Warren Buffett se retire de BYD : la fin d’un pari de 17 ans

Gros coup de tonnerre chez BYD, Warren Buffett tourne la page. Le parrain de l’investissement de long terme quitte définitivement le capital du champion chinois, après dix-sept ans de compagnonnage. Le signal est fort pour BYD et pour tout l’écosystème automobile, à l’heure où la guerre des prix et le ralentissement domestique rebattent les cartes.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 22 septembre 2025 16h30
Warren Buffett se retire de BYD : la fin d’un pari de 17 ans
Warren Buffett se retire de BYD : la fin d’un pari de 17 ans - © Economie Matin

BYD a confirmé, lundi 22 septembre, la sortie totale de Berkshire Hathaway, holding dirigée par Warren Buffett. L’opération parachève une histoire d’actionnaire entamée en 2008, et referme un long cycle de création de valeur autour de BYD, désormais acteur incontournable d’un marché électrique devenu ultra-compétitif, en Chine comme à l’international. Selon Reuters, le retrait est désormais complet, après des ventes par étapes depuis 2022.

BYD sans Warren Buffett : un divorce qui pèse sur la Bourse

Le départ de Warren Buffett a immédiatement pesé sur BYD en Bourse, tant l’investisseur incarnait un sceau de crédibilité pour le constructeur. À Hong Kong, BYD a cédé environ 3 % à 3,4 % dans la foulée des informations confirmant l’exit intégral de Berkshire. La réaction de marché, certes contenue, rappelle cependant que BYD reste scruté à la loupe, et que tout signal, même graduel, est interprété à l’aune de la concurrence féroce sur l’électrique. Cette glissade intraday s’inscrit dans un contexte de volatilité accrue du secteur, avec un flux continu de nouvelles sur les prix, les marges et les volumes. Selon Barron’s et Bloomberg, la cession complète a été confirmée et a déclenché le repli du titre BYD à Hong Kong.

Pour BYD, l’effet symbolique est puissant, car Warren Buffett n’était pas un actionnaire comme les autres. BYD bénéficiait du prestige d’un actionnaire patient, arrivé en 2008 lorsque le constructeur n’était encore qu’un outsider. À l’achat, Berkshire avait engagé environ 230 millions de dollars pour quelque 225 millions d’actions, soit près de 10 % du capital de BYD à l’époque. Dix-sept ans plus tard, la position aura été cédée progressivement à partir de 2022, jusqu’à disparaître des comptes au 31 mars 2025, à la valeur comptable de zéro, contre 415 millions de dollars fin 2024.

BYD, un champion rattrapé par le cycle : bénéfices en retrait, objectif revu

BYD reste un colosse industriel, mais la dynamique s’est tassée. Les bénéfices trimestriels ont reculé pour la première fois en plus de trois ans. Dans le même temps, les ventes domestiques, près de 80 % des livraisons, ont fléchi durant quatre mois consécutifs à l’été. Ce double signal interroge la trajectoire de BYD alors que la guerre des prix, initiée par l’ensemble des acteurs chinois, comprime les marges et oblige à une discipline nouvelle sur les coûts. De plus, BYD a révisé à la baisse son ambition annuelle, visant désormais 4,6 millions de véhicules en 2025. BYD ajuste ses plans, car le marché a changé de régime. Tous ces éléments ont été listés par Reuters au fil des derniers trimestres.

Dans ce contexte, la sortie de Warren Buffett agit comme un révélateur. Elle ne scelle pas un jugement définitif sur BYD, mais elle renforce la perception d’un cycle devenu plus risqué. Les investisseurs, friands d’histoires de croissance linéaire, doivent désormais intégrer un plateau sur la demande domestique, des arbitrages prix/volume plus subtils, et une internationalisation plus longue à matérialiser. BYD, qui a bâti sa force sur la vitesse d’exécution industrielle, a l’avantage d’une base technologique solide et d’effets d’échelle rares. Cependant, la normalisation des marges sur l’électrique, en Chine et ailleurs, incite à la prudence, ce que traduit la révision d’objectif évoquée plus haut et la réaction mesurée mais négative du marché au départ de Berkshire.

Ce que révèle l’exit pour BYD et pour Warren Buffett

Pour Warren Buffett, BYD restera une aventure emblématique. L’investissement initial, environ 230 millions de dollars pour un bloc de 225 millions d’actions, a vu sa valeur multipliée de plus de vingt fois à son zénith, selon Reuters. D’autres estimations évoquent un gain proche de 7 milliards de dollars, signe d’un rendement exceptionnel pour une participation minoritaire dans un constructeur devenu géant mondial. Cette dispersion d’estimations rappelle qu’il s’agit d’un ordre de grandeur et que l’issue précise dépend des niveaux de cession au fil des années. Mais le message principal demeure : BYD a constitué un succès hors norme pour Berkshire.

Côté BYD, Li Yunfei a « remercié Berkshire pour son investissement, son aide et sa compagnie au cours des 17 dernières années », dans un message officiel, tout en qualifiant la transaction de mouvement boursier « normal ». Il souhaite ainsi stabiliser l’interprétation du marché, et replacer BYD dans un cycle où l’actionnariat évolue naturellement avec les phases de croissance. En pratique, l’enjeu pour BYD se situe désormais ailleurs : préserver la compétitivité-coût, continuer l’optimisation batterie-chaîne de traction, et transformer l’expansion internationale en relais de marge alors que la Chine ralentit. Les prochains trimestres diront si la marque réussira à tirer profit de sa puissance industrielle au-delà de son marché d’origine.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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