La décision de la Floride d’abolir toutes les obligations liées au vaccin bouleverse le débat national. En privilégiant la liberté médicale des familles, l’État républicain expose ses écoles et ses habitants à des incertitudes sanitaires que de nombreux experts jugent préoccupantes.
Les vaccins pourraient n’être plus obligatoires en Floride

Le 3 septembre 2025, la Floride est devenue le premier État américain à annoncer la suppression intégrale de toute obligation vaccinale. Cette initiative portée par le gouverneur Ron DeSantis et son médecin-chef Joseph Ladapo remet en question des décennies de santé publique. Les familles ne seraient plus contraintes de fournir les preuves médicales de leurs enfants pour accéder à l’école, transformant profondément le rapport entre État, citoyen et vaccin.
Un basculement historique dans la politique sanitaire
La Floride souhaite mettre fin aux obligations vaccinales qui encadrent depuis longtemps l’accès à la scolarité. Ces règles concernaient des maladies telles que la poliomyélite, la diphtérie, la rougeole, la rubéole, la coqueluche, les oreillons ou encore le tétanos. D’autres vaccins comme la varicelle, l’hépatite B ou le pneumocoque relevaient de la compétence directe du département de la santé. Jusqu’ici, les familles pouvaient invoquer des exemptions religieuses ou médicales, mais la base restait une obligation.
Joseph Ladapo a justifié ce changement radical en affirmant que ces contraintes s’apparentaient à de « l’esclavage ». Pour lui, les obligations vaccinales seraient « mauvaises » et devraient disparaître au profit du choix individuel. Cette rhétorique a immédiatement provoqué des réactions nationales, car elle questionne les fondements mêmes de la protection collective par le vaccin, ainsi que des décennies de politique sanitaire.
Les conséquences immédiates pour les parents et les enfants
La fin de l’obligation vaccinale signifie que les familles ne devront plus présenter de carnet de vaccination à l’inscription scolaire. Cela concerne potentiellement des millions d’élèves. Aux États-Unis, la couverture vaccinale des enfants en maternelle avoisine 89 % en Virginie, un chiffre qui pourrait rapidement baisser en Floride. Or, une diminution même limitée pourrait suffire à relancer des foyers épidémiques.
Le gouverneur DeSantis assume ce choix en parlant de « liberté médicale ». Derrière cette notion, les parents deviennent les seuls arbitres de la santé de leurs enfants. Pour certains Floridiens, il s’agit d’un soulagement : ne plus être forcés de justifier leur position devant l’école ou l’administration. Pour d’autres, c’est une source d’inquiétude face aux risques de transmission en classe, dans les transports scolaires ou sur les terrains de sport.
En pratique, cette suppression soulève également des questions juridiques et économiques. Les districts scolaires pourraient être confrontés à des flambées locales de rougeole ou de coqueluche, ce qui impliquerait des fermetures temporaires d’écoles et des coûts supplémentaires pour le système de santé. Comme l’a rappelé l’American Academy of Pediatrics, cité par le Washington Post, une couverture vaccinale affaiblie fragilise non seulement les enfants non vaccinés, mais aussi ceux dont le système immunitaire est trop faible pour recevoir certains vaccins. Etant donné que certains effets secondaires potentiels peuvent se révéler dangereux pour des enfants à la santé fragile, ils ont une dérogation vaccinale.
Les réactions nationales et l’ombre de Robert F. Kennedy Jr.
La décision ne s’inscrit pas dans un vide politique. Ron DeSantis a créé une commission baptisée « Make America Healthy Again », inspirée des positions de Robert F. Kennedy Jr., figure connue pour ses critiques répétées contre les vaccins. Ce rapprochement éclaire la stratégie républicaine : séduire un électorat sceptique vis-à-vis de la médecine institutionnelle.
Les réactions médicales, elles, sont d’une rare sévérité. L’American Medical Association a jugé la mesure « dangereuse », rappelant qu’elle menace directement la protection contre des maladies évitables. L’American Academy of Pediatrics a insisté sur les risques particuliers encourus par les enfants et leurs communautés, avertissant qu’un État aussi touristique que la Floride pourrait devenir une porte d’entrée pour de nouvelles épidémies.
Face à cela, des États démocrates comme la Californie, l’Oregon et Washington ont annoncé la création d’une alliance sanitaire destinée à maintenir un haut niveau de recommandations vaccinales. Cette polarisation illustre la fracture grandissante entre visions concurrentes de la santé publique aux États-Unis.
