’eau deviennent tangibles : sécheresses plus fréquentes, baisse des rendements agricoles, stress accru sur les ressources en eau potable, tensions sur les écosystèmes aquatiques et risques accrus d’incendies de forêt sont autant de conséquences déjà documentées dans les zones amazoniennes.

Selon certains chercheurs, l’assèchement combiné aux perturbations climatiques pourrait menacer des millions de personnes qui dépendent de la forêt pour leurs moyens de subsistance et pourrait affecter les schémas pluviométriques jusqu’à des milliers de kilomètres des zones déforestées. Dans ce contexte, une reforestation stratégique pourrait atténuer certains effets et restaurer partiellement le cycle hydrique. Cependant, les auteurs insistent sur le fait que le temps pour agir est court si l’on souhaite éviter un basculement climatique régional plus profond.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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