Éducation : le rapport de l’OCDE pointe les déséquilibres français

Le rapport annuel de l’OCDE sur l’éducation, publié le 10 septembre 2025, dresse un état contrasté de la situation française : dépenses globales supérieures à la moyenne, mais résultats inégaux, enseignants vieillissants et salaires peu attractifs.

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By Adélaïde Motte Published on 12 septembre 2025 10h56
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Éducation : le rapport de l’OCDE pointe les déséquilibres français - © Economie Matin
9,1 %9,1 % des enseignants du secondaire ne sont pas pleinement qualifiés

Dans son rapport Regards sur l’éducation 2025, l’OCDE analyse les systèmes éducatifs de ses pays membres. Pour la France, les constats mettent en lumière les déséquilibres entre investissements, nombre de professeurs, postes vacants et performances des jeunes. L’éducation apparaît comme un secteur où l’effort financier est réel mais où les résultats ne suivent pas toujours.

Des dépenses en hausse mais mal réparties dans l’éducation

Selon l’OCDE, la France consacre 5,4 % de son PIB à l’éducation, contre 4,7 % en moyenne dans l’organisation. Pourtant, le détail des dépenses révèle des écarts frappants. En primaire, le pays investit 10 250 euros par élève, soit 13 % de moins que la moyenne internationale (11 710). Dans le premier cycle du secondaire, l’écart subsiste avec 12 530 euros par élève contre 13 170 dans l’OCDE. À l’inverse, le deuxième cycle du secondaire bénéficie d’un financement supérieur : 16 690 euros par élève, soit 24 % de plus que la moyenne de 13 400.

Ce déséquilibre interroge : alors que la France dépense davantage globalement, elle n’alloue pas ses ressources de façon uniforme selon les niveaux. L’OCDE résume la situation ainsi : « La France dépense 13 % de moins que la moyenne de l’OCDE par élève dans l’enseignement élémentaire […] mais 24 % de plus dans le deuxième cycle du secondaire. »

Postes vacants : une situation maîtrisée mais fragile

Le rapport note que la France comptait 816 postes d’enseignants non pourvus au début de l’année scolaire 2021-2022, soit 0,1 % de l’ensemble. L’OCDE souligne qu’« en moyenne, 1,6 % des postes ne sont pas pourvus dans les pays étudiés », ce qui place la France en dessous.

Cependant, ces chiffres nationaux masquent de fortes disparités régionales. Des académies comme Créteil, Versailles, la Guyane ou Mayotte connaissent des tensions persistantes. S’ajoute un autre problème : 5,4 % des enseignants ne sont pas pleinement qualifiés, un taux qui grimpe à 9,1 % dans le secondaire. Ces enseignants assurent des cours sans avoir achevé leur formation initiale ou sans disposer du diplôme requis, ce qui fragilise la qualité pédagogique.

Salaires et attractivité : un métier sous pression

La question salariale reste au cœur des difficultés. Les enseignants français de l’élémentaire gagnent en moyenne 26 % de moins que les autres travailleurs diplômés de l’enseignement supérieur. Dans le premier cycle du secondaire, l’écart est de 18 %. Pour l’ensemble de l’OCDE, ces écarts sont plus faibles : respectivement 17 % et 13 %.

Cette différence mine l’attractivité du métier, alors que le corps professoral vieillit. En 2023, 39 % des enseignants du secondaire avaient 50 ans ou plus, contre 31 % dix ans plus tôt. Les départs massifs à la retraite prévisibles dans les prochaines années risquent d’accentuer les tensions de recrutement. L’OCDE constate ainsi que le renouvellement de la profession représente un défi urgent.

Diplômes en hausse mais compétences fragiles

Le taux de diplômés progresse. En 2024, 53 % des 25-34 ans en France détenaient un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 48 % en moyenne dans l’OCDE. Le décrochage scolaire recule : seulement 11 % des jeunes adultes n’ont pas le deuxième cycle du secondaire, contre 13 % cinq ans plus tôt.

Mais cette réussite académique ne se traduit pas toujours par des compétences solides. En licence, seulement 34 % des étudiants obtiennent leur diplôme dans la durée théorique, contre 43 % dans l’OCDE. Un an plus tard, ils ne sont que 46 % à l’avoir validé, quand la moyenne atteint 59 %. Des médias rappellent également que certains jeunes diplômés manquent encore de compétences écrites ou mathématiques de base, un constat qui alarme les parents comme les employeurs.

Des résultats scolaires médiocres malgré l’effort financier

Derrière les chiffres de diplomation, l’OCDE alerte sur la faiblesse du niveau de base des élèves français. Dans les dernières enquêtes PISA, un collégien sur quatre se situait en difficulté en lecture et en mathématiques. L’organisation rappelle que ces compétences fondamentales sont « essentielles pour l’insertion professionnelle et la vie citoyenne ».

Des experts soulignent que « la France réussit à diplômer, mais pas toujours à former ». En clair, les élèves obtiennent un parchemin sans disposer du socle attendu. Pour l’OCDE, cela illustre un problème d’allocation des moyens : trop d’investissements concentrés dans les cycles supérieurs, pas assez dans l’élémentaire et le collège, là où se construisent les acquis de base. Conséquence : de nombreux jeunes adultes entrent dans le supérieur ou sur le marché du travail avec des lacunes que d’autres pays parviennent mieux à combler.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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