Mortalité néonatale : en France, les bébés des familles pauvres ont plus de risques de mourir

La mortalité néonatale progresse en France, mais de manière inégale : ce sont surtout les enfants nés dans les milieux défavorisés qui en subissent les conséquences. L’Inserm met en lumière les profils les plus exposés, les causes sociales et médicales, ainsi que les comparaisons avec les pays voisins.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 18 septembre 2025 10h03
Mortalite Neonatale France Bebes Familles Pauvres Plus De Risques
Mortalité néonatale : en France, les bébés des familles pauvres ont plus de risques de mourir - © Economie Matin
3,34 pour 1 000Les communes les plus pauvres enregistrent un taux de mortalité néonatale de 3,34 décès pour 1 000 naissances vivantes, contre 1,95 pour 1 000 dans les zones favorisées

Depuis le 16 septembre 2025, date de publication de l’étude Inserm, la question de la mortalité néonatale a pris une place centrale dans le débat sanitaire français. Alors que le pays se distinguait autrefois par des taux parmi les plus bas d’Europe, il figure aujourd’hui au 23ᵉ rang. Les chercheurs soulignent que cette dégradation concerne principalement les communes les plus pauvres, où les conditions sociales défavorables et l’accès limité aux soins aggravent les risques de décès dans les 28 premiers jours de vie.

Les communes défavorisées en première ligne

Selon l’Inserm, les 20 % d’enfants nés de mères dans les communes les plus pauvres enregistrent un taux de mortalité néonatale de 3,34 décès pour 1 000 naissances vivantes, contre 1,95 pour 1 000 dans les zones favorisées. La chercheuse Jennifer Zeitlin rappelle que « quelle que soit la période étudiée, les décès de nouveau-nés sont plus nombreux pour les mères qui résident dans les communes les plus défavorisées ». L’écart de risque atteint environ 1,7 fois, illustrant le poids du désavantage social sur la santé des bébés.

Cette fracture n’est pas récente : entre 2001-2008 et 2015-2020, la mortalité néonatale s’est accrue uniquement dans les territoires défavorisés, alors qu’elle est restée stable ailleurs. En chiffres absolus, si toute la population avait le même risque que les 20 % les plus favorisés, 2 496 décès auraient pu être évités sur cinq ans. Un quart de la mortalité néonatale en France pourrait donc être lié directement aux inégalités sociales.

Profils des mères et facteurs aggravants

L’indice de désavantage social mis en place par l’Inserm inclut le revenu médian, la part de familles monoparentales, le chômage, le statut de locataire ou encore la proportion de personnes immigrées. Ces critères révèlent que les mères isolées, jeunes ou issues de l’immigration sont sur-représentées parmi les cas de mortalité néonatale. La précarité et le manque de réseau social renforcent la vulnérabilité des nouveau-nés.

Les chercheurs mettent aussi en avant des comportements à risque, plus fréquents dans les milieux défavorisés : tabagisme pendant la grossesse, surpoids ou obésité maternelle, et exposition accrue à la pollution environnementale. À cela s’ajoutent des difficultés d’accès aux soins prénataux et une moindre proximité avec les services de néonatologie performants. Ces éléments combinés creusent un fossé sanitaire qui pèse lourdement sur la mortalité néonatale.

La France décroche face à l’Europe

En 1990, la France affichait la plus faible mortalité infantile d’Europe. Trente-cinq ans plus tard, elle se situe seulement à la 23ᵉ place, derrière des pays comparables. Selon l’Ined, le taux de mortalité infantile atteignait 4,5 ‰ pour les garçons et 3,7 ‰ pour les filles en 2022, au-dessus de la moyenne européenne (environ 3,5 ‰ et 3,0 ‰). La dégradation française est d’autant plus frappante que certains pays scandinaves, comme la Suède ou la Finlande, restent autour de 2 à 2,5 ‰, confirmant que des politiques de prévention et d’égalité d’accès aux soins peuvent produire des résultats durables.

Cette chute du classement reflète aussi la stagnation de la politique de santé publique française face aux inégalités. L’Insee avait déjà signalé que la hausse de la mortalité infantile concernait surtout les territoires fragiles, ce que l’Inserm vient confirmer pour la période néonatale. La pauvreté devient ainsi un déterminant de santé plus lourd que les progrès techniques ou médicaux.

Quelles causes invoquées par l’Inserm ?

L’Inserm ne limite pas l’explication à la seule pauvreté. Les chercheurs soulignent l’effet cumulatif de plusieurs déterminants : conditions de vie précaires, accès restreint aux soins, facteurs environnementaux et comportements à risque. Le résultat est une surmortalité concentrée, qui creuse les écarts au sein d’un même pays développé. Selon Victor Sartorius, co-auteur de l’étude, « si toute la population avait le même risque de mortalité néonatale que les 20 % les plus favorisés, on estime qu’environ un quart des décès, soit 2 496 nouveau-nés, auraient pu être évités ».

Ces constats questionnent l’efficacité des politiques actuelles. Malgré l’augmentation des moyens techniques, la France ne parvient pas à résorber la vulnérabilité des plus pauvres. Les pouvoirs publics devront s’attaquer à ces déterminants sociaux de la santé pour inverser une tendance préoccupante.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

No comment on «Mortalité néonatale : en France, les bébés des familles pauvres ont plus de risques de mourir»

Leave a comment

* Required fields