Énergie : le nucléaire et le gaz désormais classés « verts » par l’Europe

Depuis plusieurs années, l’Union européenne tente de bâtir une « taxonomie verte », c’est-à-dire une classification commune des investissements considérés comme respectueux de l’environnement. L’objectif : orienter les capitaux privés vers des projets compatibles avec la neutralité climatique de 2050.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 10 septembre 2025 14h35
Nucléaire : comment la France veut refermer le cycle du combustible
Énergie : le nucléaire et le gaz désormais classés « verts » par l’Europe - © Economie Matin
86,9%Le nucléaire représente 86,9 % de la production d'électricité d'EDF

Le 10 septembre 2025, le Cour de Justice de l’Union européenne, basée à Luxembourg, a rejeté le recours de l’Autriche qui demandait l’exclusion du nucléaire et du gaz fossile de cette taxonomie. Selon le communiqué officiel, « la Commission a valablement estimé que certaines activités économiques liées à l’énergie nucléaire et au gaz fossile peuvent, sous certaines conditions, contribuer substantiellement à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à celui-ci ».

Pourquoi l’Autriche s’opposait-elle au nucléaire ?

L’Autriche se distingue depuis longtemps par une politique résolument antinucléaire. Le pays a interdit la production d’électricité nucléaire dès 1978 et a inscrit ce choix dans sa Constitution en 1999. Aujourd’hui, plus de 75 % de son électricité provient de sources renouvelables, essentiellement hydroélectriques, ce qui lui permet d’afficher un bilan carbone enviable.

Pour Vienne, classer le nucléaire et le gaz comme « verts » revient à brouiller le signal envoyé aux investisseurs et à diluer les efforts de la transition énergétique. Le gouvernement autrichien a donc saisi la justice européenne en 2022, après l’adoption du règlement délégué (UE 2022/1214) qui élargissait la taxonomie aux projets nucléaires et gaziers.

Le raisonnement du Tribunal

Le Tribunal n’a pas retenu les arguments autrichiens. Il a jugé que la Commission européenne avait respecté le mandat qui lui avait été confié par le législateur. Les juges ont souligné que la production nucléaire repose sur des émissions quasi nulles de gaz à effet de serre. Quant au gaz, ils l’ont considéré comme une solution transitoire, en attendant le déploiement massif des renouvelables, à condition que les émissions soient progressivement réduites.

Autre point important : le Tribunal a estimé que la Commission n’était pas tenue d’exiger des niveaux de protection supérieurs aux règles de sûreté nucléaire déjà en vigueur. Les risques évoqués par l’Autriche, comme les sécheresses ou les aléas climatiques pouvant affecter la production nucléaire, ont été jugés trop spéculatifs pour être retenus.

Même si le Tribunal a rejeté la plainte autrichienne, la procédure judiciaire n’est pas terminée. Vienne peut encore faire appel devant la Cour de justice de l’Union européenne dans un délai de deux mois et dix jours.

Taxonomie verte : des enjeux financiers colossaux

L’intégration du nucléaire et du gaz dans la taxonomie a des conséquences directes sur les flux financiers en Europe. Les investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension ou les banques, se basent de plus en plus sur cette classification pour décider de leurs placements. En étant labellisés « durables », les projets nucléaires et gaziers pourront désormais accéder plus facilement aux capitaux privés. Cela pourrait accélérer le financement de nouveaux réacteurs en France ou en Europe centrale, et soutenir la construction d’infrastructures gazières dites de transition.

Cette affaire met aussi en lumière les divisions au sein de l’Union. Aux côtés de l’Autriche, le Luxembourg s’était opposé à la Commission. Mais d’autres pays – la France, la Pologne, la République tchèque, la Hongrie ou encore la Finlande – avaient soutenu l’exécutif européen. Pour eux, le nucléaire reste un pilier indispensable pour atteindre la neutralité carbone, tandis que le gaz est vu comme un outil pragmatique pour sécuriser l’approvisionnement et remplacer le charbon.

Cette fracture reflète des choix énergétiques profondément différents. Les pays pro-nucléaires misent sur cette technologie comme garantie de stabilité et de décarbonation rapide. À l’inverse, les opposants considèrent qu’investir dans le nucléaire ou le gaz détourne des ressources qui devraient être consacrées au 100 % renouvelable.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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